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Pression sociale, tyrannie de l'apparence... Pourquoi les adolescentes sont en première ligne sur les réseaux sociaux

L'usage des réseaux sociaux nuit à la santé mentale des adolescents, en particulier celle des filles, estime l'agence française de sécurité sanitaire, au moment où plusieurs textes visant à les interdire pour les moins de 15 ans sont en préparation.

Plusieurs applications des réseaux sociaux tel que X, Facebook, Tiktok

Crédit : Michael M. Santiago / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

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Juliette Vignaud

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Cyberharcèlement, trouble alimentaire, dépression... La santé mentale des jeunes est mise à rude épreuve à l'heure des réseaux sociaux, dont les effets négatifs sont "nombreux" et "documentés", alerte l'Agence française de sécurité sanitaire (Anses) dans un avis publié ce mardi 13 janvier, fruit de cinq ans de travaux d'un comité d'experts pluridisciplinaire.

Les réseaux sociaux consultés via un smartphone, sur lequel la moitié des 12-17 ans passent deux à cinq heures par jour, sont une "caisse de résonance inédite" qui renforce les stéréotypes, met en avant des comportements à risque et favorise le cyberharcèlement

Ceci découle d'un modèle économique "maximisant le temps d'utilisation" à des fins lucratives et de "stratégies de captation de l'attention" incitant les adolescents à rester sur les réseaux sociaux au détriment de leur sommeil. Cela induit somnolence, irritabilité, tristesse et "favorise des symptômes dépressifs", rappelle l'Anses. 

Les femmes "tyrannisées" par la question de l'apparence

Les adolescentes se retrouvent particulièrement à risque, car ce sont notamment les premières victimes de cyberharcèlement. Elles utilisent aussi davantage les réseaux sociaux que les garçons, explique Thomas Bayeux, coordinateur de l'expertise à l'Anses, auprès de RTL.fr. Elles consomment des contenus "hautement visuels". "Ils sont fondés sur l'échange, le partage de l'image et la mise en scène de soi", précise-t-il, alors que "les jeunes filles sont soumises à davantage de pression sociale liée à des stéréotypes de genre". 

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Elles sont aussi plus nombreuses à ressentir un effet négatif sur l'estime de soi, jusqu'à amplifier des pathologies mentales. Selon l'Anses, les contenus visibles sur les réseaux sociaux véhiculent des "idéaux normatifs" inatteignables, intériorisés par les filles, via des images retouchées, pouvant "engendrer une dévalorisation de soi", "terrain fertile" pour les symptômes dépressifs et les troubles alimentaires. 

"La plupart des réseaux sociaux, en particulier Instagram, véhiculent des stéréotypes très affichés en termes de minceur, beauté, etc., alors que les adolescentes sont en pleine construction identitaire, qui représente une période de grande fragilité", confirme Michaël Stora, psychanalyste et cofondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines, interrogé par RTL.fr. 

Selon le spécialiste, également auteur de Réseaux a(sociaux) (Larousse), les adolescentes peuvent avoir le désir de ressembler aux images véhiculées sur les réseaux sociaux, tout en se sentant coupables de ne pas y arriver alors qu'elles se trouvent dans une période de changement, celle de la puberté. "Cela va provoquer des affects dépressogènes et une tension écrasante qui peut provoquer des retournements contre son propre corps pouvant aller jusqu'à des cas de scarification et des tentatives de suicide", affirme-t-il. 

Les réseaux sociaux sont une caisse de résonance de notre société

Michaël Stora, psychanalyste et cofondateur de l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines

Si les garçons sont aussi touchés par cette quête identitaire à l'adolescence, ils le sont moins que les jeunes filles, affirme Michaël Stora. "Les réseaux sociaux sont une caisse de résonance de notre société et les femmes sont beaucoup plus tyrannisées par cette question de l'apparence pour se sentir aimées et exister", poursuit le psychanalyste. "Pour certaines, c'est un enjeu quasi-existentiel."

Les algorithmes pointés du doigt

L'Anses a également analysé le fonctionnement des réseaux sociaux, conçus pour capter et maintenir l'attention des utilisateurs. "Les algorithmes produits par les réseaux sociaux sont de plus en plus puissants. Les contenus sont de plus en plus personnalisés et enferment dans des bulles d’information, où on se confronte à des normes et où on se compare à des idéaux normatifs inaccessibles", souligne Thomas Bayeux. 

"La perversion toxique de certains réseaux sociaux va d'autant plus renvoyer des images de jeunes femmes très idéalisées (...) Les algorithmes vont chercher là où il y a de la fragilité pour entraîner de l'engagement", confirme Michaël Stora. Le psychanalyste déplore des "techniques de captation d'attention qui sont perverses".

"L'adolescence est une période très spécifique dans la vie d'un individu où l'on se construit avec des normes, avec la maturation du cerveau, et une vulnérabilité à des risques psychologiques plus importants", précise Thomas Bayeux. Selon l'expert, les adolescents, de par ces spécificités, sont plus sensibles face aux systèmes de captation de l'attention. 

Fort de ce constat, l'Anses préconise d'"agir à la source" pour que les mineurs n'accèdent qu'à des "réseaux sociaux conçus et paramétrés pour protéger leur santé". L'interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans fait actuellement l'objet de plusieurs textes de loi : l'un initié par le président Emmanuel Macron, un autre par le groupe Renaissance de Gabriel Attal, et d'autres encore au Sénat. 

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