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Euro 2021 : face aux polémiques, des joueurs de plus en plus engagés

Genou posé à terre, drapeau arc-en-ciel, remise en cause de sponsors : de nombreux athlètes s'emparent de leur influence pour prendre position sur des enjeux sociétaux.

Le gardien allemand Manuel Neuer avec un brassard arc-en-ciel contre la Hongrie, le mercredi 23 juin.
Le gardien allemand Manuel Neuer avec un brassard arc-en-ciel contre la Hongrie, le mercredi 23 juin.
Crédit : KAI PFAFFENBACH / POOL / AFP
Victor Goury-Laffont

Les enjeux du match entre l'Allemagne et la Hongrie, clôt par un match nul le mercredi 23 juin (2-2), ont été éclipsés par des décisions prises loin des terrains. À quelques heures du coup d'envoi, l'UEFA refusait que la ville de Munich illumine l'Allianz Arena aux couleurs du drapeau arc-en-ciel, symbole de la communauté LGBTQ+. Une décision que l'instance explique par le caractère, selon elle, politique de cette initiative, dans le contexte où une loi jugée homophobe a très récemment été votée en Hongrie.

L'interdiction de l'UEFA a rapidement suscité l'ire de représentants politiques, et a valu à l'organisation de réprobations officielles de la France et de l'Allemagne. Fait plus rares, des joueurs engagés dans cette Euro 2021 ont, plus ou moins directement, pris position contre l'organisateur du tournoi. Ce fut notamment le cas de l'attaquant français Antoine Griezmann.

"Il y a toujours eu la volonté de certains sportifs de se manifester, avec des exemples connus comme Tommie Smith et John Carlos lors des JO de Mexico en 1968 ou Colin Kaepernick au football américain", souligne auprès de RTL.fr Carole Gomez, directrice de recherche à l'Institut IRIS spécialisée dans la géopolitique du sport.

Deux changements apparaissent cependant, note-t-elle. "Le nombre d'athlètes qui revendiquent", d'une part. Après le meurtre de George Floyd, le genou à terre, geste d'abord effectué par Colin Kaepernick, a été popularisé à travers le monde du sport pour marquer une opposition au racisme et aux discriminations, et ce même en Europe.

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Autre évolution : "L’absence de sanction, alors que les fédérations et organisations réprimandaient auparavant les athlètes au nom de l’apolitisme du sport". La fédération de football anglaise est allée jusqu'à demander à ses supporters de "respecter la décision des joueurs de poser un genou au sol", alors que des hués ont pu être entendus dans les tribunes avant les matchs. "On voit cependant que le Comité internationale olympique (CIO) reste ferme et interdit les revendications lors des JO de Tokyo 2021", tempère Carole Gomez.

Une position ambiguë des organisations

Cet "apolitisme" a permis au sport moderne, en apparence, de se construire "à l'abri des polémiques et des conflits". Mais depuis des décennies, "il ne colle pas à la réalité", tranche la géopolitologue, alors que les enjeux politiques entourent presque systématiquement les manifestations sportives.

"Les organisations réclament l’apolitisme mais s’engagent elles-mêmes", souligne la chercheuse de l'institut IRIS. Après sa décision de refuser l'illumination de l'Allianz Arena à Munich, l'UEFA s'est rapidement fendu d'un communiqué pour assurer qu'elle "faisait la promotion d'une société plus juste, égalitaire, et tolérante de tous". "Avec le communiqué de l’UEFA, on comprend sa position, estime Carole Gomez, selon elle, le sport est apolitique, sauf lorsque c'est elle qui fait de la politique".

Ces engagements renforcés des joueurs ont également des conséquences sur les sponsors qui entourent le monde du football. Au mois de décembre 2020, Antoine Griezmann rompait par exemple son contrat avec le fabricant de téléphone chinois Huawei, soupçonné de participer à la persécution de la minorité Ouïghour. 

De façon moins conséquente, cet Euro 2021 a été marqué par des incidents avec deux sponsors majeurs de la compétition. Cristiano Ronaldo s'était fait remarquer en retirant une bouteille de soda placée devant lui en s'exclamant : "De l'eau, pas du Coca-Cola !". Le Français Paul Pogba avait quant a lui retiré du champ une bouteille de la marque Heineken. L'UEFA a depuis décidé de ne plus placer les bouteilles de bière devant les joueurs qui ne le souhaiteraient pas pour des motifs religieux.

2022, une année décisive

Deux évènements sportifs d'envergure auront lieu en 2022 : les Jeux Olympiques d'hiver, organisés à Pékin, et la Coupe du monde de football au Qatar. Deux pays hôtes fréquemment dénoncés pour leurs politiques autoritaires et leur non-respect des droits humains, ce qui pourrait là encore pousser quelques athlètes à exprimer une certaine opposition. 

Au mois de mars, lors de matchs de qualification pour la Coupe du monde 2022, les sélections allemande, néerlandaise et norvégienne ont arboré des t-shirts avec des slogans contre les abus dénoncés au Qatar, où de nombreux migrants seraient morts dans la construction des stades en vu de la compétition, selon un rapport de The Guardian.

"Après la mort de George Floyd en 2020, un palier a été franchi en terme de liberté d’expression des joueurs, conclue Carole Gomez, On peut cependant se demander si, sous la pression d’instances ou de sponsors, le phénomène ne pourrait pas se résorber dans un avenir plus ou moins proche".

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