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Violences sexuelles : 5 questions pour comprendre le scandale dans le monde du sport

ÉCLAIRAGE - Depuis la publication du témoignage de la patineuse Sarah Abitbol, la fédération française des sports de glace est secouée par les accusations d'agressions sexuelles et de viol.

Sarah Abitbol, championne de patinage artistique, le 24 janvier 2001
Sarah Abitbol, championne de patinage artistique, le 24 janvier 2001 Crédit : Olivier MORIN / AFP
Marie Zafimehy
Marie Zafimehy

Un si long silence. C'est le nom du livre écrit par la patineuse Sarah Abitbol et la journaliste Emmanuelle Nizon. Dans celui-ci l'athlète accuse son ex-entraîneur Gilles Beyer de l'avoir violée et agressée sexuellement alors qu'elle était adolescente. Le jour-même de la publication de son témoignage, mardi 28 janvier, L'Équipe dédiait son numéro aux violences sexuelles dans le sport. 

Ces allégations ont provoqué la remise en question de tout un milieu épargné jusqu'ici par les dénonciations et la libération de la parole permises par le mouvement  #MeToo. Mardi 4 février la justice s'est emparée de l'affaire : le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour "agressions sexuelles sur mineurs par personne ayant autorité sur la victime".  "C'est une onde de choc qui s'est abattue sur le patinage mais sur le monde du sport dans son ensemble", a lui-même reconnu mercredi 5 février Didier Gailhaguet, président de la Fédération des sports de glace (FFSG), mis en cause par plusieurs témoignages.

1. Pourquoi le scandale éclate-t-il maintenant ?

Les faits décrits par Sarah Abitbol dans son livre paru jeudi 30 janvier sont prescrits. Dans plusieurs interviews, la patineuse explique avoir très tard pris conscience de ce qu'elle avait vécu, à cause du syndrome de la mémoire traumatique qui touche les victimes de violences, et notamment de violences sexuelles. Puis, elle raconte ne plus avoir supporté ce secret. "Je me sentais complice par mon silence", a-t-elle confié au micro de Flavie Flament sur RTL. C'est ainsi qu'elle s'est rapprochée d'Emmanuelle Nizon, journaliste à L'Obs, pour écrire son histoire dans Un si long silence.

Parallèlement, le dossier publié par L'Équipe sur les violences sexuelles dans le sport a participé à la libération de la parole des sportives de haut niveau. Dans les pages du quotidien huit femmes, anciennes patineuses et nageuses, racontent ce qu'elles ont vécu alors qu'elles étaient adolescentes. 

Sarah Abitbol au micro de RTL lundi 3 février 2020
Sarah Abitbol au micro de RTL lundi 3 février 2020 Crédit : RTL
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En ressort le phénomène d'emprise exercé par les entraîneurs sur les jeunes athlètes qui rêvent de briller dans leur discipline, se retrouvent manipulées et, lorsqu'elles en prennent conscience ne sont pas écoutées, même par les plus hautes instances. Sarah Abitbol explique ainsi avoir alerté un ministre des Sport au sujet des violences sexuelles dont elle accuse son ex-entraîneur Gilles Beyer. Un signalement balayé par le titulaire du poste de l'époque.

2. Qui est Gilles Beyer ?

Ancien patineur artistique, Gilles Beyer a entraîné Sarah Abitbol lorsqu'elle était adolescente. Il était jusqu'à vendredi 31 janvier, directeur du club parisien de patinage et de hockey sur glace, "Les Français volants". Il a été exclu du comité de direction, à la suite des révélations de Sarah Abitbol et d'une autre patineuse, Hélène Godard.

En 2001, Gilles Beyer avait déjà fait l'objet d'une enquête administrative, diligentée sur la base d'un signalement de parents. Interrogée par Le Parisien, son ex-femme Katia Krier, affirme l'avoir quitté à la suite de cet événement et ne pas avoir couvert ses agissements. "Si Gilles Beyer a fait ce dont on l'accuse, c'est normal qu'il paie, déclare-t-elle au journal. Le sujet, ça n'est pas de savoir si j'ai été mariée avec un monstre ou non. C'est que la vérité éclate."

L'ex-patineur Gilles Beyer, accusé de viols et d'agressions sexuelles, en 1999.
L'ex-patineur Gilles Beyer, accusé de viols et d'agressions sexuelles, en 1999. Crédit : Jacques DEMARTHON / AFP

L'enquête de 2001 n'a jamais abouti et Gilles Beyer a poursuivi sa carrière aux "Français volants", son club d'origine, présidé par son frère Alain, jusqu'à son éviction. Il a aussi effectué plusieurs mandats au bureau exécutif de la Fédération française des sports de glace jusqu'en 2018 et organisé dans les années 2010 plusieurs tournées de gala de l'équipe de France de patinage artistique. 

Interrogé par l'AFP, l'ancien sportifa admis "avoir eu des relations intimes avec (Sarah Abitbol)". "Si mes souvenirs sur leurs circonstances exactes diffèrent des siens, j'ai conscience de ce que, compte tenu de mes fonctions et de son âge à l'époque, ces relations étaient en tout état de cause inappropriées", a-t-il ajouté

3. Pourquoi Didier Gailhaguet est-il mis en cause ?

Président de la FFSG, Didier Gailhaguet est aujourd'hui accusé d'avoir couvert les agissements de Gilles Beyer. Des allégations qu'il réfute catégoriquement. "Je n'ai absolument pas protégé Gilles Beyer", a-t-il déclaré mercredi 5 février. "Ces faits, je les ai découverts pour 90% d'entre eux par la presse et dans un livre", a-t-il ajouté. 

Didier Gailhaguet a expliqué qu'il avait lui-même demandé au ministère des Sports l'enquête administrative, ouverte en 2001, au sujet des agissements de Gilles Beyer. "Savez-vous qui l'a demandée ? C'est moi", a-t-il affirmé. 

4. Quelle est la réaction du gouvernement ?

Déjà lundi 3 février, Didier Gailhaguet s'était défendu de toute implication dans cette affaire, après avoir été convoqué par la ministre des Sports Roxana Maracineanu. Celle-ci a annoncé l'ouverture d'une enquête administrative et lui a demandé de démissionner. Chose qu'il se refuse à faire depuis, disant attendre les conclusions des investigations et dénonçant une ministre "moralisatrice". 

Cette demande de démission est "évidemment partagée par l'ensemble du gouvernement", a déclaré mercredi 5 février la porte-parole du gouvernement Sibeth N'Diaye. "L'exécutif qui est en place (au sein de la FFSG) n'est pas en mesure aujourd'hui de manière sereine d'administrer correctement cette fédération", a-t-elle ajouté, lors du compte-rendu du Conseil des ministres. 

5. Quelles sont les réactions des professionnels ?

Dans le milieu du patinage, les réactions ont été rapides. "On était tous au courant du côté déviant de Gilles Beyer", a ainsi déclaré le patineur Gwendal Pereizat sur RTL. De la même manière Philippe Candeloro, champion multimédaillé de patinage artistique, a assuré Sarah Abitbol de son soutien. "Nous, ses amis, on sera là pour la soutenir quoiqu'il sera décidé envers ces gens qui ont commis ces actes ignobles".

Mercredi 5 février, plusieurs sportifs et sportives de haut niveau ont publié une tribune dans Le Parisien intitulée "Il est temps de donner de la voix !". Dans ce texte plusieurs célébrités, dont l'ex-patineuse Nathalie Péchalat et l'escrimeuse Astrid Guyart demandent "la création d’une cellule d’écoute des victimes, indépendante des fédérations et tenue de respecter l’anonymat le plus complet".

Toutes et tous proposent également "que les casiers et les antécédents judiciaires des bénévoles, des entraîneurs et des dirigeants de clubs et de fédérations soient systématiquement contrôlés" et des lois pour garantir la sécurité des sportifs et sportives. "Ne laissons pas le mur du silence se reconstruire !" concluent les athlètes.

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