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Une photo de la Lune prise par une caméra fixée sur Haruto-K, en avril 2022.
Crédit : Handout / ispace / AFP
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Prévue initialement pour début 2024, la mission Artemis II a été de nouveau reportée mardi 3 février, à seulement deux jours de son lancement, et est désormais reprogrammée dans le courant du mois de mars. La NASA a annoncé que cette décision résulte de la détection d'un problème technique lors d'un test au sol de sa fusée géante SLS.
Au cours de cette mission, un équipage de quatre astronautes devait s'envoler à bord d'une capsule pour effectuer un tour autour de la Lune, un exercice inédit depuis les missions Apollo des années 70, prévu pour durer 10 jours. Artemis II marque la deuxième étape du programme visant à ramener les Américains sur la Lune.
Ces glissements de calendrier ne sont pas exceptionnels dans le domaine spatial habité, comme le rappelle à RTL.fr l'astrophysicien Francis Rocard, auteur de Dernières Nouvelles de Mars, publié aux éditions Flammarion.
"Il y a des hommes à bord, donc on ne peut pas se permettre de prendre le moindre risque. Pour moi, ce sont des petits retards un peu classiques pour un lancement d'un vol habité. Ce n'est pas très surprenant", indique-t-il tout en assurant être "assez confiant sur le fait que cette mission va partir bientôt".
Construire un programme Artemis, c’est un programme à 100 milliards
Francis Rocard, astrophysicien
Entre 1969 et 1972, le programme Apollo a permis six atterrissages humains sur la Lune. Un exploit historique, mais réalisé dans un contexte radicalement différent. "Les historiens d'Apollo vous diraient que qu'à l'époque, effectivement, la NASA acceptait des risques peut-être plus importants. Quand on fait l'historique des six missions Apollo, toutes ces missions ont eu des problèmes plus ou moins sérieux. (...) Les missions auraient pu être annulées, elles ne l'ont jamais été", explique Francis Rocard
Un accident mortel mettrait immédiatement en péril un programme entier, tant sur le plan politique que budgétaire. Comme le souligne l'astrophysicien : "Construire un programme Artemis, c’est un programme à 100 milliards. C'est quand même des fusées énormes, un équipage, quatre personnes. Tout ça est complexe. Évidemment, il ne faut pas qu’il y ait mort d’homme".
Contrairement aux idées reçues, les technologies actuelles ne simplifient pas nécessairement les missions lunaires. Elles les rendent plus précises et plus performantes, mais aussi plus complexes à réaliser. "Ce qui a été fait il y a 50 ans ne peut pas être réutilisé et donc tout est nouveau". Les systèmes d’Apollo reposaient sur une électronique simple, robuste mais efficace. Aujourd’hui, les architectures sont numériques, interconnectées, et doivent être validées dans des milliers de configurations possibles.
Le défi le plus critique reste l’atterrissage lunaire habité, ce que doit accomplir Artémis III à l'horizon 2028. "Pour se poser sur la Lune, le plus difficile, c’est vraiment la partie atterrissage. […] C’est le Human Landing System, le HLS", assure Francis Rocard. Ce rôle a été confié à SpaceX, avec une version lunaire du Starship. Un système est encore loin d’être opérationnel : "Il y a eu 12 tests du Starship et il n'est toujours pas qualifié comme une fusée classique parce qu'il n'a jamais été en orbite".
Son concept repose sur des technologies inédites comme le ravitaillement en orbite. Cette incertitude explique pourquoi le calendrier d’Artemis III, premier alunissage habité depuis 1972, reste très fragile.
La fin des mission Apollo a inévitablement fait disparaître une partie des compétences acquises à cette époque. "Quand on arrête un programme de vols habités lointains, on perd un savoir-faire", explique Francis Rocard. La fusée Saturn V, haute de plus de 100 mètres, était un objet industriel hors norme. Après l’arrêt d’Apollo, la NASA n’a plus jamais construit de lanceur de cette catégorie pendant plusieurs décennies.
Le SLS, souvent décrit comme une Saturn V moderne, a dû être conçu quasiment à partir d’une feuille blanche, avec de nouveaux moteurs, de nouvelles normes et une chaîne industrielle entièrement reconfigurée.
Aller sur la Lune coûte extrêmement cher. Le coût exact du programme Artemis n'est pas connu mais il est estimé aux alentours 160 milliards de dollars. Chaque lanceur SLS se chiffre à plusieurs milliards, et chaque retard alourdit encore la facture.
Dans les années 1970, la fin du programme Apollo s'explique en grande partie par son coût élevé. Les missions Apollo 18, 19 et 20 ont été annulées après que les États-Unis ont estimé avoir atteint leur objectif politique de surpasser l'Union soviétique. Les budgets ont alors été réorientés vers le développement de la navette spatiale et puis plus tard vers la Station spatiale internationale.
Retourner sur la Lune n’est pas seulement un défi technologique ou financier, c’est aussi un choix politique. Pendant près de trente ans, la Lune a été largement délaissée. Aujourd’hui, elle revient au centre du jeu spatial international. Les États-Unis y voient un passage obligé vers Mars, résumé par la doctrine officielle "Moon to Mars". La Chine, l’Inde et d’autres puissances spatiales développent également leurs propres ambitions lunaires. "La Lune est un 'testbed' idéal (un banc d'essai, Ndlr) pour valider des technologies avant de les envoyer vers Mars", confirme Francis Rocard.
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