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Anglicisme : une histoire d'amour entre le français et l'anglais ?

Et si, au lieu de regretter les anglicismes, on regardait tous les gallicismes qui se sont imposés en anglais ?

Un dictionnaire anglais (image d'illustration)
Un dictionnaire anglais (image d'illustration)
Crédit : Joshua Hoehne / Unsplash
Muriel Gilbert

J’ai reçu cette semaine sur langue@rtl.fr un courriel de Pierre, exaspéré après avoir regardé The Voice, où il n’est question, dit-il, que de coachs et “de super cross battles en live”. Les amis des mots – moi la première – se lamentent souvent de l’invasion du français par l’anglais. L’affaire a commencé dès la fin de la seconde guerre mondiale, avec l’hégémonie croissante des États-Unis. J’ai déjà expliqué ici que, consolation, les deux tiers des mots anglais viennent du français, grâce à Guillaume le Conquérant, qui au XIe siècle, a imposé la langue de France à la cour d’Angleterre.

Pour cette raison, il n’est pas rare que les mots anglais aient été d’abord du français, même si, transformés par le temps et par un usage anglophone, ils sont parfois difficilement reconnaissables. Je vous ai raconté l’histoire du coach, qui agacera peut-être moins Pierre quand il saura qu’il vient du coche bien de chez nous, ce carrosse qui a donné son nom au cocher.

Mais il y a aussi quantité de mots français importés plus récemment qui sont utilisés au quotidien par les Anglo-Saxons. L’autre jour, je cherchais l’origine de bobo… Bien sûr, bobo, c’est “bourgeois bohème”, mais c’est plus exactement bourgeois bohemian, car ce mot a été créé en 1999 par un journaliste new-yorkais. Bobo est un anglicisme. Nul ne s’en plaint, car nul ne s’en doute, notamment parce que ce néologisme est fondé sur le mot français bourgeois, adopté en anglais au XVIIIe siècle.

Coup de foudre, fiancé, bon appétit, bon voyage !

On peut se demander si les Anglais et les Américains se plaignent de l’invasion du français… J’ai lancé un petit sondage (non représentatif !) sur Twitter. Selon Margaret, qui écoute le Bonbon sur la langue en podcast depuis Washington DC (Hello, Margaret !), l’usage de termes français peut sembler prétentieux, quand il existe un équivalent en anglais (au contraire, de rigueur…). 

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Sinon, me confie Sabine, “ils ne sont généralement pas perçus comme des envahisseurs”. Les termes qui reviennent le plus sont rendez-vous (mais, explique Susie, il s’agit d’un rendez-vous galant uniquement), coup de foudre, fiancé, il y a aussi chef (cuisinier exclusivement), bon appétit (avec l’accent, on prononce le T final !), maitre d. (pour maître d’hôtel), à la carte, amuse-bouche, entrée (qui désigne… le plat de résistance, me disent Patrick et Chris, – troublant !), hors d’œuvre (qui veut dire “entrée”), mousse (au chocolat). On sent bien dans ce choix de mots qu’ont fait les anglophones au sein de notre vocabulaire la réputation des Français en amour et en cuisine !

Mais les Américains disent aussi déjà-vu (pour l’impression de déjà-vu), et coup (tout court, pour “coup d’Etat”), entrepreneur, je-ne-sais-quoi, cul-de-sac, C’est la vie ! Voilà ! ou même Bon voyage !

Et si c'était une histoire d'amour ?

Vous savez, amis des mots, l’un des livres de la linguiste Henriette Walter, Honni soit qui mal y pense !, a pour sous-titre L’Incroyable histoire d’amour entre l’anglais et le français. C’est aussi comme cela qu’il faut voir les emprunts du français à l’anglais et de l’anglais au français : une histoire d’amour. Qui croit encore que les histoires d’amour soient toujours sans nuages ?


D’ailleurs "Honi soit qui mal y pense" (avec un seul N comme en ancien français) est la devise de l’ordre de la Jarretière, le plus important de la chevalerie britannique… et elle est dans la langue de Molière ! Et voilà !, comme on dit dans la langue de Shakespeare.
Ah, je voulais vous dire, amis des mots, ce mardi 17 mai, si ça vous tente, on parlera langue française tout près de l’Angleterre, au bout du nez de la Bretagne, à Brest ! Je vous attends à 18 heures à la librairie Dialogues.

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