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Une marche blanche organisée à Lutry le 31 janvier 2026 en hommage aux victimes de Crans-Montana.
Crédit : Harold CUNNINGHAM / AFP
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Ils réclament justice et vérité. Les proches des victimes de l'incendie de Crans-Montana ont participé samedi 31 janvier à une marche blanche en Suisse. Un mois pile après le drame, un rassemblement était organisé à Lutry, commune qui a perdu plusieurs de ses jeunes lors de cet incendie mortel, et un hommage a également eu lieu en silence à Lugano.
44 morts, 116 blessés au total et encore énormément de questions : les familles des victimes accusent notamment la justice suisse d'opacité. À ce stade, plusieurs personnes sont inculpées, notamment le couple de gérants du bar Le Constellation, Jacques et Jessica Moretti, objet d'une enquête pour "homicide par négligence" notamment.
Pendant son audition du 20 janvier, Jacques Moretti a essayé de rejeter une partie de la responsabilité sur l'un de ses employés, l'accusant d'avoir fermé la porte de service, empêchant de nombreuses victimes de sortir. L'employé aurait livré des glaçons au bar avant de condamner l’issue de secours, un geste formellement interdit d’après le gérant. Cette fermeture aurait empêché l’évacuation de nombreuses victimes lors du sinistre, d'après le couple de propriétaires.
Le couple Moretti a affirmé que l’employé mis en cause aurait quitté précipitamment la Suisse après le drame. Jacques Moretti a évoqué un homme qui "se sentait coupable", selon les propos de Jessica Moretti, tandis que son époux a abordé les termes de "remords" et de "culpabilité", au point de prendre la fuite avec toutes ses affaires.
Contacté par Le Parisien, l’employé a réfuté catégoriquement ces accusations. Il a affirmé ne pas avoir été en service au moment des faits et être simplement venu "prêter main-forte", le bar étant très fréquenté ce soir-là. "On m’a demandé un coup de main, je l’ai fait. Pendant que j’étais sur place, un client m’a demandé de sortir par une porte côté bar, je n’ai pas réussi à ouvrir le verrou qui était à bout de bras, environ à deux mètres du sol. "Je n’ai donc pas fermé une porte déjà fermée", a-t-il insisté auprès de nos confrères.
Les investigations se sont également intéressées au rôle de la commune de Crans-Montana et plus précisément à celui de deux fonctionnaires. Le premier a réalisé les deux seuls rapports d'inspection incendie de l'établissement en 2018 et en 2019. S’il avait relevé plusieurs manquements, il avait malgré tout accordé l’autorisation d’ouverture de l’établissement. Il lui a notamment été reproché de ne pas avoir expertisé la mousse acoustique présente dans le bar. Il sera entendu par la justice le 9 février.
Le deuxième est l'actuel chargé de sécurité de la ville. Il devra notamment répondre à une question centrale qui s'est posée dans l’enquête : pourquoi l’établissement n’a-t-il plus jamais été contrôlé entre 2019 et 2025, malgré son activité et les précédents manquements constatés ? Lui, sera entendu le 6 février par le ministère public.
Crans-Montana : après l'incendie meurtrier, les révélations sur de multiples manquements
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Depuis l'incendie, plusieurs dysfonctionnements sont apparus dans l'enquête, à commencer par la disparition de certaines images de vidéosurveillance. Les images du soir du 31 décembre ont été effacées au bout de la durée légale de sept jours. Le ministère public avait demandé dès le 1er janvier la transmission des images enregistrées entre 00h30 et 2h du matin. Une demande renouvelée le 15 janvier, après celle d’un avocat le 7 janvier.
Ce n’est que le 19 janvier que la police municipale de Crans-Montana a répondu, expliquant que le système de vidéosurveillance ne conservait les images que pendant sept jours. Les images du 31 décembre et du 1er janvier ont donc été définitivement effacées, même si la police cantonale pourrait disposer d’une sauvegarde partielle du 1er janvier.
De plus, la mairie de Crans-Montana n'a pas été perquisitionnée à ce stade a appris RTL, malgré des demandes répétées des avocats des parties civiles. Autre couac, le bar est resté ouvert malgré les rapports d'inspection de 2018 et 2019 qui dressent une liste de nombreux dysfonctionnements dans la sécurité incendie de l'établissement.
D'après les premières constatations, le feu aurait pour origine des bougies pyrotechniques qui, mises sur des bouteilles de champagne, auraient enflammé la mousse se trouvant au plafond du sous-sol du bar. Quelques jours avant l'incendie meurtrier, Gaëtan, employé, alors responsable du bar Le Constellation à Crans-Montana, filmait l’état fragile du plafond de l’établissement. Dans une vidéo révélée par le média suisse RTS on le voit à l’aide de cannes en bois tester la tenue des mousses phoniques récemment installées au plafond. En quelques secondes, l’une d’elles s'est décrochée avant de tomber, peut-on voir dans la vidéo.
Sur la mousse phonique non ignifugée, le couple Moretti a assuré qu'un test avait été effectué sur un morceau en 2015. Sur RTL le 23 janvier, l'un des avocats de Jessica Moretti, Nicola Meier expliquait que Jacques Moretti s'était adressé "à une enseigne spécialisée en indiquant qu'il souhaitait une mousse phonique, que celle-ci allait être posée au plafond dans l'établissement public et que c'est ce qui lui a été recommandé comme type de mousse".
"Lorsqu'on vit une tragédie où 40 personnes, 40 enfants, 40 adolescents sont partis et 100 et quelques sont en réhabilitation ou encore dans les soins intensifs, il y a quand même des questions à se poser", a déclaré à l'AFP Alexandre Fleury, père d'un jeune gravement blessé actuellement hospitalisé à Zurich, lors de la marche blanche ce samedi.
Ce dernier réclame une enquête "claire et objective, avec des gens compétents", alors que depuis le début de l'affaire le ministère public du canton du Valais est accusé de lenteur et de laxisme, en particulier vis à vis du couple de propriétaires du bar, objet d'une enquête pour "homicide par négligence" notamment.
"Aujourd'hui, il y a ce manque de vérité qui est là, mais ce n'est pas sous forme de colère. C'est que moi, je veux savoir pourquoi nos enfants, dont mon fils, n'ont pas réussi à sortir. Pourquoi ?", a témoigné Laetitia Brodard-Sitre, mère d'Arthur, décédé à 16 ans.
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