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Financement libyen : l'affaire étape par étape

ÉCLAIRAGE - L'affaire du financement supposé de la campagne présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007 par la Libye ne cesse de progresser depuis 2012.

L'ex-président de la République, Nicolas Sarkozy, accueille le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi à l'Elysée
L'ex-président de la République, Nicolas Sarkozy, accueille le dirigeant libyen Mouammar Kadhafi à l'Elysée Crédit : FRANCK FIFE / AFP
Nicolas Barreiro et AFP

Nouveau rebondissement dans l'affaire du financement libyen ce vendredi 16 octobre. L'ancien chef de l'État, Nicolas Sarkozy, a été mis en en examen une quatrième fois lundi pour "association de malfaiteurs". Les juges d'instruction ont décidé de cette mise en examen après quatre jours d'audition et un interrogatoire-fleuve de plus de quarante heures terminé lundi soir.

Le concerné se défend, évoquant une injustice à son égard. "Mon innocence est à nouveau bafouée par une décision qui ne rapporte pas la moindre preuve d'un quelconque financement illicite", réagit Nicolas Sarkozy assurant que "je finirai par prouver ma parfaite innocence. J'y mettrai toute la détermination et l'énergie dont je suis capable. L'injustice ne gagnera pas".

Cette nouvelle poursuite, révélée par Mediapart, est la quatrième pour l'ancien président de la République. Elle s'inscrit dans une longue affaire de financement présumé de sa campagne électorale de 2007, impliquant l'ancien gouvernement libyen. 

Les premières révélations

Les suspicions débutent au printemps 2012, des accusations de financement libyen de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, lancées l'année précédente par le fils de Mouammar Kadhafi, Seif al-Islam, se précisent lorsque des documents compromettant sont dévoilés.

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Publiés par Mediapart, on y comprend notamment que Tripoli, capitale libyenne, aurait donné son accord pour un financement à hauteur de 50 millions d'euros, en 2006. Le principal visé par cette enquête dépose alors une plainte contre le pure player. Une enquête pour "fausse nouvelle" est lancée, celle-ci se soldera par un non-lieu

Le 3 mai, al-Baghdadi al-Mahmoudi, ex-Premier ministre libyen emprisonné en Tunisie, affirmait que la Libye avait bel et bien financé la campagne de Nicolas Sarkozy. Le même jour, un avocat français prétendant représenter al-Mahmoudi dément ces propos. 

Enfin, en décembre, un nouvel individu assure devant un juge détenir des preuves de ce financement libyen. Il s'agit de l'homme d'affaires franco-libanais, Ziad Takieddine, poursuivi dans une autre affaire. Il faudra attendre six mois pour que le parquet de Paris ouvre une information judiciaire contre X, le 19 avril 2013.

L'implication de Claude Guéant

Un nouveau protagoniste se retrouve impliqué en avril, lorsque le Canard enchaîné révèle qu'une perquisition a eu lieu au domicile de Claude Guéant, l'ex-homme de confiance de Nicolas Sarkozy. Les enquêteurs y ont découvert un versement de 500.000 euros depuis l'étranger effectué sur son compte.

Il justifie cette recette par la vente d'un tableau de maître à un avocat malaisien. Un mois plus tard, L'Express dévoile qu'un autre virement suspect en provenance de Jordanie, de 25.000 euros, a été découvert le même jour. 

Le directeur de campagne de Nicolas Sarkozy est finalement mis en examen le 7 mars 2015 pour faux et usage de faux, et blanchiment de fraude fiscale en bande organisée.

Concernant le virement de 500.000 euros, un homme d'affaires saoudien, Khalid Ali Bugshan, est également mis en examen. Ce dernier est soupçonné d'avoir joué un rôle dans le versement.

Nouveaux indices en 2016

Un rebondissement inattendu dans l'affaire quatre ans après le décès de Choukri Ghanem, ancien ministre libyen du Pétrole retrouvé mort noyé. Son carnet est transmis aux enquêteurs en septembre 2016. Il y est clairement mentionné trois versements à destination de Nicolas Sarkozy en 2007. Ceux-là s'élèvent à 6,5 millions d'euros.

Le 15 novembre, Ziad Takieddine, déjà cité plus tôt, revient à la charge et affirme avoir personnellement remis 5 millions d'euros en liquide, provenant de Libye, en 2006 et 2007 à Nicolas Sarkozy et Claude Guéant. L'homme d'affaires sera condamné pour diffamation en février 2020, après avoir été mis en examen pour complicité de corruption et de trafic d'influence notamment en décembre 2016.

Autre mise en examen, pour Alexandre Djouhri cette fois-ci, en janvier 2018. L'homme d'affaires franco-algérien est arrêté à Londres, il est soupçonné d'avoir servi d'intermédiaire.

Des mises en examen en cascade

Le 21 mars 2018, Nicolas Sarkozy est mis en examen une première fois pour "corruption passive, financement illégal de campagne électorale et recel de fonds publics libyens". Il fait alors appel. Bachir Saleh, ex-argentier de Mouammar Kadhafi, évoque le 22 mai sur France 2 des versements occultes du régime libyen à Nicolas Sarkozy. 

Le 29 mai, Eric Woerth, ancien trésorier de la campagne, est mis en examen pour complicité de financement illégal. Claude Guéant est de nouveau mis en examen le 17 septembre, pour "corruption passive" notamment. Thierry Gaubert, ancien collaborateur de Nicolas Sarkozy, est mis en examen pour "association de malfaiteurs" le 31 janvier 2020. 

Le même jour, Alexandre Djouhri est mis en examen, notamment pour "corruption active", et placé en détention provisoire en France, où il a été extradé. Remis en liberté pour raisons médicales, il est assigné à résidence. 

Le 24 septembre, la cour d'appel de Paris rejette les recours déposés par Nicolas Sarkozy et ses proches, validant ainsi l'enquête. Finalement, le lundi 12 octobre, Nicolas Sarkozy est mis en examen pour "association de malfaiteurs", à l'issue de quatre jours d'audition par les juges chargés de l'enquête. 

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