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En quoi consistent vraiment les cours d'éducation morale et civique ?

ÉCLAIRAGE - C'est dans le cadre de ce cours que Samuel Paty a montré les caricatures de Mahomet. Le programme contient de grands axes d'apprentissage, mais c'est aux enseignants de choisir le contenu de leurs cours.

Une classe de collège (illustration)
Une classe de collège (illustration)
Crédit : AFP
Coline Daclin

C'est en cours d'EMC que Samuel Paty a montré les caricatures de Mahomet qui lui auraient valu la haine de son assassin. Derrière cette abréviation, l'éducation morale et civique, un cours assuré par les professeurs d'histoire-géographie mis en place en 2015, après les attentats. Les objectifs selon l'Éducation nationale : "respecter autrui", "acquérir et partager les valeurs de la République" et "construire une culture civique". 

En vérité, les cours d'éducation civique existaient déjà depuis longtemps, de la primaire au lycée. C'était l'instruction civique en primaire, l'éducation civique au collège et l'éducation civique, juridique et sociale (ECJS) au lycée. Ce nouveau nom provient d'une initiative de 2013 de l'ancien ministre de l'Éducation nationale, Vincent Peillon, qui s'est concrétisée en 2015 avec sa successeure Najat Vallaud-Belkacem.

En pratique, qu'est-ce qui a changé ? D'abord le nom, avec la dimension de "morale". "Ce mot de 'morale' fait référence à la construction d'une pensée éthique. Aucun prof ne fait des cours de morale à ses élèves", rappelle toutefois Christine Guimonnet, secrétaire générale de l'Association des professeurs d'histoire-géographie (APHG). 

Un contenu qui varie peu, et une liberté de l'enseignant

Sur le fond, les cours n'ont pas tellement bougé. "En terme de contenu, très peu de choses ont changé. Dans les pratiques, ça a encore moins changé", soutient Amélie Hart Hutasse co-responsable du groupe histoire-géographie au sein du SNES-FSU, syndicat du second degré. Sa collègue Claire Guéville, secrétaire nationale responsable du lycée au SNES-FSU, note seulement une mise de côté de "la question sociale", comme les conflits sociaux par exemple.

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En pratique, certains acquis sont attendus, comme le fait de connaître les symboles de la République ou de comprendre ce qu'est la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen. Puis le programme donne de grands axes sur lesquels travailler, comme la liberté, la société ou la démocratie. Le but, c'est de faire en sorte que les élèves travaillent ensemble, mais aussi que les enseignants gardent une certaine liberté pédagogique

"On part souvent des questionnements des élèves, et on fait le cours selon la classe", explique Christine Guimonnet. Les professeurs peuvent aussi choisir les documents sur lesquels ils travaillent, d'où le choix de Samuel Paty des caricatures de Mahomet. Ils peuvent organiser des débats et travailler sur les projets qu'ils souhaitent.

Le problème du dédoublement des classes

Pour Amélie Hart Hutasse, ce qui a changé, c'est avant tout la place de l'éducation civique à l'école. Au lycée, elle est désormais enseignée dans toutes les classes, y compris dans les filières technologiques où elle ne l'était pas auparavant. En primaire et au collège, l'enseignement se fait désormais sur des cycles de trois ans plutôt que par année, ce qui permet d'aborder les notions sur un temps plus long. 

"Ce sont des changements profonds, mais ce n'est clairement pas la clé qui va résoudre tous les problèmes de la société, comme on a pu les présenter", soutient la professeure d'histoire-géo. Le principal problème pour elle, mais aussi pour Christine Guimonnet, c'est le manque de temps accordé à l'EMC à l'école : 18 heures par an et par classe, soit une heure toutes les deux semaines. "Ce n'est pas suffisant, et le dédoublement n'est pas sécurisé", indique Christine Guimonnet.

Le problème se pose surtout au lycée. En effet, depuis la réforme du lycée, les chefs d'établissements peuvent répartir le nombre d'heures en demi-groupe entre les disciplines comme ils le souhaitent, avec l'accord de l'équipe pédagogique. Certains temps en demi-groupe vont donc aller plutôt aux cours de langue, ou aux travaux pratiques de sciences, plutôt qu'à l'EMC. 

L'Association des professeures d'histoire-géographie comme le SNES-FSU demandent donc de concert "plus de temps" pour cette matière et l'assurance de pouvoir travailler en groupes réduits pour recréer efficacement les conditions d'un débat. Pour certains enseignants, il faudrait aussi une formation plus solide des jeunes professeurs, afin de faire face aux difficultés que peut poser le fait de travailler sur des sujets sensibles avec les élèves.

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