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Présidentielle 2022 : pourquoi parle-t-on (déjà) d'un duel Macron-Le Pen ?

DÉCRYPTAGE - Deux tiers des Français prédisent un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen lors du second tour de l'élection présidentielle en 2022, selon un sondage Ifop.

Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le 6 février 2019
Emmanuel Macron et Marine Le Pen, le 6 février 2019
Crédit : PHILIPPE WOJAZER / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad

L'élection présidentielle de 2022 sera-t-elle un remake de celle de 2017 ? Le second tour du scrutin pourrait en tout cas opposer Emmanuel Macron à Marine Le Pen, selon plusieurs sondages. Mais à quinze mois de l'élection, il est important de préciser que rien n'est évidemment figé. 

L'affiche du second tour soulève néanmoins plusieurs interrogations. Selon un sondage Ifop pour Le Figaro, les deux tiers des Français anticipent un duel entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen en 2022. Mais ils ne le souhaitent pas. Interrogés sur celui ou celle qui l'emporterait en cas de duel, les Français sont 37% à pronostiquer la victoire d'Emmanuel Macron, 25% misent sur Marine Le Pen et 38% ne se prononcent pas. 

Se pose la question de l'offre politique. L'élection présidentielle de 2017 a été bouleversée par l'irruption d'Emmanuel Macron dans le jeu politique, avec un parti fraichement formé pour l'occasion. Le président a ainsi rebattu les cartes politiques, déstabilisant Les Républicains, le Parti socialiste, mais aussi les écologistes et la France insoumise. 

Macron et Le Pen, des candidats qui se sont désignés ?

Si deux tiers des Français prédisent un second tour opposant Emmanuel Macron à Marine Le Pen, ils n'identifient pas d'autres concurrents qui s'imposeraient nettement. A cela vient s'ajouter, le fait que le président et la candidate Rassemblement national semblent s'être déjà désignés en adversaire. 

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Lors de ses vœux à la presse, Marine Le Pen a insisté sur le fait que les sondages la donnent au second tour, depuis quatre ans. "C’est vrai, souligne l'éditorialiste politique de RTL Olivier Bost, mais à la même époque avant la précédente présidentielle en janvier 2016 avant son échec en 2017, elle était au même niveau, entre 25 et 29% des intentions de vote". D'après lui, "ce duel est sa stratégie présidentielle parce que l’univers politique se divise à ses yeux en deux catégories : 'C’est le choix entre le mondialisme et la nation', résume Marine Le Pen. D’une formule, tout le reste est effacé. Deux mots : l’un est péjoratif, le mondialisme d’Emmanuel Macron, et l’autre nous unit et nous protège, c’est la Nation pour Marine Le Pen".

De son côté, Emmanuel Macron attaque Marine Le Pen sur son terrain en s'emparant des thématiques de la laïcité, de la lutte contre le séparatisme, de l'immigration et de l'insécurité. Face à la candidate RN pour 2022, le président de la République place son ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. C'est pourquoi Marine Le Pen et le locataire de la place Beauvau vont croiser le fer dans l'émission Vous avez la parole sur France 2.

"Il ne sera pas en terre inconnue, puisque ces sujets sont également les siens. Le débat devrait en outre permettre au ministre de gagner en hauteur face à une candidate à la présidentielle finaliste en 2017. Cette joute cathodique lui donnera également l'occasion de se recentrer après des mois difficiles", estime Olivier Bost.

Mélenchon entre en campagne avec une gauche résignée

Le reste de l'échiquier politique, lui, tâtonne. Jean-Luc Mélenchon a déjà bien avancé ses pions, en officialisant sa candidature pour 2022 et détaillant peu à peu son programme. Mais pour l'instant, le leader de la France insoumise est coincé dans les mêmes problématiques qu'en 2017 : s'allier ou non avec le Parti socialiste, convaincre ou pas les écologistes.

Mais fin stratège politique, Jean-Luc Mélenchon a prévu de contrer coûte que coûte Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Il participe ainsi à l'émission Cyril Hanouna diffusée à la même heure que le débat Le Pen-Darmanin. "Il y avait une belle opportunité (...) Deux personnages animés par la même névrose, la même obsession négative des musulmans. Être présent ailleurs, au même moment, et parler d'autre chose est un acte de résistance à cette ambiance glauque", explique-t-il dans Libération. D'une pierre, deux coups. 

Je trouve cela vertigineux comme acceptation d’une défaite annoncée

Cécile Duflot au "Monde"

Le reste de la gauche peine à se trouver un candidat, balancée entre l'option Hidalgo et l'hypothèse Montebourg. Une certaine "fatalité" qui "consterne" Cécile Duflot. Dans un entretien au Monde, l'ancienne ministre dénonce l'attitude d'"une partie des dirigeants de gauche qui considèrent presque cette situation comme une fatalité". "Cette renonciation nourrit un débat politique qui se polarise autour des questions de l’islam, oubliant que les deux enjeux majeurs sont la désespérance sociale issue de l’aggravation des inégalités et l’inéluctabilité de la crise écologique", indique-t-elle.

La prédiction d'un second tour entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen s'apparente à un mauvais rêve dans l'esprit de l'ancienne secrétaire nationale d'Europe Écologie-Les Verts. "Quand Jean-Marie Le Pen arriva au second tour en 2002, ce fut un tremblement de terre. En 2017, l’enjeu de l’élection était : qui va être face à Marine Le Pen au second tour ? Et, cette fois, le débat semble devenir : peut-on la battre ? Et je trouve cela vertigineux comme acceptation d’une défaite annoncée", dénonce-t-elle.

Les Républicains tiraillés entre l'héritage Fillon et la droite sociale

Et Les Républicains ? Chez eux aussi, l'approche de la présidentielle a réveillé les ambitions de certains. Traumatisés par l'épisode Fillon en 2017 et l'incapacité des candidats à se rallier à lui après sa victoire à la primaire, Les Républicains ont décidé de ne pas forcément emprunter cette voie avant l'élection. Si un candidat naturel se détache, il représentera les intérêts de la droite en 2022. Dans le cas contraire, une primaire sera alors organisée.

Chacun a sa propre interprétation de la définition d'un candidat naturel. La clé de la réponse pourrait être la vision donnée par Nicolas Sarkozy à Xavier Bertrand. "Si en septembre, tu es à 18% (d'intensions de vote à la présidentielle, ndlr), tu auras plié le match. Sinon, ce sera compliqué", a prévenu l'ancien président. Pour l'instant, le président de la région Hauts-de-France recueille entre 14 et 16% des intentions de vote, selon les sondages. Selon un sondage Ifop pour Le Figaro, les Français estiment que les "bons candidats" pour la droite seraient Xavier Bertrand à 27%, suivi par Valérie Pécresse (pour 17%), talonnée par Michel Barnier (15%), qui fait son entrée dans ce classement. Suivent Laurent Wauquiez (11%) et Bruno Retailleau (6%). Mais aucune personnalité politique ne remporte la majorité à ce stade.

On ne peut pas être 'attrape-tout'

Eric Woerth dans "L'Opinion"

Autre enjeu pour Les Républicains : exister sur des sujets désormais cooptés par Emmanuel Macron ou Marine Le Pen. C'est pourquoi le parti présidé par Christian Jacob cherche à être là où on ne l'attend pas. Rachida Dati a interpellé Emmanuel Macron dans une lettre en lui demandant d'instaurer un revenu minimum pour les étudiants les plus précaires. Une façon rapide de répondre à la crise sociale du coronavirus qui touche de plein fouet la jeunesse. Mais cette option a été recalée par les instances du parti. 

Pour répondre à la crise sociale et économique liée au coronavirus, Les Républicains se concentrent désormais sur une ligne droite sociale. C'est donc dans cet esprit que la droite a dévoilé un plan pauvreté avec une batterie de mesures visant à aider les ménages les plus précaires et les étudiants. Le plan prévoit notamment de créer une "aide alimentaire" de 150 euros destinée "en priorité aux personnes ayant basculé dans la crise sanitaire". Il prévoit aussi un "prix garanti" sur 30 produits d'hygiène féminine et infantile

Le président de la commission des Finances à l'Assemblée Éric Woerth résume la dualité qui s'est emparée des Républicains. "J'ai l'impression que l'on se cherche, que l'on est tiraillé entre différentes pistes en matière économique et sociale. On est loin d'avoir choisi une voie. On ne peut pas être 'attrape-tout'", a-t-il affirmé dans les colonnes de L'Opinion.

Quid de l'homme ou la femme providentiel ?

Autre réalité : la recherche, ou l'attente, de l'homme ou la femme providentiel qui ferait basculer l'élection. "Tout le monde veut faire comme Emmanuel Macron en 2017. Le chef de l'État est un exemple, enfin, sa conquête du pouvoir semble inspirer la stratégie de futurs candidats à l’élection présidentielle. Hors des partis traditionnels, et en tentant de brasser large politiquement. En fait, tenter de joindre les deux bouts de l’omelette pour en faire une fusée", explique Olivier Bost.

Est-ce une bonne idée de copier ce qui a déjà été fait ? "Non, répond l'éditorialiste politique. Si nous jetons un regard rapide sur l’histoire des élections présidentielles de la Ve République, jamais au grand jamais deux présidentielles qui se sont suivies ne se sont ressemblées. Ça n’est jamais la même histoire. La conquête du pouvoir n’est pas une répétition de la précédente campagne. Au contraire même, ces derniers temps".

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