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Benedict Bridgerton et Sophie dans la saison 4 de la série "La Chronique des Bridgerton"
Crédit : Netflix
Corsets, bals étincelants et baisers volés. Avec l’arrivée de la saison 4 de La Chronique des Bridgerton, disponible sur Netflix depuis le jeudi 29 janvier, la romance Régence confirme son incroyable pouvoir de séduction. Plus de deux siècles après, cette Angleterre du début du XIXᵉ siècle continue de faire rêver, d’émouvoir et de rassembler des générations entières de lectrices et spectatrices, car ce genre est très largement consommé par des femmes.
Pourquoi cette période fascine-t-elle autant ? Pourquoi revient-elle sans cesse comme le décor privilégié des grandes histoires d’amour, de Jane Austen aux sagas contemporaines, en passant par les adaptations de Netflix ?
Derrière les robes Empire et les salons feutrés, la Régence offre bien plus qu’un simple cadre historique, c'est un espace de tension, de désir et de transgression, où l’amour est aussi un enjeu social et pour certaines une promesse d’émancipation.
La Régence anglaise n’est pas qu’un simple décor élégant. C’est une époque de transition, politiquement instable et culturellement foisonnante, qui offre un terrain de jeu narratif exceptionnel. Historiquement, la période correspond aux années 1811 à 1820, lorsque le roi George III, atteint de troubles mentaux, est jugé inapte à régner. Le pouvoir est alors confié à son fils, le futur George IV, qui devient prince régent.
Mais comme le rappelle Myriam Boussahba-Bravard, chercheuse et professeure en Histoire anglaise et civilisation britannique à l’Université Le Havre Normandie, interrogée par RTL.fr, la régence en tant que moment culturel "s’étend approximativement de 1790 à 1837, jusqu’à l’avènement de l’ère victorienne".
La Régence offre un décor extrêmement fort, immédiatement identifiable, qui fait rêver
Florence Lottin, éditrice chez J'ai lu
La Régence est un moment paradoxal. À l’extérieur, l’Angleterre est marquée par les guerres napoléoniennes, des bouleversements géopolitiques et les débuts de l’expansion coloniale. À l’intérieur, la société reste extrêmement codifiée, hiérarchisée et rigide, notamment pour les femmes.
"C’est une époque où les hommes et les femmes ne peuvent pas se rencontrer librement, où les lieux de sociabilité sont très encadrés", explique la chercheuse. Cette contrainte nourrit directement la tension romanesque, "les trois quarts de l’intrigue se passent dans la tête des personnages", souligne-t-elle, ce qui favorise une intensité émotionnelle et un jeu subtil sur le regard, le désir et l’attente.
Sur le plan culturel, la Régence est synonyme d’élégance et de créativité. Architecture, mode, littérature, musique : tout participe à la construction d’un imaginaire raffiné. La reine Charlotte, épouse de George III, joue un rôle clé en tant que mécène des arts et figure influente de la cour. Cette richesse visuelle et symbolique explique en partie l’attrait de la période.
"La Régence offre un décor extrêmement fort, immédiatement identifiable, qui fait rêver", souligne à RTL.fr Florence Lottin, éditrice chez J’ai lu. Dans une collection littéraire appelée "Regency", l'éditeur propose de nombreuses romances anglo-saxonnes traduites qui incluent Julia Quinn ou encore Mary Balogh.
Si la Régence fascine autant, c’est aussi parce qu’elle est indissociable de l’héritage de Jane Austen. "Jane Austen consolide au début du XIXᵉ siècle une tradition du roman écrit par et pour les femmes", assure Myriam Boussahba-Bravard, tout en soulignant que ses textes, pourtant centrés sur l’argent et la société, ont été durablement perçus comme des romans d’amour.
Dans les années 1930, l’autrice britannique Georgette Heyer fixe les codes de la romance historique Régence, avant que des autrices contemporaines comme Julia Quinn ne les modernisent dans sa saga La Chronique des Bridgerton. L'auteure s’inscrit pleinement dans cette lignée : "Julia Quinn a apporté plus de légèreté, d’humour, et surtout une saga familiale avec huit frères et sœurs, ce qui était très novateur au moment de l’écriture", analyse Florence Lottin.
Aujourd’hui, le héros pense d’abord à satisfaire l’héroïne : c’est révélateur de l’évolution du regard porté sur le désir féminin
Florence Lottin, éditrice chez J'ai lu
Si la Régence plaît autant, ce n’est pas par nostalgie. Au contraire, elle sert de miroir aux préoccupations contemporaines. "La romance écrite aujourd’hui met en scène ce que les lectrices d’aujourd’hui comprennent, attendent et désirent", insiste
Myriam Boussahba-Bravard. Un désir féminin assumé, des héroïnes qui pensent, choisissent et transgressent, la fiction s’autorise à combler les silences de l’Histoire.
Selon Florence Lottin, les romances historiques ont toujours été "très liées à la place des femmes au moment où elles sont écrites". Elle rappelle que les romances anciennes effaçaient souvent le plaisir féminin, là où les textes modernes le placent au centre : "Aujourd’hui, le héros pense d’abord à satisfaire l’héroïne : c’est révélateur de l’évolution du regard porté sur le désir féminin".
La Regency romance s'impose aujourd'hui comme l'un des sous-genres les plus emblématiques de la romance historique, mais ce n'est pas la saga de Julia Quinn qui a créé l'engouement pour cette littérature. "La série a boosté quelque chose qui existait déjà", nuance Myriam Boussahba-Bravard, rappelant que la romance est solidement installée dans les pays anglo-saxons depuis des décennies.
Même constat chez Florence Lottin : "Il y avait déjà un public fidèle, mais la série a créé une mise en lumière massive et attiré un lectorat plus jeune", explique-t-elle. Le genre rassemble désormais plusieurs générations de lectrices dans le monde.
La romance appartient pleinement à la culture populaire
Myriam Boussahba-Bravard, professeure en Histoire anglaise et civilisation britannique
Si la romance Régence séduit autant aujourd’hui, c’est aussi parce qu’elle promet une chose devenue rare : une fin heureuse. "On sait qu’en commençant une romance que, malgré les obstacles, tout s’arrangera à la fin", rappelle la professeure de civilisation britannique. Dans un contexte anxiogène, cette certitude agit comme un puissant refuge émotionnel. Pour Florence Lottin, la Régence fonctionne comme "une extension du conte de fées", un espace où l’on peut questionner la société, dénoncer ses travers, tout en offrant de l’évasion et du plaisir de lecture.
Avec sa saison 4, La Chronique des Bridgerton montre que la romance Régence ne se résume pas à des robes empire et des bals élégants. Ce cadre historique sert avant tout à raconter des histoires très actuelles, où se croisent désir, contraintes sociales et quête de liberté, en faisant résonner le passé avec les préoccupations d’aujourd’hui. Comme le résume Myriam, "la romance appartient pleinement à la culture populaire", et c’est précisément ce qui fait sa force.
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