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Régionales : Emmanuel Macron tente le coup double dans les Hauts-de-France

DÉCRYPTAGE - Avec cinq ministres mobilisés pour les élections régionales et départementales dans les Hauts-de-France, le président veut faire barrage au Rassemblement national, tout en étouffant un éventuel duel avec Xavier Bertrand pour 2022.

Emmanuel Macron, le 12 mai 2021
Emmanuel Macron, le 12 mai 2021
Crédit : Ludovic MARIN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste

"Xavier Bertrand a une obsession anti-Macron", selon un entretien du délégué général de La République En Marche Stanislas Guerini accordé au Monde. Et si l'inverse était aussi le cas ? Emmanuel Macron a décidé de jeter toutes ses forces dans la bataille des régionales qui se joue dans les Hauts-de-France. 

Cette région cristallise à elle seule des enjeux locaux avec le Rassemblement national qui se tient en embuscade pour prendre la tête de la région. Et aussi des enjeux nationaux qui prendront acte pour la présidentielle de 2022, avec un candidat déjà déclaré pour le scrutin en la personne de Xavier Bertrand.

Afin d'empêcher ses adversaires politiques de gagner du terrain, le président de la République a décidé de jouer carte sur table. Cette fois-ci, pas de stratégie subtile et d'arrangements discrets. Emmanuel Macron a envoyé cinq de ses ministres mener la bataille des régionales et des départementales pour lui : le secrétaire d'État en charge des Retraites, Laurent Pietraszewski, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin, le ministre de la Justice Éric Dupond-Moretti, la ministre en charge de l'Industrie Agnès Pannier-Runacher et le ministre délégué aux PME Alain Griset.

"Il y a tellement de ministres candidats dans les Hauts-de-France qu’ils vont pouvoir tenir le conseil des ministres à Lille", a glissé Xavier Bertrand, ironique, dans Le Journal du Dimanche. Décrédibiliser Marine Le Pen, contrer Xavier Bertrand... Chacun a un rôle bien défini et joue à la fois sur le local et le national. 

Préparer le duel de 2022

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Le puncheur en chef d'Emmanuel Macron, Éric Dupond-Moretti, l'affirme haut et fort : le barrage anti-RN de Macron, c'est lui. "Mensonges éhontés", "catastrophe", "menteuse", le garde des Sceaux ne mâche pas ses mots. La dernière joute verbale en date avec la candidate RN pour 2022 concerne l'enquête qui vaut à Marine Le Pen d'être mise en examen depuis 2018 pour des soupçons d'emplois fictifs d'assistants d'eurodéputés RN

Le trésorier du Rassemblement national, Wallerand de Saint-Just, a accusé sur BFMTV Éric Dupond-Moretti d'être à l'origine de la "fuite" du rapport, "un tissu ignoble d'inexactitudes et de calomnies", dénonçant un "viol du secret de l'instruction". "Un mensonge de plus. C'est de la politique de caniveaux", a répondu le ministre de la Justice. 

En envoyant le ministre de la Justice sur le terrain, "on se met en situation de peser pour le second tour. Dupond-Moretti va nous amener des mecs qui n’auraient pas voté a priori", explique un stratège de la macronie à L'Opinion. Les élections régionales dans les Hauts-de-France sont un tour de chauffe avant 2022 alors que les sondages s'accordent à dire que le second tour de la présidentielle mettra face à face Emmanuel Macron et Marine Le Pen.  

Se rendre incontournable pour le second tour des régionales

Mais l'objectif qui apparaît en filigrane dans les Hauts-de-France concerne bel et bien Xavier Bertrand. La candidature d'Éric Dupond-Moretti fait tiquer Manuel Valls. Sur LCI le 14 mai dernier, l'ancien premier ministre évoque l'hypothèse suivante : "On a le sentiment que cette candidature a plutôt pour objectif d'affaiblir Xavier Bertrand que le Rassemblement national".

Le président de région sortant a fait de ces élections régionales, sa primaire pour 2022. La République En Marche souhaite ainsi se transformer en faiseur de rois pour le second tour. Il sera alors délicat pour Xavier Bertrand de se placer face à Emmanuel Macron en 2022, après avoir eu besoin des voix de la majorité présidentielle pour se faire réélire à la tête de la région.  

En envoyant Gérald Darmanin sur le terrain, Emmanuel Macron tente une déstabilisation de son adversaire. Dans le livre Tout restera en famille, le journaliste Ludovic Vigogne rappelle que Gérald Darmanin "est un proche de Xavier Bertrand. C'est lui qui lui a donné sa chance ; tous deux revendiquent une fibre populaire". Un conseiller macroniste confie dans les colonnes de L'Opinion : "Même si Bertrand ne veut pas de nos voix, on peut lui en faire cadeau. Un cadeau empoisonné...". 

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