1. Accueil
  2. Actu
  3. Société
  4. "Traquées", le documentaire YouTube pour comprendre les cyberviolences conjugales
3 min de lecture

"Traquées", le documentaire YouTube pour comprendre les cyberviolences conjugales

INTERVIEW - Dans "Traquées", la youtubeuse Marine Périn donne la parole à des femmes victimes de violences conjugales en ligne : les cyberviolences.

Le documentaire "Traquées" donne la parole à des victimes de cyberviolences conjugales.
Le documentaire "Traquées" donne la parole à des victimes de cyberviolences conjugales.
Crédit : YouTube/Marinette — Femmes et féminisme
Marie Zafimehy
Journaliste

"Pourquoi je ne vois plus quand t'es connectée sur WhatsApp ?" Lorsque son ex-compagnon lui a posé cette question, Emma n'a d'abord rien relevé d'anormal.

Puis au fur et à mesure de la relation, les interrogations se sont faites plus pressantes et, grâce aux outils numériques à sa disposition, son conjoint a mis en place une surveillance systématique de ses moindres faits et gestes. Aujourd'hui Emma le sait : elle a été victime de cyberviolences conjugales.

C'est ce phénomène d'emprise via les nouvelles technologies que la vidéaste Marine Périn explique dans son documentaire Traquées, disponible en ligne sur YouTube depuis lundi 27 janvier. Avec Charlène, Lucie et Mathilde, Emma fait partie des quatre femmes que la youtubeuse féministe aux 27.000 abonnés a interrogées pour documenter cet aspect méconnu des violences conjugales

Marine Périn elle-même a découvert le sujet des cyberviolences conjugales en 2018, alors qu'elle collaborait avec le Centre Hubertine Auclert, espace dédié à la promotion de l'égalité femmes-hommes en région parisienne. Au printemps de cette année-là, l'organisation a publié un rapport spécifique sur les cyberviolences conjugales dont la conclusion est la suivante : les violences conjugales s'accompagnent quasi-systématiquement de cyberviolences, qu'il s'agisse de harcèlement, de surveillance ou de violences administratives.

"Je me suis dit qu'il fallait absolument faire un documentaire sur ce sujet", se rappelle Marine Périn qui tient une chaîne YouTube intitulée "Marinette - Femmes et féminisme". Un an plus tard, la vidéaste participe au Prix #EllesFontYouTube dont l'objectif est, grâce à une résidence d'écriture, de promouvoir les créatrices sur la plateforme de vidéos en ligne. Marine Périn est une des trois lauréates et remporte 15.000 euros de financement pour son documentaire. "Quand j’ai gagné le prix ça a lancé la production", raconte-t-elle à RTL.fr.

Chaque technologie apporte un nouveau moyen de contrôle

Marine Périn
À lire aussi

Dans Traquées, Marine Périn se met en scène pour documenter les coulisses de son enquête. Appels à témoignages, difficultés rencontrées, premiers contacts : la réalisatrice n'hésite pas à faire part de ses doutes et de ses interrogations face caméra, dans le propre aux vidéos YouTube. "Je voulais montrer comment j’ai pensé, comment j’ai réfléchi, ce documentaire c'est ma réflexion", résume-t-elle.

Après son appel à témoignages, elle a reçu des dizaines de messages, tous décrivant de multiples types de cyberviolences. "Une personne me racontait que son compagnon utilisait les jeux vidéos en ligne pour la surveiller, certaines personnes utilisent aussi les technologies de la maison connectée pour exercer un contrôle à distance", détaille Marine Périn. 

"Chaque technologie apporte un nouveau moyen de contrôle", ajoute-t-elle. Ainsi, l'ex-compagnon de Charlène, l'obligeait à se filmer avec son téléphone toute la journée et celui de Lucie la géolocalisait en permanence. Aujourd'hui ces deux femmes sont parvenues à se défaire de l'emprise de ces hommes, auteurs de violences.

L'emprise numérique, une violence conjugale

Trois personnes se définissant comme autrices de cyberviolences ont également contacté Marine Périn. Parmi elles : deux hommes et une femme. Celle-ci ne figure pas dans le documentaire. "Les actes qu'elle me décrivait ne correspondaient pas à la définition des cyberviolences présentée dans le documentaire, justifie Marine Périn. Ses agissements ne s'inscrivait pas dans une perspective de domination".

Pour le reste, Marine Périn insiste : les témoignages retenus sont représentatifs de tous ceux qu'elle a reçus. Et, comme c'est souvent le cas dans les affaires de violences conjugales, les auteurs sont en majorité des hommes, et les victimes, des femmes. Malheureusement, les cyberviolences conjugales sont rarement (sinon jamais) punies du à leur manque de reconnaissance juridique.

Pour trouver de l'aide, les victimes peuvent dès lors se tourner vers des associations comme En avant tou(te)s, présentée dans le documentaire. Souvent, elles trouvent elles-mêmes les ressources nécessaires à leur reconstruction grâce aux nouvelles technologies et à la documentation présente sur Internet. "Les victimes sont toutes conscientes que le problème ne vient pas des nouvelles technologies mais de l’emprise exercée par leurs conjoints", résume Marine Périn. 

La rédaction vous recommande

Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires.
Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Signaler un commentaire

En Direct
/