4 min de lecture Harcèlement

Les violences numériques vont de pair avec les violences conjugales

Les violences conjugales s'accompagnent quasi-systématiquement de cyberviolences. Les agresseurs trouvent dans les smartphones et les réseaux sociaux de nouveaux moyens d'asseoir leur domination.

Les outils numériques permettent aux agresseurs d'asseoir leur domination sur leurs victimes
Les outils numériques permettent aux agresseurs d'asseoir leur domination sur leurs victimes Crédit : Getty Images
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Harcèlement par SMS, installation de logiciels espions, partage des codes sur les réseaux sociaux, interdiction de communiquer, confiscation du smartphone... Les violences conjugales ont aujourd'hui leur pendant numérique. L'Observatoire régional des violences faites aux femmes du Centre Hubertine Auclert pour l'égalité entre les femmes et les hommes s'est intéressé pour la première fois en France aux violences conjugales utilisant les smartphones, ordinateurs et autres réseaux sociaux dans une étude dont les résultats sont publiés ce mardi 20 novembre.

Le constat est sans appel. Avec la multiplicité des outils numériques, les auteurs de violences conjugales trouvent de nouveaux vecteurs pour asseoir leur domination et maintenir leurs victimes en situation d'isolement. Pour les cibles de ces violences (environ 225.000 femmes chaque année), les objets technologiques et les réseaux sociaux sont une nouvelle source d'angoisse, comprise dans une mécanique plus globale de violences physiques et/ou psychologiques.

Le travail de recherche a été mené par une quinzaine d'associations, cinq unités médico-judiciaires et deux associations d'avocats auprès de 302 femmes victimes de violences de la part de leur conjoint ou ancien compagnon. Un premier questionnaire a été soumis à 212 femmes cherchant de l'aide pour la première fois auprès d'associations spécialisées et un second à 90 femmes suivies de longue date par ces associations. L'enquête ne se veut pas représentative. Elle constitue néanmoins la première étude d'ampleur sur le sujet en France. 

Un lien quasiment systématique

Le premier enseignement de l'étude est que les violences conjugales s'accompagnent quasi-systématiquement de cyberviolences. Les agresseurs utilisent les outils numériques pour instaurer ou renforcer un contrôle ou une domination dans le couple ou après la séparation. Sur les 302 femmes interrogées lors de l'étude, neuf sur dix affirment avoir subi au moins une forme des cinq violences numériques identifiées lors de l'étude.

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Le cybercontrôle est l'une des plus généralisées. Sur les 212 femmes accueillies pour la première fois pour des violences conjugales, 73% d'entre elles ont déclaré que leur partenaire leur faisait des reproches parce qu'elles n'étaient pas joignables en permanence ou parce qu'elles ne répondaient pas immédiatement, demandait à lire leurs SMS et à consulter la liste des appels passés et reçus, réclamait des photos pour prouver avec qui elles étaient et, dans certains cas, allait jusqu'à confisquer leur téléphone. 

Un sentiment de surveillance permanent

Vient ensuite le cyberharcèlement. 63% des femmes ayant répondu au premier questionnaire ont affirmé avoir fait l'objet de l'envoi de messages violents, menaçants, intimidants, insultants ou dénigrants par SMS ou via une application de messagerie. 29% ont eu le sentiment d'être cybersurveillées par leur conjoint, soit à leur insu, à travers des applications GPS ou des logiciels espions, soit à travers une pression exercée par le conjoint exigeant le partage des codes de téléphone ou des réseaux sociaux. 

"Face à ces situations, les femmes peuvent se retrouver très vite isolées, car en faisant part de leur doute sur leur mise sous surveillance (...) en exprimant leur sentiment de surveillance, sans toutefois apporter la preuve qu'elles sont effectivement surveillées, elles peuvent être jugées peut crédibles voire paranoïaques", notent les auteurs de l'étude. Selon eux, ce sentiment de surveillance "vient renforcer la peur permanente, le sentiment d'omniscience de l'agresseur et leur isolement, d'autant qu'il s'inscrit dans la durée".

Des comptes bancaires et administratifs détournés

Les violences numériques prennent aussi une forme économique plus méconnue. Un quart des 212 femmes fraîchement accueillies par des établissements spécialisés ont dit avoir vu leurs mots de passe de comptes bancaires ou administratifs modifiés par leur partenaire ou ex-partenaire, afin de détourner des prestations sociales ou récupérer des informations compromettantes en vue d'une procédure de divorce. 

L'étude rapporte notamment le cas d'un conjoint ayant réussi à accéder au téléphone de la victime qui avait constaté qu'elle avait téléchargé une application de rencontre et avait utilisé cette information auprès du juge aux affaires familiales pour affirmer que sa partenaire avait une vie sexuelle débridée incompatible avec la garde des enfants.

Enfin, 10% ont assuré avoir été victimes de cyberviolences sexuelles (ou revenge porn) : leur partenaire a diffusé contre leur gré ou menacé de diffuser des photos ou vidéos intimes à caractère sexuel pour les humilier. La proportion de victimes de ces différents types de violences numériques est encore plus importante chez les femmes suivies de longue date par des structures spécialisées : 96% d'entre elles ont affirmé avoir été victimes d'au moins deux formes de cyberviolence. 

Des pistes pour lutter contre le phénomène

Après un chapitre listant les dispositions législatives prévues pour répondre aux différents types de violences numériques, le rapport conclut par une série de recommandations générales pour endiguer le phénomène. Les auteurs de l'étude préconisent ainsi de systématiser les conseils et mesures de protection numérique au moment de la séparation (changer de téléphone portable, utiliser deux téléphones dont un uniquement pour les échanges avec son ex-partenaire). Des partenariats avec les opérateurs pourraient être développés pour que les associations bénéficient de téléphones de secours à proposer aux victimes.

Sur le plan juridique, le rapport prône une meilleure application des textes existants et un renforcement de la loi pour mieux protéger les victimes, en étendant notamment l'interdiction de rentrer en contact aux outils numériques, y compris des enfants. Il suggère aussi la diffusion d'une grande campagne nationale d'information publique afin de présenter des conseils et ressources juridiques simples face aux cyberviolences dans le couple et renforcer le sentiment de sécurité des victimes. 

La lutte contre cyberviolences conjugales passe aussi par un engagement accru du secteur. Le rapport préconise notamment le développement de solutions techniques pour améliorer la détection et la suppression des logiciels de surveillance. Le texte vise aussi à responsabiliser davantage les responsables des magasins d'applications Android et iOS qui pourraient être tenus de vérifier régulièrement que les logiciels disponibles ne contreviennent pas à la loi.

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2018-11-20 19:10:00
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