1. Accueil
  2. Actu
  3. International
  4. Algérie : quels enjeux pour le scrutin des législatives ?

Algérie : quels enjeux pour le scrutin des législatives ?

ÉCLAIRAGE - Le 12 juin, les Algériens ont rendez-vous avec les urnes pour des élections législatives anticipées. Dans un pays bouleversé par des manifestations qui durent depuis février 2019, RTL.fr fait le point sur les enjeux du scrutin.

Des manifestants en soutien au mouvement anti-gouvernemental Hirak en Algérie, à Paris, le 21 février 2021.
Des manifestants en soutien au mouvement anti-gouvernemental Hirak en Algérie, à Paris, le 21 février 2021.
Crédit : Anne-Christine POUJOULAT / AFP
Céline Morin
Journaliste

Dans deux jours, le 12 juin, les Algériens iront voter pour élire leurs députés lors d’élections législatives anticipées censées apporter une nouvelle légitimité au pouvoir, mais rejetées par le Hirak et l’opposition. 

Le Hirak, mouvement contestataire algérien, est né en février 2019. Demandant dans un premier temps le retrait de la candidature d’Abdelaziz Bouteflika pour un 5e mandat à la présidentielle, ce mouvement inédit et pacifiste demande plus largement un changement radical du "système" politique qui est en place depuis l’indépendance du pays en 1962.

Malgré la démission de Bouteflika en avril 2019 et l’élection du nouveau président Abdelmadjid Tebboune en décembre 2019, les manifestations n’ont pas faibli. Au contraire, le 16 février dernier, deux ans après le début des manifestations, des milliers d’Algériens fêtaient cette date anniversaire dans les rues, suite à l’interruption causée par la pandémie. En effet, le 20 mars 2020, les manifestations avaient été interrompues du fait de la Covid-19. 

Faire revenir les Algériens dans les bureaux de vote

L’un des enjeux principaux de ces législatives est de faire revenir les Algériens dans les bureaux de vote. En effet, les élections présidentielles en décembre 2019 ainsi que le référendum sur la constitution voté en novembre 2020 ont connu des records d’abstention avec respectivement 60 et 76 % de non votants. Deux échecs pour le pouvoir qui reste plus déterminé que jamais à appliquer sa "feuille de route" électoraliste, en ignorant les revendications de la rue (Etat de droit, transition démocratique, justice indépendante). 

À lire aussi

Amel Boubekeur, sociologue à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) à Paris souligne : "le pouvoir a besoin de se renouveler, en tout cas de donner l'illusion d'un renouvellement, et de renouveler sa légitimité par des élections". Médias comme politiques appellent donc les électeurs "à participer en force à ce scrutin crucial pour la stabilité du pays".  

Ce sont 24 millions de votants qui devraient voter pour 407 députés, choisis pour un mandat de 5 ans à l’Assemblée populaire nationale. On dénombre 1.500 listes, soit un total de 13.000 candidats dont une grande part se définit comme "indépendants", par opposition aux partis politiques classiques, vus comme responsables de la crise politique, sociale et économique qui dure depuis maintenant plus de 30 mois. 

Ces nouveaux venus, à l'affiliation floue, pourraient s'imposer comme une nouvelle force dans le pays avec l'aval du pouvoir qui a fait appel aux "jeunes" et encouragé leurs candidatures. Sachant que l'opposition laïque et de gauche, en perte de vitesse, a soit appelé ses partisans à boycotter le scrutin soit leur a laissé le choix d'y participer ou non.

D’autant plus que le Front de libération nationale (FNL) et le Rassemblement national démocratique (RND) arrivés en tête lors des précédentes législatives en 2017 sont aujourd’hui déconsidérés. El Watan, quotidien francophone, questionnait le 9 juin dernier : "Fin de la mainmise du duo FLN-RND ?" sur l'APN. 

Les partis islamistes veulent prendre part à la gestion du pays

C’est sans compter sur la mouvance islamiste qui s’implique dans les législatives avec la volonté de "contribuer au changement souhaité". Abderrazak Makri, le président du Mouvement de la Société pour la Paix (MSP), proche des Frères musulmans, se d’ailleurs dit "prêt" et "apte" à gouverner et même en cas de victoire, qu’il prédit "écrasante".

"Cet islam politique-là ne me gêne pas parce qu'il n'est pas au-dessus des lois de la République" confesse le président Abdelmadjid Tebboune au Point. Il explique ainsi qu’il est prêt à composer avec les partis islamistes modérés qui selon les experts pourraient bien remporter la majorité à la nouvelle assemblée. 

Sans pour autant qu’"une telle majorité ne leur permettrait pas de dominer l'hémicycle" explique Mansour Kedidir, politologue. Ajoutant : "Ils se réclament d'un islamisme modéré et ne constituent pas de danger pour la démocratie dans la mesure où le système présidentiel dispose de suffisamment de moyens constitutionnels pour les dissuader". Le chef de l'Etat peut en particulier légiférer par ordonnances. Comme au Maroc (Parti justice et développement, PJD) et en Tunisie (Ennahdha), les mouvements islamistes légaux se présentent davantage sous les traits de "démocrates-musulmans" que de partisans de l'instauration d'un "Etat islamique".

Appelant à "œuvrer ensemble, sans exclusion, à l'édification du pays", Abdelkader Bengrina, président du parti El-Bina, oriente moins sa campagne vers la promotion de l’islamisme que sur la promotion de la Charte pour la paix et la réconciliation de 2005, "afin d'enterrer à jamais les haines et les douleurs du passé et panser définitivement les plaies et les blessures occasionnées par la décennie noire", qui a vu les forces de sécurité affronter des groupes armés islamistes au prix de 200.000 morts.

Toutefois, il reste quelques inconnues à affronter pour que le courant islamiste remporte la majorité des sièges aux législatives. Tout d’abord, il s’agit de convaincre les électeurs islamistes de venir voter pour un mouvement divisé en 5 partis rivaux. Puis, dans le but de gagner le plus de voix possible, il faut convaincre à la fois les électeurs les plus radicaux, ceux persuadés de l’échec de la voix électoraliste, mais aussi les mécontents

Mansour Kedidir continue : "étant donné que dans les pays du Maghreb, les islamistes sont présents dans les parlements et les gouvernements, il n'y a pas de raison d'appréhender leur victoire". "Leur mentalité a beaucoup évolué", ajoute-t-il. 

Le gouvernement veut mettre fin aux contestations

Avec la reprogrammation de l'élection présidentielle le 12 décembre 2019, les autorités algériennes avaient déjà intensifié la répression par le passé. Répression condamnée par plusieurs ONG (notamment Human Rights Watch) ainsi que le Parlement européen qui évoquent les "arrestations arbitraires et illégales" ainsi que les "intimidations" dont furent victimes les manifestants.  

Le 9 mai, le ministère de l’Intérieur annonçait que les manifestations devraient désormais être déclarées au préalable auprès des autorités – ce qui revient en réalité à les interdire. De fait, depuis, les manifestations sont étouffées dans plusieurs villes et les interpellations se multiplient. Tout cela dans le but de mettre fin aux contestations à l’approche des élections. 

Une mise en garde contre "tout plan ou action visant à perturber le déroulement" de l’élection a même été proférée par le général Saïd Chengriha, chef d’état-major des armées : parce qu’il estime avoir pris en compte les demandes du Hirak et parce qu’il est la vitrine civile de l'institution militaire, le gouvernement s’emploie à mettre fin aux manifestations. 

Interpellations, poursuites judiciaires visant opposants politiques, militantes comme journalistes indépendants, tout est mis en place pour retirer toute légitimité à ce mouvement inédit, pacifique et sans véritable leadership, que le gouvernement accuse d'être instrumentalisé par des "parties étrangères". Le Comité national pour la libération des détenus ne dénombre pas moins de 214 personnes qui sont à l’heure actuelle incarcérées pour des raisons liées à l’Hirak. 

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/