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Coronavirus : on a testé l'application StopCovid sur iPhone et Android avant sa sortie mardi

Disponible à partir du 2 juin, l'application de suivi de contacts censée identifier les expositions au Covid-19 sur les smartphones semble fonctionner comme prévu par le gouvernement. Mais son efficacité reste à démontrer.

Stephane Carpentier RTL Matin Week-end Stéphane Carpentier iTunes RSS
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Coronavirus : on a testé l'application StopCovid sur iPhone et Android avant sa sortie mardi Crédit Image : AFP | Crédit Média : Sophie Joussellin | Durée : | Date : La page de l'émission
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Approuvée mercredi par les deux chambres du Parlement, l’application StopCovid sera disponible en téléchargement sur Android et iOS mardi 2 juin après deux mois de travaux pilotés par l’Institut national de recherche en sciences et technologies du numérique (Inria). Défendu becs et ongles par le gouvernement, ce dispositif de traçage numérique est présenté comme un nouvel outil indispensable au contrôle de l'épidémie alors que les Français s'apprêtent à multiplier les contacts avec l'entrée du pays dans la deuxième phase du déconfinement et la levée des principales mesures de restriction pour lutter contre le virus. 

StopCovid vient combler un angle mort de la stratégie française de suivi des cas contacts. Parallèlement aux enquêtes épidémiologiques de terrain, menées au téléphone par des salariés de l’Assurance maladie avec les personnes identifiées par les patients testés positifs au Covid-19, l'application va utiliser le smartphone pour détecter les expositions au virus au contact d’inconnus croisés lors d’un trajet dans le métro, dans un commerce ou dans un bar. Le gouvernement espère ainsi détecter plus tôt les personnes à risque en milieu urbain pour les inviter à se mettre en quarantaine et à contacter les services sanitaires compétents pour se faire dépister. 

Le concept est le suivant : l'application va prévenir les utilisateurs s'ils ont été à proximité d'un autre utilisateur diagnostiqué positif au Covid-19 au cours des quatorze derniers jours, la durée moyenne de l'incubation du virus. Elle utilise pour cela la technologie Bluetooth (moins intrusive que la géolocalisation) pour enregistrer les identifiants anonymes des autres utilisateurs qui se situent à une distance de moins d'un mètre pendant au moins quinze minutes, le seuil déterminé par les épidémiologistes pour considérer qu'il existe un risque de contamination. 

Tout cela se fait sur la base du volontariat et l’anonymat est préservé grâce à l’utilisation d'identifiants aléatoires, assure le gouvernement qui a multiplié les déclarations rassurantes sur le sujet, promettant qu'aucune donnée ne sera conservée au-delà de 14 jours et que le dispositif n'a pas vocation à perdurer après l'état d'urgence sanitaire. Le dispositif a d'ailleurs reçu le feu vert de la Cnil.

Une interface claire et pédagogique

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Nous avons pu essayer la dernière version bêta de l'application qui ne devrait pas beaucoup différer de celle qui sera proposée au public en début de semaine prochaine. La première étape consiste à la télécharger sur le magasin d'application compatible avec son système d'exploitation, Play Store pour Android et App Store pour l'iPhone et à ne pas la confondre avec Stop Covid-19 CAT, son équivalent développée par le gouvernement catalan. Une fois téléchargée, l'application sollicite le consentement de l'utilisateur à la première ouverture. Il faut cliquer sur "Je veux participer" pour pouvoir continuer.

Il faut aussi activer le Bluetooth, la technologie utilisée pour faire borner les smartphones des autres utilisateurs de l'application et garder en mémoire leur identifiant, une suite de chiffres générée de façon aléatoire tous les quarts d'heure pour empêcher de pouvoir les lier à une identité en cas de fuite de données.

L'application StopCovid pourra être téléchargée dès samedi 30 mai
L'application StopCovid pourra être téléchargée dès samedi 30 mai Crédit : Captures d'écran

Stop Covid se compose de trois onglets principaux. Le premier, l'onglet "Protéger", permet d'activer l'application à l'aide d'un gros bouton. Il comprend aussi les paramètres de confidentialité et de gestion des données. Le second, "Me déclarer", permet de s'enregistrer comme malade au sein de l'application, à l'aide d'un QR code ou d'un code fourni par un médecin ou un laboratoire d'analyses à la réception d'un test positif afin d'éviter les fausses déclarations. Enfin, l'onglet "Partager" permet de diffuser l'application auprès de ses proches. 

Le studio savoyard Lunabee, chargé du développement de l'application, a réalisé une interface claire et pédagogique. Les informations sont concises, présentées de façon limpide et l'utilisateur est informé des conséquences de chacune des actions nécessaires au fonctionnement de l'outil. Il est possible de faire marche arrière à chaque étape.

L'utilisateur peut par exemple facilement gérer les données collectées par l'application : les identifiants de smartphones utilisant l'application, détectés à moins d'un mètre pendant au moins quinze minutes lors des deux dernières semaines, mais aussi l'historique de ses propres identifiants aléatoires. Cela effacera aussi les traces du téléphone dans la mémoire des autres utilisateurs de l'application. Il est aussi possible d'effacer les alertes reçues en cas de "contact" avec une personne déclarée positive. Conformément au RGPD, il est possible à tout moment de supprimer l'intégralité des données.

Le Bluetooth semble fonctionner en arrière-plan

Reste à savoir si l'application sera aussi efficace qu'escomptée. Une première crainte réside dans le fonctionnement du Bluetooth sur l'iPhone qui n'autorise pas les applications à utiliser cette technologie en arrière-plan pour des raisons de sécurité. Une règle à laquelle Apple n'a pas voulu déroger malgré les demandes du gouvernement français. Pour fonctionner, StopCovid doit donc en théorie être allumée et ouverte en permanence, ce qui semble illusoire à l'heure où les propriétaires de smartphones sont sollicités chaque jour par des dizaines d'applications. Selon la même logique, un iPhone en veille ne pourra pas émettre de signal vers les téléphones qu'il croisera.

Le gouvernement affirme avoir réussi à contourner ces limitations pour faire fonctionner l'application sur iPhone. Selon nos constatations, elle ne s'est effectivement pas éteinte après deux journées, même lorsqu'elle a été reléguée en arrière-plan. Nos tests ont également confirmé qu'elle continue d'émettre un signal Bluetooth en arrière-plan, ce pendant plusieurs dizaines de minutes. Si cela ne nous renseigne pas sur le type d'informations que peut transmettre ce signal, cela semble confirmer les dires du gouvernement.

Contacté par RTL.fr, l'Inria nous confirme que le fonctionnement du Bluetooth est limité sur iPhone dès que StopCovid est mise en arrière-plan. "L’advertising" BLE (l’émission de messages) est totalement interrompu mais le "scan" BLE (l’écoute des messages des appareils aux alentours) peut lui continuer", explique l'institut. Conséquence : si deux iPhone en veille se croisent, l'application ne fonctionnera pas. L'Inria a cependant réussi à trouver un moyen de faire fonctionner l'application sur un iPhone au contact d'un téléphone Android. 

"La présence d’un ou plusieurs appareils Android à proximité d’un iPhone va permettre à l’application d’être réveillée et les modèles Android seront donc bien détectés par l’iPhone", affirme l'Inria. En revanche, les appareils Android ne peuvent détecter l’iPhone directement car celui-ci n’émet pas de messages d’"advertising" pour se signaler. Pour résoudre cette limitation, les ingénieurs de l'Inria ont fait en sorte qu'un échange Bluetooth explicite soit initié de l’iPhone vers les appareils Android pour les informer de la présence de l’iPhone à proximité. Cette astuce ne devrait pas empêcher l'application de respecter le processus de validation d'Apple pour être publiée sur l'App Store, estime l'Inria.

L'équipe-projet de StopCovid a dû faire face à un obstacle différent pour rendre l'application opérationnelle sur Android. Le système d'exploitation de Google bloque les applications trop gourmandes en arrière-plan pour économiser la batterie des appareils. Lors de la première ouverture, StopCovid demande donc à l'utilisateur de désactiver l'optimisation de la batterie afin qu'elle puisse continuer de fonctionner en arrière-plan. Une fois ces conditions acceptées, nos tests ont permis de constater que l'application continue d'émettre un signal Bluetooth sans discontinuer, même en arrière-plan et le téléphone en veille, sans poser de problèmes de consommation d'énergie.

Le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O a bataillé pour lancer StopCovid
Le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O a bataillé pour lancer StopCovid Crédit : AFP

Une efficacité à démontrer

Selon les chiffres du cabinet Kantar, deux Français sur dix sont équipés d'un iPhone, et huit Français sur dix utilisent un téléphone Android. Ce qui laisse quelques motifs d'espoirs pour un bon fonctionnement de l'application par le jeu des contacts entre iPhone et smartphones Android. Mais ces chiffres ne reflètent pas les parts de marché dans les centres urbains, la cible de StopCovid, où l'on peut raisonnablement penser que le taux de propriétaires d'iPhone est plus important que dans les petites villes et en milieu rural, par exemple, et où deux utilisateurs de StopCovid ont plus de chance de se croiser sans se détecter avec leur iPhone en veille. Ils ne prennent pas en compte non plus la fragmentation des modèles et des systèmes d'exploitation qui n'offrent pas tous les mêmes garanties en matière de fiabilité du signal Bluetooth. 

Le secrétaire d'Etat au Numérique Cédric O a reconnu ces limites lors d'une audition à l'Assemblée et indiqué que StopCovid ne capte que 75 à 80% des utilisateurs à moins d'un mètre de distance. Un taux néanmoins suffisant pour le ministre afin que "l'on estime que la conséquence d'une notification soit que vous êtes un cas contact et que vous allez avoir le droit à un arrêt de travail et à un test". L'équipe-projet doit par ailleurs continuer à améliorer le système dans les prochaines semaines.

Au-delà de ces considérations techniques, l'efficacité de StopCovid dépendra aussi d'autres éléments comme son taux de pénétration dans la population et la circulation du virus dans le pays. Une étude épidémiologique de l'université d'Oxford estime qu'une telle application doit être utilisée par 56% d'une population pour produire des résultats mais que ce taux peut être plus faible si elle est associée à d'autres mesures de distanciation sociale. Pour Cédric O, StopCovid sera utile dès le premier téléchargement, et ceux qui refuseraient de le faire "devront accepter les morts supplémentaires". Une campagne de communication sera lancée dans les prochains jours pour inciter les Français à l'utiliser. Un comité de contrôle a été mis en place pour suivre sa mise en place et évaluer son utilité réelle.

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