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Sida : pourquoi il n’y a pas encore de vaccin

ÉCLAIRAGE - Alors qu'en un an, quatre vaccins contre la Covid-19 ont été commercialisés, il n'en existe aucun contre le VIH. Les deux virus sont en effet très différents.

Sida : pourquoi il n’y a pas encore de vaccin (illustration)
Sida : pourquoi il n’y a pas encore de vaccin (illustration)
Crédit : Alain JOCARD / AFP
Coline Daclin

La pandémie de coronavirus aura appris une chose au grand public : le développement d'un vaccin en cas d'urgence peut aller très vite. En un an, pas moins de quatre vaccins ont été autorisés en Europe pour faire face au virus : celui de Pfizer/BioNTech, de Moderna, d'AstraZeneca et de Johnson & Johson. 

Alors que commence ce vendredi 26 mars la campagne du Sidaction, une question se pose : pourquoi a-t-on trouvé si vite un vaccin contre le SARS-CoV-2, et pas contre le VIH ? Le second a pourtant été découvert en 1983, et bénéficie donc de près de 40 ans de recherche scientifique. 

La première explication à cette différence est la réaction du corps au virus. Face à de nombreuses maladies, dont la Covid-19, le corps humain est généralement capable de se défendre tout seul, et de créer une immunité naturelle. "Dans le cas du SARS-CoV-2, on va guérir parce qu'on fait des anticorps contre le SARS-CoV-2. Donc on reproduit [avec le vaccin] ce que fait la nature, parce qu'on sait exactement comment l'organisme humain se défend contre ce virus", expliquait en décembre dernier à l'AFP le Pr Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d'Immunologie clinique au CHU Henri Mondor, à Créteil.

Mais pour le sida, c'est très différent, car les patients n'en guérissent pas. Seuls deux personnes, appelées le "patient de Londres" et le "patient de Berlin" (désormais décédé) ont été considérés en rémission du VIH, et ils ont tous les deux subi une greffe de moelle osseuse. "S'il était possible de développer une immunité naturelle contre le VIH, on l'aurait vu", soutient auprès de RTL.fr la chercheuse Michaela Muller-Trutwin, cheffe de l'unité "VIH, Inflammation et Persistance" à l'Institut Pasteur, qui rappelle que près de 40 millions de personnes vivent avec le VIH dans le monde. 

De nombreux, très nombreux variants

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À ce niveau, seul un petit espoir existe pour le moment, celui de la découverte d'anticorps dits "à large spectre" qui seraient présents dans environ 1% de la population. Ils seraient capables selon Michaela Muller-Trutwin de "neutraliser un grand nombre de variants du VIH", surtout en les combinant à d'autres. 

L'autre grande difficulté que pose le VIH, c'est en effet la présence de nombreux variants. À côté, ceux du coronavirus, ou même de la grippe, font pâle figure. "Si on le compare à un virus comme celui de la grippe, qui est tellement variable que le vaccin ne peut jamais éliminer toutes ses formes, le nombre de mutations au niveau mondial correspond au nombre de variations du VIH au niveau d'un seul individu", indique la chercheuse. Selon elle, le virus mute quasiment à chaque fois qu'il se réplique. 

Alors que le VIH est très variable, et ne ressemble à aucun autre, on connaît la famille des coronavirus depuis de nombreuses années. Les épidémies de SRAS et de MERS en 2002 et 2013 ont aussi permis d'accélérer la recherche sur le sujet. 

"Le virus arrive à se cacher"

Autre différence, l'agent pathogène responsable du sida est un rétrovirus. C'est un virus à ARN, comme le coronavirus, mais il est capable de se transcrire en ADN, et donc d'intégrer notre génome. "Grâce à cela, même quand on fabrique des anticorps, le virus arrive à se cacher", explique Michaela Muller-Trutwin.

Et comme si cela ne suffisait pas, le VIH dispose d'une autre faculté très embêtante pour les chercheurs : "il profite de l'activation du système immunitaire pour se multiplier", indique la chercheuse de l'Institut Pasteur. Quand on tente de lutter contre le virus, on n'est donc pas à l'abri qu'il soit en fait en train de se propager. "C'est une des difficultés pour les candidats vaccin : le risque d'une facilitation de l'infection."

Enfin, si le coronavirus a rapidement eu son vaccin, c'est aussi parce que l'épidémie de Covid-19 a mobilisé dans l'urgence une grande partie de la recherche, et des moyens colossaux. Face à la forte contagiosité du virus, de nombreux laboratoires ont travaillé sur le sujet, et l'Europe a mis en place un système exceptionnel pour approuver les vaccins. Au lieu d'attendre d'avoir un dossier complet sur l'avancée de la recherche en la matière, qui serait très long à examiner, elle procède à des examens en continu, qui accélèrent la révision des données, et donc la mise sur le marché. 

La recherche continue d'avancer

Michaela Muller-Trutwin espère que cette expérience difficile aura permis de mettre en valeur l'importance de mettre des moyens dans la recherche sur les maladies infectieuses, mais aussi de réaliser que les procédures habituelles sont parfois trop longues au niveau administratif. Elle se réjouit aussi que certaines technologies mises au point dans le cadre de la lutte contre le VIH aient pu aider face à la Covid, comme certains vecteurs viraux

L'ARN messager était aussi étudié depuis plusieurs années pour lutter contre le VIH. La crise sanitaire aura permis la commercialisation des tous premiers vaccins utilisant cette technique contre la Covid-19, et cela pourrait pousser des projets de vaccins contre le sida. 

"Moderna, entre autres, est en train d'en développer un", a déclaré Françoise Barré-Sinoussila, présidente de l'association Sidaction, dans un entretien au Journal du Dimanche. Selon Serawit Bruck-Landais, directrice du pôle qualité et recherche en santé du Sidaction, une équipe de chercheur travaillerait aussi sur un projet similaire à Lyon. "Les chercheurs ne baissent pas les bras", promet Michaela Muller-Trutwin.

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