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L'application TikTok. (Illustration)
Crédit : AFP
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Bruxelles accentue la pression sur TikTok. Malgré le déploiement de plusieurs mesures destinées à montrer patte blanche aux autorités, en donnant plus de latitude aux utilisateurs pour maîtriser leur temps d'écran, la Commission européenne a exigé vendredi 5 février que l'application chinoise modifie son interface "addictive", accusée d'enfreindre la législation européenne sur le numérique, sous peine de s'exposer à de lourdes amendes.
L'Union européenne, qui dispose de l'arsenal juridique le plus puissant au monde pour réguler le numérique, a ouvert il y a deux ans une enquête sur le réseau social aux vidéos verticales ultracourtes très plébiscitées par les jeunes.
"TikTok ne semble pas être capable de mettre en place des mesures pour réduire de manière efficace ces risques", affirme Bruxelles dans un communiqué. L'exécutif européen pointe du doigt des "fonctionnalités addictives" qui "pourraient nuire au bien-être physique et mental" des utilisateurs de l'application notamment des mineurs, incités à faire défiler les contenus et à consulter leurs téléphones de façon "compulsive", y compris la nuit.
Ces fonctionnalités, accusées d'être particulièrement "addictives", sont dans son viseur : le "scrolling", soit le défilement ininterrompu de contenus sur son application, le lancement automatique de vidéos, l'envoi répété de notifications push ainsi que le système de recommandations hautement personnalisé, qui détermine les vidéos vues par les usagers et peut conduire à les enfermer rapidement dans des boucles de contenus dédiés selon ses détracteurs.
Ces mécanismes redoutablement efficaces ont rendu accro de nombreux adeptes de l'application, regrette la Commission européenne. "En 'récompensant' constamment les utilisateurs avec du nouveau contenu, certaines fonctionnalités de TikTok alimentent l'envie de faire défiler sans cesse et mettent le cerveau des utilisateurs en 'mode pilote automatique'. Des recherches scientifiques montrent que cela peut engendrer des comportements compulsifs et réduire la maîtrise de soi des utilisateurs", conclut Bruxelles.
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L'exécutif européen déplore également le fait que l'entreprise chinoise "a ignoré des indicateurs importants d'utilisation compulsive de l'application, tels que le temps que les mineurs passent sur TikTok la nuit, la fréquence à laquelle les utilisateurs ouvrent l'application et d'autres indicateurs potentiels".
Pour appuyer son propos, la Commission européenne a cité des chiffres édifiants : selon un rapport parlementaire français, 8 % des 12-15 ans passent plus de cinq heures par jour sur TikTok. Une étude danoise révèle que des enfants dès l’âge de 8 ans y consacrent en moyenne 130 minutes quotidiennes. Et, d’après des travaux polonais, un enfant sur trois âgé de 7 à 12 ans ouvre l’application plus de vingt fois par jour, y compris pendant les heures de classe et bien après minuit pour les adolescents.
Face à ces accusations, TikTok a mis en place plusieurs mesures ces derniers mois, visant à donner plus de contrôle aux usagers et à leurs parents pour maîtriser leur temps passé sur l'application. Ces "outils de gestion du temps d'écran et de contrôle parental ne semblent pas réduire efficacement les risques liés à la nature addictive de l'application", estime toutefois la Commission européenne. Les outils de gestion du temps d'écran paraissent inefficaces pour permettre aux utilisateurs de réduire et de contrôler leur utilisation de TikTok, car ils sont faciles à ignorer et n'offrent qu'une faible résistance. De même, le contrôle parental peut s'avérer inefficace car sa mise en place exige davantage de temps et de compétences de la part des parents".
"Il faut que TikTok agisse et change son interface en Europe afin de protéger nos mineurs", a lancé la commissaire européenne chargée du numérique, Henna Virkkunen. "Ce n'est pas comme si TikTok ne reconnaissait pas du tout ce risque" addictif, a affirmé un responsable européen. D'après lui, TikTok mentionne bien le potentiel addictif de son application, "évalue ces risques". Mais cela reste insuffisant au vu des lois européennes sur le numérique, a-t-il souligné.
Ces mêmes règles qui sont régulièrement critiquées par l'administration Trump et les patrons des réseaux sociaux. Bruxelles accuse notamment TikTok de ne pas tenir compte "d'indicateurs importants sur l'utilisation compulsive de l'application", comme le temps passé sur la plateforme par les enfants pendant la nuit. Elle estime que les fonctionnalités de l'application pour limiter le temps d'écran sont trop "faciles à ignorer" et regrette que le contrôle parental nécessite trop d'étapes pour être mis en place.
TikTok a dénoncé vendredi l'image "complètement fausse" que l'Union européenne a donné de sa plateforme, accusée d'être trop addictive pour les enfants. "Nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour contester ces conclusions, avec tous les moyens à notre disposition", a affirmé le réseau social dans un communiqué.
TikTok peut désormais accéder au dossier de l'UE et se défendre contre ces accusations. Bruxelles a souligné que la plateforme s'est jusqu'ici montrée "très coopérative" avec ses enquêtes. L'application s'expose à terme à une amende pouvant peser jusqu'à 6% de son chiffre d'affaires mondial annuel.
Cette enquête de Bruxelles intervient alors même que plusieurs capitales européennes s'interrogent sur la possibilité d'interdire les réseaux sociaux pour les enfants ou jeunes adolescents. L'Espagne et la France examinent des propositions en ce sens, provoquant de très vives réactions des patrons des grandes plateformes.
Lors d'une conférence de presse vendredi, la commissaire européenne Henna Virkkunen a estimé que l'objectif était surtout de rendre ces plateformes sûres pour tous les utilisateurs, enfants compris. "Les réseaux sociaux devraient être conçus de manière à être si sûrs qu'il ne devrait pas être nécessaire d'imposer des restrictions d'âge aussi strictes", a-t-elle déclaré.
TikTok est visé en parallèle par une autre enquête de l'UE concernant des accusations d'ingérence étrangère lors des élections présidentielles roumaines. Celle-ci est toujours en cours.
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