6 min de lecture IVG

Depuis 1974, l'IVG reste une question majeure de notre société

RÉCIT - Loi, Assemblée nationale, campagne présidentielle, publicité, Internet... Le sujet de l'IVG continue de déchirer la société française. La loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse a pourtant été votée il y a 43 ans.

Manifestation pour le droit à l'avortement et a la contraception dans les rues de Grenoble, en 1973. Crédit : PUECH MICHEL/SIPA
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Puisse son exemple inspirer nos compatriotes". C'est ainsi qu'Emmanuel Macron a rendu hommage à Simone Veil, décédée ce vendredi 30 juin. Icône de la Ve République, femme engagée et porteuse de la loi sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), l'ancienne ministre de la Santé incarnera à tout jamais le combat des femmes. Le 26 novembre 1974, Simone Veil monte à la tribune de l'Assemblée nationale et tient tête aux députés, pour la plupart des hommes, assis dans l’hémicycle. C'est alors qu'elle défend sa "conviction de femme" : "Je voudrais vous faire partager une conviction de femme. Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue (...) Aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. L'avortement est un drame et il sera toujours un drame".

La bataille sera longue et sans merci. Les insultes et les attaques seront multiples. Au micro de RTL, Alain Duhamel se souvient : "Ce qui marquait le plus, d’autant plus que j’étais à l’Assemblée à ce moment-là, c’est quand elle avait les yeux embués de larmes, sous les insultes d’hommes qui ne comprenaient rien à propos de la loi sur l’avortement. Aujourd’hui ça parait fou quand on revit cet épisode, et la bêtise des hommes apparaît gigantesque. Elle a été insultée réellement comme personne à ce moment-là". Des larmes mais pas de peur : "Elle était quelqu'un qui n'aimait pas du tout la politique politicienne, la vie des partis. Elle se situait au centre droit mais ça n'avait pas une grande importance dans son esprit. C'était quelqu'un qui essayait d'être juste et qui n'avait jamais peur".

Une réaffirmation du droit fondamental à l'avortement

Depuis, où en est le combat de Simone Veil sur l'IVG ? Le sujet continue de provoquer des remous dans la société française. En 2014, les députés ont une nouvelle fois, cette fois-ci dans un contexte plus apaisé, voté pour réaffirmer le droit fondamental à l'avortement, le 26 novembre. Il s'agit de la date anniversaire de la loi Veil. La résolution "rappelle que le droit universel des femmes à disposer librement de leur corps est une condition indispensable pour la construction de l'égalité réelle entre les femmes et les hommes, et d'une société de progrès". En 2015, les députés ont supprimé le délai de réflexion de sept jours imposé aux femmes souhaitant une interruption volontaire de grossesse. Auparavant, deux consultations médicales étaient obligatoires avant l'IVG, avec donc un délai de réflexion d'une semaine entre les deux. Il pouvait être réduit à 48 heures en cas d'urgence, lorsque le délai légal de 12 semaines de grossesse approchait.

À lire aussi
Une manifestation en faveur du droit à l'IVG à Paris en janvier 2015 Europe
IVG et contraception : les droits des femmes régressent selon le Conseil de l'Europe

La loi sur le délit d'entrave à l'IVG

L'année 2016 a été marquée par le vote de la loi sur le délit d'entrave à l'IVG. De quoi s'agit-il ? Cette loi rédigée par le gouvernement permet "la fermeture des sites qui porteraient 'des allégations ou une présentation faussées' pour dissuader de recourir à une IVG", rappelle Le Monde. Ce texte avait fait l'objet de 76 amendements, "essentiellement émanant des Républicains, au nom de la 'liberté d'expression' et de l'extrême droite", explique le journal. Bruno Retailleau, soutien de François Fillon et président du groupe des Républicains au Sénat, faisait savoir que, selon lui, ce texte était "parfaitement contraire à la liberté d'expression (...) Et il est aussi contraire, je crois, à l'esprit de la loi Veil, qui prévoyait une information, y compris sur les alternatives à l'avortement. Donc, pour moi, c'est un très mauvais texte".

Laurence Rossignol, la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, critiquait férocement "les adversaires du contrôle des naissances" qui "avancent masqués, dissimulés derrière des plateformes qui imitent les sites institutionnels ou des numéros verts d'apparence officielle". "La loi a été votée à main levée à l’Assemblée nationale. Tous les groupes de gauche et une majorité de l’UDI ont voté pour, tandis que Les Républicains ont voté contre ce qu’ils considèrent comme 'une atteinte à la liberté d’expression'", pouvait-on lire dans les colonnes du quotidien du soir.

J’ai dû dire dix fois dans la conversation que ma décision était prise, que je ne souhaitais pas cet enfant et que j’avais besoin d’information pour avoir accès à un centre d’IVG

Aurore Bergé
Partager la citation

En novembre 2016, Aurore Bergé, juppéiste fraîchement élue députée de La République En Marche aux législatives, avait publié une tribune dans Rue89, dans laquelle elle raconte comment un numéro vert, sous couvert d’informer les femmes sur l’avortement, tente de les convaincre de rester enceinte". "Avant de parler de la loi concernant le délit d’entrave à l’IVG, faites le test. Tapez “IVG” sur Google. Vous tombez en premier sur ivg.net. Vous pouvez appeler un numéro vert. Je l’ai fait ce matin. 18 minutes de conversation. Je me présente en disant que je souhaite avoir des informations car, enceinte, je ne veux pas garder l’enfant. (...) J’ai dû dire dix fois dans la conversation que ma décision était prise, que je ne souhaitais pas cet enfant et que j’avais besoin d’information pour avoir accès à un centre d’IVG. La conversation se conclut en me disant de voir avec mon médecin traitant. Et en me demandant trois fois mon numéro de portable afin de prendre de mes nouvelles dans les jours prochains", détaillait-elle. 

Quand la campagne présidentielle s'empare du sujet

En pleine campagne pour la primaire de la droite et du centre, le sujet de l'IVG est revenu sur le devant de la scène politique. En novembre, Alain Juppé interpelle François Fillon sur Europe 1 : "Qu'il clarifie sa position sur l'avortement". François Fillon avait écrit dans son livre programmatique Faire que le droit à l'IVG était un "droit fondamental". En meeting en juin 2016, il assurait : "Ce n'est pas ce que je voulais dire. Ce que je voulais dire, c'est que c'est un droit sur lequel personne ne reviendra. Philosophiquement et compte tenu de ma foi personnelle, je ne peux pas approuver l'avortement". Quelques mois plus tard, il le réaffirme dans L'Émission Politique de France 2. "Jamais personne, et certainement pas moi, ne reviendra sur l'avortement. Je n'ai pas à m'expliquer sur mes convictions religieuses. Je suis capable de faire une différence entre ces convictions et l'intérêt général. Je considère que l'intérêt général, ce n'est pas de rouvrir ce débat".

Après sa demande de clarification, Alain Juppé et François Fillon s'étaient lancés dans des règlements de compte par médias interposé. "Alain Juppé, lorsqu’il se livre à cette attaque, se livre à une attaque basse. Il ne faut pas qu’il fasse croire aux Français qu’il veut des clarifications. S’il le dit, c’est pour faire planer un doute et je trouve cela inqualifiable", expliquait-il, avant d'ajouter : "Ça fait trente ans que je suis parlementaire, je n’ai jamais remis en cause l’IVG. J’ai, au contraire, voté tous les textes qui permettaient d’en faciliter l’accès aux femmes, y compris le dernier, proposé par un gouvernement de gauche". C'est alors que la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes, Laurence Rossignol, avait répondu au candidat. "François Fillon a affirmé avoir voté tous les textes qui ont permis la mise en œuvre de la loi Veil. (…) En fait, il a menti. Depuis la loi de 1975, il y a eu plusieurs textes importants, le remboursement de l’IVG, la loi de 2001 permettant à une mineure de venir avec un adulte, la loi sur les délais… Il n’a voté aucun de ces textes. Pour certains, il a voté contre, pour d’autres il était absent", raconte Le Monde

Pendant la campagne présidentielle, des affiches contre l'avortement avaient été placardées sur des panneaux publicitaires à Paris. Diffusant des messages comme "C'est une courte intervention pour une longue dépression", ces publicités invitaient les Parisiens à participer à "Une marche pour la vie". Cette campagne est le résultat d'un affichage illégal et d'un piratage dénoncé par JCDecaux. Les débats et la guerre entre les pro et les anti-IVG ne cessent de s'intensifier. Aujourd'hui encore, alors que le pays et la classe politique rendent hommage à Simone Veil, un député Front national, Samuel Potier ou encore Christine Boutin ont écrit ou retweeté des messages ironiques et violents envers l'ancienne ministre et la loi qui porte son nom. Nicolas Sarkozy a rendu hommage à Simone Veil, ce vendredi : "Elle reste immortelle". Tout comme son combat pour l'IVG, voté il y a 43 ans. 

La rédaction vous recommande
Lire la suite
IVG Simone Veil Avortement
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants
article
7789170812
Depuis 1974, l'IVG reste une question majeure de notre société
Depuis 1974, l'IVG reste une question majeure de notre société
RÉCIT - Loi, Assemblée nationale, campagne présidentielle, publicité, Internet... Le sujet de l'IVG continue de déchirer la société française. La loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse a pourtant été votée il y a 43 ans.
http://www.rtl.fr/actu/politique/depuis-1974-l-ivg-reste-une-question-majeure-de-notre-societe-7789170812
2017-06-30 18:13:00
http://media.rtl.fr/cache/vlrofcl0ryBvT2KsledwJw/330v220-2/online/image/2017/0630/7789172952_manifestation-pour-le-droit-a-l-avortement-et-a-la-contraception-dans-les-rues-de-grenoble-en-1973.jpg