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4 questions pour comprendre le conflit entre Facebook et l'Australie

ÉCLAIRAGE - Facebook a bloqué les contenus de la presse australienne en réaction à un projet de loi. Explications.

4 questions pour comprendre le conflit entre Facebook et l'Australie (illustration)
4 questions pour comprendre le conflit entre Facebook et l'Australie (illustration) Crédit : JOEL SAGET / AFP
Coline Daclin et AFP

Facebook et Canberra sont entrés ce vendredi 19 février en discussion, et les débats pourraient durer tout le week-end. En cause, le blocage jeudi par le réseau social de tous les contenus d'actualité australiens sur sa plateforme, en réaction à un projet de loi du gouvernement australien. Impossible depuis de partager des articles de la presse australienne ou de consulter leur page Facebook. 

Résultat, le nombre de personnes ayant consulté les sites des médias australiens a chuté dans le pays et à l'étranger. Le trafic à l'étranger a notamment diminué de plus de 20% par jour, selon la société d'analyse de données Chartbeat. 

Le Premier ministre Scott Morrison a donc exhorté Facebook à mettre fin à ce qu'il a qualifié de "menaces" et à "revenir à la table" des négociations. Pour l'heure, Facebook a assuré ne pas avoir d'autre choix que ces mesures. 

Mise à jour du 23 février : Facebook a annoncé mardi la levée du blocage en Australie des contenus d'actualité après la décision du gouvernement d'amender un projet de loi visant à contraindre les géants du numérique à rémunérer les médias pour leurs contenus.

Le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg, et le géant américain des réseaux sociaux ont indiqué avoir trouvé un compromis sur un des points clés de ce texte, premier du genre au monde, auquel les mastodontes du secteur se sont farouchement opposés.

Facebook et Google - particulièrement visés par ce projet- ne feront finalement pas l'objet de sanctions s'ils arrivent à conclure certains accords avec des médias locaux pour payer les informations.

1. Que dit le projet de loi, à l'origine du conflit ?

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A l'origine du conflit, il y a un projet de loi, qui vise à contraindre les géants de la tech à rémunérer les médias pour la reprise de leurs contenus. En effet, Google et Facebook sont accusés par la presse de tirer profit de ses contenus, pour ensuite capter la majorité des recettes publicitaires numériques, sans les partager. 

Pour que les règles soient plus équitables, l'Australie souhaite que Google et Facebook rémunèrent les médias australiens en échange de leurs contenus d'actualité.

2. Pourquoi Facebook n'est-il pas d'accord ?

Facebook cherche à tout prix à éviter un système de paiements obligatoires pour le partage de liens sur sa plateforme. "Contrairement à ce que certains ont suggéré, Facebook ne vole pas le contenu d'articles", a indiqué Campbell Brown, responsable des partenariats du réseau social avec les organes de presse, dans un billet de blog. "Les éditeurs choisissent de partager leurs articles sur Facebook. Qu'il s'agisse de trouver de nouveaux lecteurs, d'obtenir de nouveaux abonnés ou de générer des revenus, les organismes de presse n'utiliseraient pas Facebook si cela ne contribuait pas à leurs recettes", s'est-elle défendu. 

Par ailleurs, l'entreprise investit déjà dans les médias de plusieurs pays, via le Facebook Journalism Project.

Facebook sait aussi que le projet de loi est scruté de près par de nombreux dirigeants à travers la planète. Le Premier ministre australien Scott Morrison a en effet assuré en avoir parlé lors d'entretiens téléphonique avec le Premier ministre indien Narendra Modi et le Canadien Justin Trudeau. La firme craint donc une contagion de ce type de réglementation à d'autres pays.

3. Pourquoi la réaction de Facebook choque-t-elle ?

La décision de Facebook de bloquer les contenus d'actualité en Australie a suscité une vague d'indignation. En plus d'empêcher d'accéder aux médias, le réseau social a bloqué des pages officielles des services de secours servant à alerter la population en cas de feux de forêts, d'inondation ou d'épidémie ont été affectées par inadvertance (qui ont ensuite été rétablie dans la journée). Les pages d'associations de lutte contre le cancer ou d'aide aux sans-abri apparaissaient comme vides, tout comme celle de grande entreprises. 

Cette mesure met aussi en lumière le pouvoir grandissant du réseau social dans l'industrie des médias. "L'idée qu'en appuyant sur un simple bouton, on puisse arrêter une structure civique sonne comme un signal d'alarme", estime auprès de l'AFP Kjerstin Thorson, professeure à la Michigan State University. 

Par ailleurs, ce blocage des médias pourrait entraîner une prolifération dans le pays des fausses informations, le géant américain n'ayant pas coupé l'accès aux pages à l'origine de théories complotistes et de désinformation. "Facebook, sans vraies informations, c'est le rêve de tout complotiste", juge Ken Paulson, ancien rédacteur en chef du journal USA Today et professeur à la Middle Tennessee State University. 

4. Où en est le projet de loi ?

Après plusieurs mois de débat, la Chambre des représentants en Australie a voté la semaine dernière une version légèrement modifiée du projet de loi et le Sénat s'apprête à faire de même. Le texte y sera débattu dès lundi 22 février, et devrait être adopté en fin de semaine. Après le blocage, le Premier ministre australien Scott Morrison s'est dit déterminé à faire adopter cette législation

Le ministre australien des Finances, Josh Frydenberg, a déclaré s'être entretenu vendredi 19 février avec le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, dans l'objectif de trouver un moyen de sortir de cette épreuve de forces. "Nous avons discuté des questions qui restent en suspens et avons convenu que nos équipes respectives s'y pencheront immédiatement", a déclaré le ministre sur Twitter.

Mis en cause dans la même loi, Google a également menacé de suspendre son moteur de recherche en Australie, mais le géant du numérique a fait marche arrière mercredi 17 février en acceptant de verser des "sommes significatives" en contrepartie des contenus du groupe de presse News Corp de Rupert Murdoch.  

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