7 min de lecture Coronavirus

Coronavirus : l’Assemblée donne son feu vert au déploiement de l’application StopCovid

Après deux mois de vifs débats sur fond d’inquiétudes pour la vie privée, l’application de traçage de contacts du gouvernement a reçu l’aval des députés mercredi. Elle doit être déployée d'ici le 2 juin pour identifier les expositions aux malades du Covid-19 sur les smartphones.

L'application de suivi des contacts StopCovid doit être déployée début juin
L'application de suivi des contacts StopCovid doit être déployée début juin Crédit : AFP
Benjamin Hue
Benjamin Hue
Journaliste RTL

Plus rien ne s’oppose au déploiement de StopCovid. Longtemps promis à un avenir incertain, le controversé projet d’application de suivi de contacts, censée identifier les expositions au coronavirus sur les smartphones, a finalement reçu l’aval du Parlement ce mercredi 27 mai. 

Au terme de plusieurs heures de débats qui ont vu la majorité s’évertuer à rassurer sur le caractère temporaire, volontaire et anonyme du dispositif et l’opposition exprimer son hostilité à un projet qu’elle juge liberticide, l’Assemblée nationale a autorisé par 338 voix contre 215 la mise en oeuvre de l'application.

Le projet a ensuite été approuvé par la Chambre haute dans la soirée. Au Sénat, 186 sénateurs ont voté pour, dont une majorité du groupe LR, 127 ont voté contre et 29 se sont abstenus. StopCovid devrait être disponible le 2 juin sur les smartphones Android et l’iPhone, comme l’indiquait le secrétaire d’Etat au Numérique Cédric O ces derniers jours.

Développée en un temps record par des chercheurs de l'Inria et un consortium d'entreprises françaises, StopCovid est présentée par les autorités comme un élément du dispositif de la lutte contre l'épidémie, au même titre que le port du masque et les gestes barrières. Elle doit s'intégrer dans la stratégie de contact tracing mise en place pour la deuxième phase du déconfinement le 2 juin dont les modalités seront présentées jeudi par le Premier ministre Edouard Philippe. 

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Comme l'a souligné le ministre de la Santé Olivier Véran devant les députés mercredi, il est possible que certaines décisions prises jeudi "permettent aux Français de retrouver un peu plus de libertés individuelles et davantage de libertés collectives et donc, par conséquent, de multiplier les contacts sociaux". "C'est maintenant que nous avons besoin de multiplier les outils pour protéger les Français", selon lui.

Remonter la piste des inconnus croisés lors d'un trajet

L'objectif de StopCovid est d'utiliser la technologie pour détecter les personnes à risque plus précocement afin de mieux enrayer les chaînes de transmission du virus. "Une donnée récente montre que près de 45% des transmissions du virus se fait à partir de personnes asymptomatiques. L'enjeu est de dépister le plus tôt possible une personne malade pour éviter qu’elle n’en contamine d’autres", a résumé Olivier Véran. 

Complémentaire aux enquêtes téléphoniques de terrain, qui visent à identifier les cas contacts dans l'entourage d'un malade, l'application doit permettre de remonter la piste des inconnus croisés lors d'un trajet, l'angle mort de la stratégie de contact tracing de la France. L'idée, défendue par les épidémiologistes au nom de l'intérêt sanitaire, est de stocker dans la mémoire du téléphone les interactions de son propriétaire pour l'avertir s'il a rencontré un malade et l'inciter à se mettre en quarantaine et à se faire dépister. 

Contrairement à des pays comme Sinagapour ou la Chine, la perspective d'une application de traçage était d'abord taboue en France. Le ministre de l'Intérieur a commencé par balayer l'idée fin mars. Mais elle a rapidement été explorée par les autorités et le conseil scientifique avec la volonté de trouver un équilibre entre efficacité et respect des libertés publiques. Le choix s'est finalement porté sur une application basée sur le volontariat, qui repose sur la technologie Bluetooth et non la géolocalisation, dont le code source est ouvert. 

Moins d'un mètre de distance pendant plus de 15 min

Les détails du fonctionnement de StopCovid et les images de son interface ont commencé à être diffusés par Bercy. Lorsque des utilisateurs passeront plus de quinze minutes à moins d'un mètre de distance, l'application va enregistrer de manière anonyme qu'ils se sont croisés grâce au Bluetooth de leur téléphone. Si une personne testée positive se déclare dans l'application à l'aide d'un code fourni avec le test, les utilisateurs avec lesquels elle a eu un contact prolongé seront notifiés et invités à se faire tester à leur tour. Ils entreront alors dans le dispositif de suivi des cas contacts mis en place par l'Assurance maladie.

L'application StopCovid pourra être téléchargée dès samedi 30 mai
L'application StopCovid pourra être téléchargée dès samedi 30 mai Crédit : Captures d'écran

Pour assurer la confidentialité des données, les ingénieurs du projet ont mis un point un protocole qui garantit que les informations circulent seulement sous la forme d'identifiants anonymisés et cryptés, générés de manière éphémère, à intervalles réguliers, et sont toujours solidaires d'un ensemble d'identifiants avec lesquels ils ont borné durant un déplacement. De façon à ce qu'il soit impossible de remonter le lien entre un identifiant, le téléphone d'une personne et son identité. Cette méthode est moins intrusive que le suivi des données GPS même si le risque zéro n'existe pas en sécurité informatique.

Inquiétudes pour la vie privée et efficacité incertaine

Le développement de StopCovid a donné lieu à de vifs débats dans la communauté scientifique et la sphère politique. Malgré les appels d'épidémiologistes de renom en faveur d'un outil perçu comme indispensable à la lutte contre la diffusion du virus, le projet a été décrié par de nombreux experts scientifiques et spécialistes en sécurité informatique qui craignent les risques de piratage et dénoncent la banalisation du recours à des dispositifs technologiques de surveillance au nom de l'intérêt général alors que l'efficacité de StopCovid n'est pas certaine.

La première limite est inhérente à la technologie retenue pour le projet : le Bluetooth n'a pas été conçu pour mesurer des distances mais pour relier des appareils sans-fil. Il ne permettra donc pas de savoir s'il y a un réel risque de contamination entre deux propriétaires de smartphone mais fournira seulement une indication. L'application doit également être active (ouverte en premier plan sur un smartphone) pour pouvoir fonctionner, ce que ne permettent pas les systèmes d'exploitation d'Apple et Google, même si le gouvernement affirme avoir réussi à contourner ces limitations sans passer par la solution mise au point par les deux géants américains au nom de la souveraineté numérique.

Selon les autorités, l'application peut avoir un effet positif "dès les premiers téléchargements", comme l'a souligné Cédric O mercredi, une étude d'épidémiologistes de l'université d'Oxford à l'appui, en cassant des chaînes de contamination qui n'auraient pas été décelées sans elle, par exemple dans le métro, dans une file d'attente de supermarché, dans les bars ou les restaurants s'ils rouvrent. "Ceux qui sont les plus à risque sont les personnes âgées. Mais ceux qui font circuler le virus, ce sont les urbains actifs qui prennent les métros aux heures de pointe et qui vont dans les bars et les restaurants. C'est ceux-là que les brigades sanitaires ont le plus de mal à suivre", a expliqué Cédric O, qui estime que l'outil serait utile dès lors qu'il sauverait une seule vie. 

Des tests ont été menés ces dix derniers jours par les équipes en charge du projet pour vérifier que l'application était bien capable de détecter des contacts à risque sur plus de cent modèles de téléphones de 17 marques différentes parmi les plus utilisés par les Français. Et des bracelets connectés sont envisagés pour équiper les Français qui n'utilisent pas de smartphone.

Sur la base du volontariat, anonyme et temporaire

Critiqué jusqu'au sein de la majorité pour les craintes que soulève le projet concernant le respect de la vie privée et les libertés individuelles, le gouvernement n'a eu de cesse de souligner le caractère volontaire, anonyme et temporaire de l'application. "Toutes les garanties ont été prises pour que la vie privée des Français soit respectée", a assuré la garde des Sceaux Nicole Belloubet mercredi: "à tout moment, à chaque étape, le consentement des personnes sera requis".

Le décret d'application prévoit un certain nombre de garde-fous comme l'effacement automatique des données au bout de quinze jours, la période d'incubation du Covid-19, la mise en sommeil de l'application à la fin de l'état d'urgence sanitaire et l'interdiction d'inciter à son utilisation en allégeant certaines restrictions de déplacement, comme le proposait un député LREM il y a quelques jours. 

Garante du respect de la vie privée, la Cnil a donné lundi soir un dernier avis globalement positif préalable au lancement de StopCovid. Un comité de contrôle pourra diligenter des audits pour vérifier que ce cadre est bien respecté et l'efficacité réelle du dispositif. Des hackers éthiques ont également commencé à mener des attaques pour tester le niveau de sécurité de l'application. Aucune faille majeure n'aurait été détectée pour l'instant, selon Cédric O. 

Une campagne de communication doit désormais être lancée pour inciter les Français à télécharger StopCovid. L'argumentaire est déjà prêt. Cédric O a estimé mercredi que priver de cette application "pour des raisons politiques ou philosophiques" ceux qui souhaiteraient en bénéficier reviendrait à "accepter les contaminations supplémentaires, les malades supplémentaires, les morts supplémentaires et les risques de reconfinement supplémentaires".

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