5 min de lecture Valéry Giscard d'Estaing

Mort de Valéry Giscard d'Estaing : d'un candidat moderne à un président réformateur

PORTRAIT - L'ancien président de 1974 à 1981 est décédé à l'âge de 94 ans, des "suites du Covid", a-t-on appris ce mercredi 2 décembre.

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Valéry Giscard d'Estaing est décédé à l'âge de 94 ans Crédit Image : PATRICK KOVARIK / AFP | Crédit Média : Marie-Bénédicte Allaire | Durée : | Date :
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Il a été le troisième président sous la Ve République. Valéry Giscard d'Estaing est décédé à l'âge de 94 ans, ce mercredi 2 décembre. Il avait été hospitalisé à plusieurs reprises ces derniers mois pour des problèmes cardiaques.

Souvent présenté comme le plus jeune président élu à la tête de la République (lors de son élection en 1974, il est âgé de 48 ans, ndlr), il sera détrôné par Emmanuel Macron (élu à 39 ans, ndlr) quarante-trois ans ans plus tard. "VGE" est né le 2 février 1926, à Coblence en Allemagne. En 1944, il est diplômé de l'École Polytechnique et sept ans plus tard de l'ENA. Dans la foulée, il intègre le corps de l'inspection générale des Finances. 

En 1956, il effectue son premier mandat en tant que député du Puy de Dôme. Et depuis, il a gravi les échelons un à un : maire de Chamalières, conseiller régional et président du conseil régional d'Auvergne. En 1959, il est nommé secrétaire d'État aux Finances dans le gouvernement de Michel Debré et sous la présidence du général de Gaulle. Trois ans plus tard, il devient ministre des Finances et des Affaires économiques. 

Dans une interview accordée à Complément d'enquête en 2007, il raconte : "Je voulais sortir dans le corps de l'inspection des Finances par intérêt. C'est ce qui m’intéressait, l'économie et les finances. C'était le corps le plus intéressant et qui donnait accès aux fonctions les plus intéressantes (...) Ma première vocation, c'était la haute fonction publique". 

Un candidat qui mène une campagne axée sur le modernisme

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Valéry Giscard d'Estaing incarnera le "changement sans le risque", en particulier lors de la campagne présidentielle de 1974 qui l'oppose à François Mitterrand. Dans un portrait diffusé au Journal Télévisé de 13 heures en 1974, il est qualifié par les Français de "dynamique" et "efficace". "Je m'adresse à vous aujourd'hui, ici dans cette mairie de la province d'Auvergne pour vous dire que je suis candidat à la présidence française", annonçait alors le candidat. 

"C'est un homme nouveau que les Français vont découvrir, un candidat qui empoigne la campagne électorale à bras le corps : 40 meetings, 10.000 kilomètres parcourus à travers toute la France et un thème principal, celui de la nouveauté sans l'aventure avec la jeunesse, allié à l'expérience", disait-on à l'époque. Sa campagne sera "heureuse, presque insouciante", comme le note Le Figaro. "Sa jeunesse séduit, sa maîtrise des chiffres et des dossiers rassure. Il pourfend 'l'aventure' d'une gauche au programme fortement 'collectiviste' et prisonnière de l'influence des communistes. Mais promet de faire évoluer une société chahutée par Mai 68 : majorité avancée à 18 ans, divorce autorisé, avortement dépénalisé". 

Au second tour, il devance le candidat gaulliste Jacques Chaban-Delmas et affronte François Mitterrand, candidat de l'Union de la gauche. Valéry Giscard d'Estaing entre dans l'histoire des joutes politiques avec "Vous n'avez pas le monopole du cœur", lancé lors d'un débat télévisé à son adversaire. "Cette édition 1974 de l'élection présidentielle reste historique sur deux plans : jamais la participation n'a été aussi forte (87,33%) et jamais l'écart n'aura été aussi faible entre les finalistes (424.599 voix)", ajoute le journal. Le soir de son élection, il s'adresse aux Français : "Vous voulez le changement, vous ne serez pas déçu, une ère nouvelle arrive".

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3. Alain Duhamel "persuadé" que le débat Giscard-Mitterrand a tout changé Crédit Média : RTL Originals | Durée : | Date :

Un mandat ponctué de mesures sociales

Le mandat de Valéry Giscard d'Estaing sera marqué par les réformes sociétales engagées. Comme l'explique l'Ina, "durant son septennat, il lancera plusieurs réformes de modernisation de sa 'société libérale avancée'". Et ainsi, le 26 novembre 1974, la loi sur la dépénalisation de l'interruption volontaire de grossesse est votée à l'Assemblée nationale. Cette loi, portée par Simone Veil, restera la plus marquante de ce gouvernement, à cause de la violence des débats qu'elle a suscitée. 

Lors du décès de l'ancienne ministre de la Santé en juin 2017, Valéry Giscard d'Estaing racontait au micro de RTL : "Pendant ma campagne, à un moment où la situation des femmes qui se faisaient avorter était devenue tout à fait insupportable et dramatique, j’avais annoncé que si j'étais élu, je déposerais une loi pour rendre l’avortement possible sous certaines conditions (...) Il a fallu défendre le texte au Parlement, et il n’y avait personne. Le ministre de la Justice, qui aurait dû défendre le texte, était un MRP, de culture chrétienne et il m’a dit que pour lui ça serait trop difficile. Si ce n’était pas le ministre de la Justice, il fallait que ce soit le ministre de la Santé. Je lui ai demandé et elle l’a fait avec beaucoup de dignité et de courage".

L'une de ses premières mesures en tant que président de la République sera d'abaisser la majorité civile et électorale à 18 ans. Depuis 1848, elle avait été fixée à 21 ans. Ainsi, le 5 juillet 1974, le droit de vote est accordé aux personnes âgées de 18 ans. Selon les chiffres avancés par Le Parisien, près de 2,4 millions de jeunes Français en ont bénéficié. "En devenant majeur, trois ans avant l'heure, ils gagnaient aussi le droit de s'émanciper juridiquement de leurs parents. Ceux-ci ne pouvaient plus s'opposer à leur mariage, ni refuser qu'ils élisent domicile ailleurs", rappelle le quotidien.

Autre mesure phare : la création d'un secrétariat d'État à la condition féminine. La journaliste Françoise Giroud, en prendra la tête. "À aucun moment, je n'ai eu la sensation d'avoir à faire à des hommes qui se disent 'bon, il faut s'occuper des femmes, alors on va leur donner un os à ronger. Je crois qu'ils pensent profondément qu'en ce moment, il y a la nécessité de faire les choses", expliquait-elle aux journalistes. Sous sa présidence, l'autorisation de divorce par consentement mutuel et le renforcement du Conseil constitutionnel seront aussi votés.

Une guerre contre Chirac

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4. Chirac-Giscard, "le divorce dans le cataclysme", vu par Alain Duhamel Crédit Média : RTL Originals | Durée : | Date :

Il est impossible d'évoquer Valéry Giscard d'Estaing sans mentionner la guerre fratricide face à Jacques Chirac. Valéry Giscard d'Estaing et Jacques Chirac se sont opposés pendant plus de trente ans. Une rivalité qui a culminé avec la "trahison" de Chirac en 1981 ayant contribué à porter au pouvoir François Mitterrand. 

Une "honteuse et stupide manœuvre" que Valéry Giscard d'Estaing, qui avait brigué en vain sa réélection, n'a jamais pardonnée et qu'il relate dans ses mémoires, Le Pouvoir et la Vie
Jacques Chirac est éliminé au premier tour de l'élection présidentielle de 1981, au profit du président sortant Giscard d'Estaing et du candidat socialiste François Mitterrand. Il déclare qu'"à titre personnel", il votera Giscard au second tour

Voulant vérifier une rumeur disant que l'état-major de campagne de Jacques Chirac conseille de voter Mitterrand, Giscard appelle une permanence de Chirac, un mouchoir sur le combiné pour déguiser sa voix. "Il ne faut pas voter Giscard", répond-on à celui qui se présente comme un militant. Et alors qu'il insiste : "Il faut voter Mitterrand". 
 
À l'origine, les deux hommes avaient pourtant fait alliance. Pour la présidentielle de 1974, Jacques Chirac avait soutenu la candidature de Valéry Giscard d'Estaing avant le premier tour, au détriment du gaulliste Jacques Chaban-Delmas. Ce qui lui avait valu une réputation de traître, mais lui avait ouvert les portes de Matignon, jusqu'à sa démission fracassante le 26 août 1976. Jusqu'à la fin, celui qui a gouverné la France de 1974 à 1981, restera impliqué dans la vie politique française. 

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