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Comment les institutions de la recherche luttent contre les fake news

Le ministère de l'Enseignement supérieur a lancé sa propre plateforme, mais certains instituts avaient déjà commencé avant à démonter les fake news, notamment sur la Covid-19.

Un chercheur étudie le virus (illustration)
Un chercheur étudie le virus (illustration) Crédit : BEN STANSALL / AFP
Coline Daclin Journaliste

De nombreux médias ont lancé ces dernières années leurs rubriques de fact-checking, pour signaler et démonter les fausses informations qui circulent. Avec l'épidémie de coronavirus, elles se sont multipliées, et ont poussé, non pas des médias, mais des institutions de recherche à faire de même. Ainsi, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l'Institut Pasteur, et plus récemment le ministère de l'Enseignement supérieur ont lancé leurs propres plateformes de lutte contre les infox.

La plateforme du ministère a été lancée mercredi 16 décembre. Le principe : regrouper les travaux de plusieurs instituts de recherche pour informer le grand public. On compte ainsi le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), l'Inserm, Institut national de recherche en informatique et en automatique (INRIA), Institut national de la recherche agronomique (INRAE), le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et des universités parmi les participants. 

"Une démarche collaborative"

"La ministre est partie du constat que la crise sanitaire avait permis de réconcilier la France avec la recherche, mais aussi qu'il y avait eu de nombreuses prises de paroles contradictoires qui allaient parfois jusqu'à remettre en question des faits scientifiques", explique à RTL.fr le ministère de l'Enseignement supérieur.

Sur le site, un encart "La parole à la science, démêler le vrai du faux" redirige vers une foire aux questions (FAQ) avec une réponse synthétisée à partir des travaux des chercheurs. Un lien permet ensuite d'être redirigé vers un article plus poussé. "Le site est nourri de manière quotidienne", nous dit-on au ministère. 

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Avec cette initiative, le gouvernement mêle donc données scientifiques et communication officielle. Un choix critiquable, au vu de la défiance de certains Français envers le politique. Mais le ministère tient à rassurer : "Ce n'est pas nous qui choisissons les contenus qui sont publiés, mais les opérateurs eux-mêmes. Nous sommes vraiment dans une démarche collaborative". 

L'Institut Pasteur, directement visé par les fake news

Certains instituts de recherche n'ont pas attendu cette plateforme pour lancer leur propre rubrique anti-fake news. Celle de l'Institut Pasteur a vu le jour plus tôt, dès le mois de mars. "On a créé une fiche maladie sur la Covid-19 dès janvier. Quand on a vu les fake news se multiplier, on s'est demandé comment y répondre, et notre première démarche a été de compléter cette fiche avec les informations que nous avions grâce à la recherche", explique Jean-François Chambon, directeur de la communication de l'Institut. 

Des infox visent ensuite directement l'institution, en l'accusant d'avoir inventé la Covid-19. Pasteur lance alors une page dédiée aux fake news, qui compte cinq démentis différents, et même un format vidéo pour une diffusion sur Youtube.

Canal Détox, le format de l'Inserm

Mais c'est l'Inserm qui a lancé le plus tôt une rubrique de fact-checking : Canal Détox. Elle est née en octobre 2018, avec des vidéos publiées sur la chaîne Youtube de l'Inserm. "L'idée, c'était de parler de sciences sur un format décalé, avec de l'humour, et de mettre en avant nos chercheurs sur des sujets plutôt froids", explique à RTL.fr Priscille Rivière, directrice adjointe de la communication de l'Inserm

"On avait déjà entamé une réflexion sur comment s'adapter à l'actualité et se positionner plus vite sur les sujets quand la Covid est arrivée. Mais le virus a vraiment changé les choses", poursuit-elle.

En effet, depuis le début de l'épidémie, l'Inserm est passée d'un format exclusivement vidéo à des articles publiés sur leur site pour détricoter des fake news. On en compte un peu moins d'une trentaine rien que sur la Covid-19

Un format qui rappelle celui des médias

Le format, à l'Inserm comme à l'Institut Pasteur, rappelle celui adopté par les médias spécialistes de fact-checking. Un titre clair, qui utilise toujours la même expression (l'Institut Pasteur titre toujours en commençant pas "NON, ..." tandis que l'Inserm formule ses titres sous forme de question avec un "..., vraiment ?"), puis un déroulé des informations point par point avec ce que l'on sait, mais aussi ce qu'on ne sait pas. 

L'équipe de Canal Détox compte d'ailleurs des profils de journalistes pour l'alimenter, même si Priscille Rivière assure que l'Inserm ne compte pas encore de personnel dédié exclusivement à la rubrique.

"Nous n'avons pas cherché à mimer le fact-checking des médias", assure pour sa part Jean-François Chambon, de l'Institut Pasteur, "mais le fait est que la communication scientifique doit s'appuyer sur des articles scientifiques, des observations très rigoureuses. Donc on finit par écrire un peu de la même façon". 

Une "responsabilité" à informer sur la recherche

Preuve que la traque aux fausses informations devient de plus en plus importante pour les instituts de recherche, l'Inserm a créé une "cellule riposte" pour surveiller les réseaux sociaux et réfléchir aux sujets à traiter à l'avenir. Elle est composée de son équipe de communication, de la responsable de l'intégrité scientifique, et de deux médecins. De son côté, l'Institut Pasteur veut "continuer à développer et renforcer l'information du public". Les deux instituts mettent en avant leur "responsabilité" à informer les Français sur les avancées de la science. 

Néanmoins, l'Institut Pasteur comme l'Inserm réfléchissent désormais à créer d'autres formats que le fact-checking. Le premier voudrait se positionner "sur une logique de médiation scientifique, plutôt que simplement de confrontation avec les fake news". Le second songe à une information peut-être "plus positive", "en expliquant par exemple les bienfaits de la vaccination". Tous ont une logique en tête : toucher un public plus important, qui ne soit pas seulement une audience de personnes déjà sensibles aux sujets scientifiques.

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