7 min de lecture Sexo

"50 Nuances plus claires" : "J’ai testé le vrai sexe SM"

TÉMOIGNAGE - À l'occasion de la sortie du nouvel épisode de la série "50 Nuances de Grey", Marion nous raconte son expérience d'un jour dans la garçonnière d'un Maître du sexe SM.

Dakota Johnson dans "50 Nuances plus claires"
Dakota Johnson dans "50 Nuances plus claires" Crédit : Universal Pictures International France
Arièle Bonte
Arièle Bonte
Journaliste

Les aventures de Christian Grey et Anastasia Steele reviennent dans les salles obscures ce mercredi 7 février avec Cinquante nuances plus claires, dernière adaptation cinématographique de la saga littéraire SM qui a fait frémir de nombreux lecteurs et lectrices à travers le monde. 

Comme le suggère la bande-annonce de ce troisième long-métrage réalisé par James Foley, préparez-vous à toujours plus de sexe, de cuir, de dentelle et d'amour entre les deux personnages interprétés par Dakota Johnson et Jamie Dornan. Désormais mari et femme, Christian et Anastasia vivent des jours heureux de leur nid douillet au cœur de la nature à Paris, où il est aisé de se rendre pour un week-end lorsqu'on a le compte en banque d'un homme aussi riche que Christian Grey. 

Mais alors que tout roule à vitesse grand V sur le grand huit des Grey (Anastasia ayant abandonné son "nom de jeune fille" pour adopter celui de son époux), l'ancien patron de la jeune femme s'en prend au couple... un gage de frissons et de sensations pour ce clap de fin attendu par les fans ?

À l'occasion de la sortie du film où l'on devrait pouvoir se délecter de quelques scènes de sexe à coups de cravache et yeux bandés, nous avons recueilli le témoignage de Marion, 31 ans, qui a tenté il y a quelques années une expérience de SM avec un homme. Et l'on peut dire que l'on est bien loin du rêve éveillé d'Anastasia. 

>
50 Nuances Plus Claires / Bande-annonce officielle 1 VOST [au cinéma le 7 février] Date :

J’ai rendez-vous pour réaliser un fantasme : un plan SM

Marion, 31 ans
Partager la citation
À lire aussi
Fantasmer un acte de soumission est-il honteux ? Sexo
Sexe : 5 raisons de ne pas avoir honte de ses fantasmes

Début décembre 2014. Je descends à la station de métro Saint-Sulpice, dans le 6ème arrondissement de Paris. J’ai une adresse dans la main. Un digicode. "Vous êtes bientôt arrivée ?", m’envoie Edouard sur mon portable. "Oui, je suis bientôt là".

Il descend me chercher. J’ai du mal à reconnaître le quartier baigné dans la lumière de cette fin d’après-midi froide. J’y ai surtout traîné mes guêtres pour aller dans les boîtes huppées des rues avoisinantes. Il faisait nuit. Mais aujourd’hui, ce n’est pas pour passer l’entrée d’une boîte à la mode que je suis là. Alors que le soir tombe sur les rues de la Rive gauche, j’ai rendez-vous pour réaliser un fantasme : un plan SM. Je me demande : "Comment suis-je arrivée ici ?"

Un mois auparavant, je termine une relation houleuse avec Jules. Ce n’était même pas mon mec. Juste une relation mi-figue mi-raisin, officieuse même si tout le monde était au courant de notre histoire. Ni amoureuse ni totalement insensible, j’avais l’impression d’avoir en face de moi un adversaire de taille, avec qui faire l’amour, c’était aussi faire la guerre.

Dakota Johnson dans "50 Nuances plus sombres"
Dakota Johnson dans "50 Nuances plus sombres" Crédit : Universal Pictures International France

Je découvre pour la première fois des relations brutales, bruyantes, cassantes

Marion, 31 ans
Partager la citation

Des amis en commun, des verres bus ensembles, de la joute verbale et surtout deux cerveaux qui s’affrontent autant dans la vie que leurs sexes sous les draps. Je découvre pour la première fois des relations brutales, bruyantes, cassantes. Des cheveux tirés, le dos cambré, des gifles qui claquent, des "tu aimes ça petite s***?". Oui, j’aimais ça.

Cette relation s’est achevée et une question s’est alors mise à m’obséder : "Est-ce cet homme qui m’avait plu ou est-ce la violence avec laquelle il me faisait l’amour ?" Il fallait que je sache. 

"Littérature, élégance, BDSM"

Le dialogue avec Edouard a débuté sur Tinder. Il était expert, sa mécanique était bien huilée. Sous sa photo de profil, "littérature, élégance, BDSM” et un lien vers un blog. Je sweepe à droite. Il me répond immédiatement : "Bonjour, derrière ce sourire se cache donc un intérêt pour les pratiques BDSM?" J’explique que je suis curieuse, que certaines photos du blog m’intéressent et m'excitent.

Ses demandes sont précises. Sa plume est assurée. Il me vouvoie. Je lui explique que j’aime l’élégance des photos, que c’est l’idée que je me fais d’une pratique que j’imagine raffinée. Le bondage ? Non pas mon truc. La fessée… À l’idée de me faire attacher les mains dans le dos, je frémis. "Oui". Il m’appelle, me rassure, m’hypnotise de sa voix grave et pleine de sous-entendus. 

Quelques jours auparavant, nous nous étions retrouvés dans le bar d’un hôtel confortable de la capitale, tout proche du quartier de l’Opéra. Edouard m’attend. Il est beau, élégant. J’aime sa prestance. Au creux d’une petite alcôve cachée derrière d’épais rideaux de velours rouge, il m’offre un verre de Bourgueil, tannique et corsé. "Je vous plais." Oui, il me plait beaucoup. Chaque mot qui sort de sa bouche est choisi, savamment prononcé pour me séduire.

Il me propose d’aller au fumoir, en bas, pour s’essayer à quelques préliminaires. Mais je ne veux pas. Je n’ose pas. Alors il me saisit la nuque, avec force, me frôle les lèvres sans m’embrasser. Sa main gauche plonge dans mon décolleté. Il me pince, fort. J’ai mal. "Oui, mais est-ce que ça vous excite ?". Je réponds oui mais je pense "aïe". Le rendez-vous se termine. Un autre est pris quelques jours plus tard.

Dakota Johnson dans "Cinquante Nuances de Grey"
Dakota Johnson dans "Cinquante Nuances de Grey" Crédit : Universal International Pictures

Nom de code : "théosophie"

Retour place Saint Sulpice. Edouard m’attend. Je porte une robe en cuir, des collants et une paire de bottes. Je le suis, docile, jusqu’à sa garçonnière. J’ai un peu peur. Et s’il n’était pas celui qu’il disait être ? Et si je risquais quelque chose ?

Arrivée dans la pièce, je suis un peu déçue. L’endroit est minuscule. Poutres apparentes, vu sur l'église par une fenêtre de taille moyenne. Le lit est un clic-clac déplié et non un joli lit à baldaquin. Les murs bleus accueillent une pièce d’environ 20m² et une kitchenette avec deux plaques et un mini frigo. Enfin, une salle de bain équipée d’une cabine de douche. L’endroit aurait pu tout aussi bien être le studio d’un étudiant de la Sorbonne et aurait mérité un sacré rafraîchissement. J’étais là pour m’adonner à un fantasme et les craquelures au mur m'obsédaient. 

Il m’assoit sur le lit, me menotte, les mains derrière le dos, puis les chevilles

Marion, 31 ans
Partager la citation

Edouard me fait choisir un nom de code, "si les coups sont trop forts". Je choisis "théosophie" sans réfléchir. Il a l’air étonné mais ne bronche pas. Alors il commence. Sa main, large et forte me saisit la nuque et la mord. Avec l’autre, il commence à m’asséner des claques sur les fesses. De plus en plus fort pour tester mes limites. Il me déshabille. Je porte des collants. Il me le fait remarquer : "Puisque c’est votre première fois, je laisse passer. Mais vous porterez des bas à partir de maintenant." J'acquiesce.

Ensuite, il m’assoit sur le lit, me menotte, les mains derrière le dos, puis les chevilles. Une fine chaîne les relie. Sur les genoux je tiens la position. Mais dès qu’il m’allonge, j’ai l’air d’un lombric cherchant la lumière. Je me sens tout sauf sexy.

Il détache mes poignets pour les accrocher au lit. Il tente la sodomie. Mais rien à faire, je n’ai pas l’habitude, ça ne passe pas. "Très bien, nous allons faire autrement pour cette fois-ci, mais vous préparerez votre cul pour la prochaine fois." J'acquiesce comme si je savais de quoi il parlait. Puis j’ai un flash.

Un mois auparavant, "Tree" du plasticien Paul McCarthy avait suscité des réactions violentes lors de son exposition place Vendôme. Je commence à comprendre qu’en effet, ce n’était peut être pas qu’un sapin. Tandis qu'Edouard me prend sur ses genoux pour m’asséner une sacrée raclée, j’essaye de chasser le plug anal géant de mon esprit. 

"Où sont les draps en satin ?"

La majorité des gens pensent à la souffrance quand ils pensent au SM et ont l’intime conviction que c’est le bourreau qui a le pouvoir. Et bien pas du tout. C’est celui qui supporte la douleur qui donne le la. C’est lui qui impose son tempo. C’est finalement lui qui dirige puisque toute l’attention est portée sur lui.

Je me suis d’ailleurs sentie scrutée et observée pendant l’heure et demie qu’a durée notre rencontre. Edouard était attentif à chacun de mes mouvements, pour ne jamais aller trop loin, et pour jouer avec mes limites. Mais je n’étais pas à l’aise d’être au centre de cette attention. Je trouvais cela finalement trop intime. Bien plus qu’un garçon rencontré en soirée et qui s'en va sans bruit le lendemain matin.  

Alors que je pars me rafraîchir quelques instants, Edouard sort quelques victuailles et du champagne. À la vue du tahiti douche dans la salle de bain, je n'ai qu’une envie : partir. Je m’essaye au SM avec du gel douche "cocktail d’agrumes", probablement acheté chez LIDL. Ça ne colle pas. Où sont les draps en satin, le bain moussant, les pétales de roses ? 

Jamie Dornan et Dakota Johnson dans "Cinquante nuances plus sombres"
Jamie Dornan et Dakota Johnson dans "Cinquante nuances plus sombres" Crédit : Universal Pictures International France

Je sais que je ne serai pas sa maîtresse, je sais que je ne suis pas SM

Marion, 31 ans
Partager la citation

Le jeu reprend, mais je ne suis déjà plus vraiment là. Je dois maintenant lui faire une fellation. Il sort un test, négatif. On est loin de la magie et de la sensualité. J’ai la bouche pleine d’un homme que je ne connais finalement pas et dont les préférences sexuelles me laissent finalement plus que tiède. Il enfile un préservatif et me prend assez violemment. Je ne jouis pas, lui oui. Je me rhabille. Il a l’air déçu. "J’avais prévu des victuailles pour toute la nuit…" Je me dirige vers la porte et la claque, sans regret. 

Le lendemain, je reçois des messages. Edouard me demande de lui envoyer une photo avec un thème, le feu. Je m’exécute avec une photo qu’il juge timide. Le défis photos doit durer trente jours mais dès le deuxième, je sens que je ne tiendrai pas. Le lien qui m’unit à lui est trop faible pour un tel investissement. Je sais que je ne serai pas sa maîtresse. Je sais que je ne suis pas SM.

Dans le fond, je suis contente d’avoir tenté l’expérience avec un partenaire qui avait de l’expérience. Mais, au final, je préfère la sensualité, la douceur, faire monter la pression petite à petit. J’ai eu la réponse à la question que je me posais : non, je n’aime pas souffrir en amour. Il allait donc falloir que je réussisse à répondre à la question suivante : pourquoi m’étais-je toujours tournée vers des relations toxiques ? 

Tous les prénoms ont été modifiés.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Sexo 50 Nuances de Grey Cinéma
Pour ne rien manquer
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants