1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. Coronavirus et vaccin : un dialogue de sourds entre Macron, Castex et le terrain ?
4 min de lecture

Coronavirus et vaccin : un dialogue de sourds entre Macron, Castex et le terrain ?

DÉCRYPTAGE - L'incompréhension entre Emmanuel Macron, Jean Castex et les élus de terrain grandit jour après jour, depuis le début de la crise sanitaire liée au coronavirus.

Emmanuel Macron et Jean Castex, le 14 juillet 2020
Emmanuel Macron et Jean Castex, le 14 juillet 2020
Crédit : Ludovic Marin / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad

Les critiques se suivent et se ressemblent. Pour répondre au flot de reproches faits par l'opposition sur le manque de concertation dans la gestion de la crise du coronavirus, Jean Castex a pris la parole, ce jeudi 7 janvier. Au programme de cette conférence de presse : maintien de la fermeture des restaurants, des lieux culturels et des stations de ski et couvre-feu à 18 heures pour dix départements supplémentaires.

Une stratégie suffisante pour calmer la colère des élus de terrain, de la majorité et de l'opposition ? Quatre jours plus tôt, Jean Castex a dû faire face à "un tunnel de critiques", lors d'une réunion avec la majorité. "C'est normal d'en prendre plein la gueule quand on a une stratégie, mais rendez-vous dans six mois", répondait le chef du gouvernement, selon Franceinfo.

De son côté, Emmanuel Macron tente aussi de renouer le dialogue avec les territoires. Un dialogue maintes fois morcelé. Pour son premier déplacement de l'année axé sur la réforme des pensions alimentaires, le président de la République s'est entretenu avec seize élus de Touraine devant lesquels il a détaillé les modalités de la campagne vaccinale contre le coronavirus. Pourquoi le dialogue ne passe-t-il pas ?

Une relation en dent de scie avec le terrain

Le coronavirus a indéniablement tendu les relations entre les élus de terrain et la présidence. Mais cette situation n'est pas née avec l'apparition du virus. Selon le politologue au Cevipof Bruno Cautrès joint par RTL.fr, "la crise des 'gilets jaunes' a été le point de départ de ces tensions". 

Depuis, le président de la République peine à trouver le bon ton avec les élus, passant plus de temps à éteindre les incendies déclenchés par un manque de dialogue. "Le fait d'associer les élus à la crise n'est pas une tendance qui s'inscrit dans un logiciel ou une stratégie politique. Emmanuel Macron parle de décentralisation, mais ce sujet n'est pas posé comme un projet politique", note le politologue. 

À lire aussi

Cependant, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Le duo exécutif avait laissé le soin aux maires de trancher la réouverture des plages, des jardins et des parcs fermés lors du premier confinement de mars dernier. Une décision suivie par la fermeture des bars et restaurants à Marseille et fortement critiquée par les élus de la citée phocéenne pour son manque de concertation

L'action de Jean Castex envers les territoires a été diluée sous le poids de la crise sanitaire

Bruno Cautrès, politologue au Cevipof

Qu'est-ce qui coince ? Le paradoxe Castex pourrait jouer son rôle dans cette situation. "En succédant à Édouard Philippe, Jean Castex a été nommé pour faire un travail de proximité avec les territoires", souligne Bruno Cautrès. Dès sa prise de fonctions, le premier ministre a placé le dialogue avec les territoires et les élus au cœur de sa politique. "Mais son action a été diluée sous le poids de la crise sanitaire. Pourtant, Jean Castex a été maire de Prades (de 2008 à 2020, ndlr). Mais son image de chef de cabinet et de haut fonctionnaire a pris le dessus", ajoute le chercheur CNRS au Cevipof.

Une situation qui profite à l'opposition ?

À la suite du deuxième confinement et de l'instauration d'un couvre-feu à partir de 20 heures, la colère gronde dans les rangs des maires, notamment ceux issus des rangs Les Républicains : Christian Estrosi à Nice, Philippe Juvin à La Garennes-Colombes, Arnaud Robinet à Reims, Franck Louvrier à La Baule. On observe aussi cela à l'échelle de la région avec Renaud Muselier en Provence Alpes-Côte d'Azur, Jean Rottner dans le Grand-Est et les ex-LR Xavier Bertrand dans les Hauts-de-France et Valérie Pécresse en Île-de-France.

L'opposition surfe-t-elle sur ce dialogue écorché ? "On se rapproche de l'élection présidentielle de 2022. Un jeu de poker menteur a commencé. Le rendez-vous électoral fait que les candidats et les partis d'opposition doivent par définition s'opposer au président de la République. Beaucoup de maires LR sont montés au créneau pour dénoncer la stratégie du gouvernement. Au PS et chez EELV, ces critiques sont plus discrètes", note Bruno Cautrès. 

Les Républicains ont ainsi amorcé leur stratégie pour 2022. "Les territoires forment le prisme de la droite depuis plusieurs mois, avec l'idée d'incarner face aux Français le contact avec la vie réelle, estime le politologue. Contrairement à Macron, qui selon eux, est déconnecté du terrain. Même s'il n'est plus membre des Républicains, Xavier Bertrand va essayer d'incarner les territoires, en vue d'une possible candidature en 2022". Les élus mais aussi plus généralement les Français se sont perdus à travers les différentes incarnations d'Emmanuel Macron, en Jupiter, en maître des horloges ou encore en chef de guerre.

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/