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Marseille : "Uber shit", le plan B des dealers "pilonnés" par la police

DOCUMENT RTL - Le marché de la vente à domicile de stupéfiants s'est considérablement professionnalisé ces dernières années. Une nouvelle pratique principalement implantée dans des quartiers aisés.

Un fumeur de cannabis (illustration)
Un fumeur de cannabis (illustration)
Crédit : Martin BERNETTI / AFP
Quand les dealeurs s'inspirent des livreurs de repas à domicile
03:25
Quand les dealeurs s'inspirent des livreurs de repas à domicile
03:25
Hugo Amelin - édité par Florise Vaubien

Face aux opérations de police récurrentes contre les points de deal à Marseille, les réseaux de trafiquants renforcent leur système de livraison à domicile. Une nouvelle facette qui se développe dans toutes les grandes agglomérations et s’adapte aux aspirations des consommateurs, à l’image du commerce traditionnel.

Quand les dealers vont faire leurs courses au supermarché, ils n'oublient pas de prendre des notes. Après avoir copié les promo-flashs, le packaging et lancé des "drives" où le client n'a plus besoin de sortir de sa voiture, les réseaux de trafiquants accentuent leur présence dans la livraison à domicile. Leur nouvelle arme : le fichier "clients". Des milliers de consommateurs reçoivent chaque semaine via leur téléphone le menu des substances et leurs tarifs associés sur une célèbre messagerie américaine plus difficilement traçable que de simples textos. 

"Il y a de la coke, du shit, de l'herbe, des ecstasy, de la MDMA…", déroule Clément, trentenaire parisien récemment installé dans le Sud. On passe commande. Entre "shit mousseux" et "l'Amnésia", l'organisateur de cette messagerie précise que "les commandes ne sont pas modifiables car scellées à l'avance". Il faut aussi donner son adresse car les livreurs préfèrent opérer à couvert, loin des caméras de surveillance.

Demain, si je meurs, mes enfants n’auront pas un euro, donc je prends des risques

Témoignage d'un livreur pour RTL

Les policiers du centre-ville, bien au courant de ces pratiques, et qui les traquent déjà depuis de longs mois, se concentrent sur les coffres de scooters et les fausses sacoches de livraison estampillées "Uber eats". Nous avons nous-mêmes tenté l'expérience pour les besoins de ce reportage. Mais surprise : notre dealer arrive en fourgonnette, il a une cinquantaine d'années et ressemble à s'y méprendre à un artisan entre deux chantiers. Derrière son siège, il sort un sac rempli d'enveloppes postales. Au marqueur rouge, son "dispatcheur" à inscrit l'adresse et le créneau horaire de la livraison.  

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"Tiens, c'est la tienne celle-là", nous glisse-t-il d’un air amical. "Maintenant, c'est super chaud. Ceux qui font ça comme moi, on prend beaucoup de risques. On a eu des collègues qui se sont fait arrêter dernièrement, les policiers sont à l'affût. Ma paie me pousse à faire ça, c'est dommage, mais bon... Je ne connais même pas ceux pour qui je bosse. Ça fait 14 ans que je bosse en intérim, je n'ai jamais mis 100 euros de côté. Demain, si je meurs, mes enfants n'auront pas un euro, donc je prends des risques". 

Un commerce qui s'est professionnalisé en deux ans

Ce n'est pas lui qui partira en vacances à Dubaï avec l’argent du trafic, lui est plutôt une petite main précaire, recrutée pour son profil "discret" et qui s'expose au moindre contrôle routier pour quelques billets à la fin du mois.

L’organisation s’est professionnalisée en l’espace de deux ans. Les confinements, les règlements de comptes à répétition et parfois leurs victimes collatérales ont refroidi plus d’un consommateur de "monter au quartier" pour aller acheter une dose dans une cage d’escalier. Surtout, la livraison à domicile est devenue une tendance forte du commerce traditionnel et les "réseaux" préfèrent s’adapter qu'être en retard. "On fait ça pour le confort, franchement", ajoute Clément. 

Pendant que les brigades spécialisées de terrain "pilonnent" les trafiquants au pied des tours, selon l’expression favorite de la préfète de Police Frédérique Camilleri, la brigade des stupéfiants planche sur cette nouvelle pratique, principalement implantée dans les quartiers les plus aisés de la ville. "Certaines 'grosses équipes' s’y sont misent ces derniers temps, comme la Busserine et St Loup", raconte un policier spécialisé. 

Un marché en pleine expansion

"Le chiffre d’affaires est bien moins important qu’un point de deal, mais ces réseaux ont délégué un responsable de la livraison, qui généralement compte deux ou trois livreurs. Mais il y a de tout, on a aussi de petites structures et des 'autoentrepreneurs'", ajoute-t-il.

Dernier exemple en date : un ancien "boss" d’une cité périphérique de Marseille, incarcéré plusieurs années et qui a voulu la jouer discret après sa sortie. "Il faisait un aller-retour par mois aux Pays-Bas en voiture de location pour acheter un kilo de cocaïne, qu’il revendait à une trentaine de clients. Les commandes passaient par des messages éphémères sur Snapchat. Il avait même une presse hydraulique à la maison." 

Et un revenu estimé à 5.000 euros par mois pendant quelques années, avant le retour à la case prison. La livraison à domicile de stupéfiants, "une valeur montante" selon ce spécialiste qui estime que le marché va doubler voir tripler dans les années à venir

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