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Primaire de la gauche : ce qu'il faut retenir du troisième débat

ÉCLAIRAGE - Les sept candidats au scrutin des 22 et 29 janvier se sont affrontés la dernière fois avant le premier tour.

Les sept candidats de la primaire de la gauche, le 19 janvier 2017
Les sept candidats de la primaire de la gauche, le 19 janvier 2017 Crédit : Eric FEFERBERG / POOL / AFP
Romain Renner
Romain Renner
Journaliste RTL

Cette fois, c'est fini. Le dernier débat organisé en amont du premier tour de la primaire de la gauche s'est tenu ce jeudi 19 janvier. Jean-Luc Bennahmias, François de Rugy, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg, Vincent Peillon, Sylvia Pinel et Manuel Valls se sont affrontés sur des questions de société, telles que la santél'assurance maladieles services publicsla fracture territoriale, ainsi que le protectionnisme et le chiffrage des programmes politiques. La situation au Moyen-Orient et la guerre en Syrie ont quant à elles rythmé les questions internationales.

Comme l'on avait pu le constater durant le deuxième débat, les différences entre les candidats se font de plus en plus sentir et les discussions, si elles sont restées correctes, ont paru plus enlevées que lors des deux émissions précédentes. La politique de santé, la dette, le revenu universel, l'Europe et Donald Trump ont été autant de sujets à propos desquels les débatteurs ont eu l'occasion de se démarquer les uns des autres.

L'avenir du système de santé divise

Depuis la polémique sur le programme de François Fillon, accusé par ses détracteurs de vouloir moins rembourser les dépenses de santé des Français, la question de l'assurance maladie est devenue centrale. Le candidat des Républicains a d'ailleurs été visé à plusieurs reprises par les candidats socialistes sur ce sujet. "La droite ultra-libérale veut tout transférer vers les assurances privées", a accusé Sylvia Pinel. Des propos appuyés par Jean-Luc Bennahmias : "Nos concitoyens, par centaines de milliers, font des pétitions, après avoir entendu le programme de François Fillon, pour défendre la Sécurité sociale".

Le cas du remboursement des frais de santé a toutefois clairement divisé les candidats de la primaire. Vincent Peillon et Arnaud Montebourg ont expliqué leur idée d'une mutuelle publique qui permettrait, selon l'ancien ministre de l'Éducation nationale, de "couvrir ceux qui ne sont pas couverts" et "mieux rembourser les frais liés à l'optique et l'audition". Arnaud Montebourg a, lui, estimé le coût de sa mutuelle publique à 1,9 milliard d'euros. Le prix à payer, selon lui, pour "rendre l'assurance maladie universelle". Et l'ex-ministre de l'Économie d'évoquer les "36% de Français qui renoncent aux soins".

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À l'inverse, Manuel Valls et François de Rugy ont défendu le système "mixte" qui existe actuellement en France. "Si on doit transférer l'ensemble des prestations de soins (vers la Sécurité sociale, ndlr), ça serait 42 milliards d'euros à trouver en plus". L'ancien premier ministre a, lui, rappelé sa volonté de "sauvegarder notre Sécurité sociale, qui fait partie de l'identité de notre pays" et défendu le "mouvement mutualiste (...), auquel la gauche est liée".

Le revenu universel revient dans la discussion

Lors du premier débat, diffusé par RTL et TF1, la proposition de revenu universel de Benoît Hamon s'était imposé dans la discussion, obligeant tous les protagonistes à s'exprimer durant une dizaine de minutes sur le sujet. Invités à s'exprimer sur la dette publique et le déficit, les débatteurs ont d'eux-mêmes évoqué la question du revenu universel, détournant par instants la discussion de son sujet central. "Ta proposition, c'est plus que le budget annuel de l'État", a attaqué Sylvia Pinel. Même son de cloche chez Arnaud Montebourg, qui s'est inquiété du coût de la mesure : "C'est un deuxième budget de l'État (...) Notre famille politique va vouloir la financer en prenant aux plus riches mais comme ça ne suffira pas, c'est un coup de bambou fiscal pour les classes moyennes et les classes populaires". Une affirmation qui a provoqué l'ire de Benoît Hamon, qui lui a immédiatement répondu : "T'as pas le droit, c'est pas sérieux".

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Montebourg attaque le revenu universel : "T'as pas le droit, c'est pas sérieux", réplique Hamon Crédit Image : Montage RTL | Crédit Média : France 2 | Date :

L'ancien ministre de l'Éducation nationale a toutefois eu l'occasion de défendre à nouveau sa proposition. Selon lui, le revenu universel va "libérer des emplois", permettre "la circulation d'argent" dans l'économie et "l'éradication de la pauvreté". Et de préciser : "Dès 2018, le revenu universel se traduira par le versement de 600 euros à l'ensemble des pauvres et bénéficiaires du RSA, ainsi qu'aux 18-25 ans". Seul Jean-Luc Bennahmias est venu au secours de son concurrent et lui a adressé ses encouragements : "Benoît, ne te décourage pas. C'est la seule idée nouvelle".

Plus de piques que lors des deux premiers échanges

La perspective de ce dernier round a-t-elle libéré les différents protagonistes de ce débat ? Si les échanges sont restés modérés, les piques ont été plus nombreuses. Arnaud Montebourg a, par exemple, évoqué le gouvernement, "dirigé par Manuel Valls, ce sont des choses qui arrivent". L'ancien ministre du Redressement productif a, dans la foulée, reproché à l'ancien chef du gouvernement d'avoir acheté une arme étrangère pour remplacer le Famas de l'armée française. S'il a répondu, l'ancien locataire de Matignon n'a pas évoqué ce point précis.

Le même Manuel Valls a, lui, coupé la parole à Vincent Peillon lorsque ce dernier félicitait le Président pour la maîtrise du déficit, lui rappelant qu'en tant que premier ministre, il pouvait être lui aussi remercier. "C'est un petit effort intellectuel à faire", a-t-il ironisé. Lors de sa carte blanche, Vincent Peillon lui a en quelque sorte rendu la pareille en rejetant fermement la proposition de service civique obligatoire : "C'est un retour à l'armée, les jeunes n'en veulent pas. Ils veulent du travail". 

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Valls à Peillon : "On peut même remercier le Premier ministre" Crédit Image : Capture d'écran | Crédit Média : France 2 | Date :

La bataille entre les deux hommes s'est poursuivie plusieurs minutes plus tard. Vincent Peillon a reproché à Manuel Valls l'utilisation du mot "guerre" lorsque celui-ci évoque les propos de Donald Trump sur l'Europe. "Il me rappelle mon vieux professeur", a répondu Manuel Valls ; "On respecte les professeurs (...) Être professeur n'est pas forcément inapproprié", a rétorqué Vincent Peillon. Réponse immédiate : "On a souvent négligé d'utiliser les bons mots (...) J'utilise ce mot car je veux dire que le monde est en train de changer". Une définition à laquelle Vincent Peillon n'a pas adhéré : "Nous ne sommes pas en guerre".

La carte blanche, nouveauté de ce débat

Pour la première fois depuis le début des débats, les candidats disposaient d'une "carte blanche" d'une minute pour évoquer une proposition qui leur tenaient à cœur, sans restriction. Manuel Valls en a profité pour développer l'idée d'un "service civique obligatoire" de six mois, pour favoriser l'engagement des jeunes. De jeunes, il en était également question durant la carte blanche de Vincent Peillon, qui a fait une double proposition sur la "solidarité des générations". L'ancien ministre de l'Éducation nationale veut réformer "la transmission des patrimoines" et doter en capital les Français qui ne disposent d'aucun patrimoine. Son projet touche également les seniors, pour lesquels il veut créer "un service public des maisons de retraite".

Arnaud Montebourg a lui aussi évoqué la jeunesse, sous le prisme de l'emploi. "Je veux des clauses d'embauche pour les jeunes des quartiers populaires", a-t-il expliqué, racontant l'histoire d'Hakim, un jeune qu'il a rencontré et qui n'avait jamais obtenu de réponses à ses envois de CV avant de changer son prénom en "Stéphane". Sylvia Pinel a, elle, mis l'accent sur les personnes âgées et les handicapés. La présidente du Parti radical de gauche (PRG) veut notamment mieux "accompagner les aidants familiaux (...), mieux aider la prise en charge de la dépendance (...) et doubler le financement pour traiter l'autisme".

François de Rugy et Benoît Hamon ont, eux, fait la même proposition : la légalisation de l'euthanasie. Jean-Luc Bennahmias n'a quant à lui pas développé de proposition mais a poursuivi ses réflexions à propos du débat sur l'Europe qui précédait cette carte blanche.

Tous d'accord sur l'égalité femmes-hommes

Lorsque la question de l'égalité entre les hommes et les femmes a été abordée, la possibilité de voir un candidat s'y opposer était évidemment nul. Seule candidate de cette primaire, Sylvia Pinel a expliqué sa volonté de mettre en place un "système plus coercitif" pour amener l'égalité salariale. La présidente du PRG a également proposé de "lutter contre les stéréotypes" dès l'école et d'ouvrir la procréation médicalement assistée (PMA) "à toutes les femmes, sans condition". Benoît Hamon a lui aussi mis l'accent sur la contrainte. L'ancien ministre a proposé d'augmenter les pénalités du non-respect de la parité par les partis politiques afin de "financer le doublement du budget du ministre des Droits des femmes". Vincent Peillon voudrait, lui, conditionner l'obtention du CICE au respect de la parité dans les entreprises.

Jean-Luc Bennahmias a, de son côté, fustigé la France, "un vieux pays de machos" et l'a assuré : "Ne comptez pas sur les hommes". Dans un discours parfois un peu confus - il a dû se réexpliquer pour être parfaitement compris -, le président du Front Démocrate a considéré que l'État devait "donner les moyens" aux femmes d'atteindre l'égalité et les a enjointes de "prendre le pouvoir".

François de Rugy a, lui, eu l'occasion de souligner qu'il était le seul candidat à avoir "une directrice de campagne". Manuel Valls a pu répliquer en mettant en avant qu'il était le seul premier ministre "de l'histoire de la République" à avoir eu "une directrice de cabinet".

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Primaire de la gauche : De Rugy, seul candidat avec une femme pour mener sa campagne Crédit Image : Capture d'écran | Crédit Média : France 2 | Date :

Quelle attitude adopter vis-à-vis de Donald Trump ?

Donald Trump deviendra officiellement président des États-Unis vendredi 20 janvier. Si tous les candidats ont paru d'accord sur la nécessité de se "protéger" face à la future politique du milliardaire, tous n'ont pas réagi de la même manière. Manuel Valls a voulu insister sur la gravité de la situation. "Quand son projet c'est de casser l'Europe, briser l'Alliance atlantique, il faut le prendre au sérieux. C'est une injonction pour l'Europe à être forte et unie". Même son de cloche chez François de Rugy, visiblement agacé par une plaisanterie d'Arnaud Montebourg sur son "nationalisme exprimé de façon échevelée" : "Je n'ai pas du tout envie de rire quand je vois la politique qu'il prépare (...) Il faut prendre ça au sérieux".

Jean-Luc Bennahmias a lui aussi appuyé sur la nécessité d'une Europe forte mais a de nouveau réfuté l'alliance franco-allemande. "Nous sommes plus proches des pays du Sud", a-t-il réaffirmé. Une idée qu'il a déjà exprimée à plusieurs reprises depuis le début des débats. "La France a une politique, l'Europe aussi. Nous gardons la tête froide", a assuré Vincent Peillon.

Le manque de "légitimité" d'Emmanuel Macron

Sujet délicat s'il en est, le cas Emmanuel Macron a été évoqué en fin de débat. "Ce qu'il propose n'est pas inintéressant mais vieux", a attaqué Benoît Hamon, évoquant les idées de "Gerhard Schröder et Tony Blair". Arnaud Montebourg a appuyé les propos de son concurrent, soulignant le manque de légitimité d'un candidat qui n'a pas été choisi par le peuple, au contraire du futur vainqueur de cette primaire. "Il y a les sondages et les suffrages", a déclaré l'ancien ministre. Et de critiquer le "manque de cohérence" du candidat Macron. "Il va faire l'éloge de Philippe de Villiers (...) puis Mitterrand (...) puis Valéry Giscard d'Estaing (...) Et comme le disait quelqu'un : 'Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup'". Une référence à l'attaquer perpétrée par Martine Aubry contre François Hollande lors de la primaire de la gauche de 2011.

Sylvia Pinel a, elle, taclé le fondateur de "En Marche !". Selon elle, "le véritable courage aurait été de participer à cette primaire". La présidente du PRG l'a par ailleurs taclé pour sa candidature, qui traduit, selon elle, un manque de "loyauté envers son camp". Jean-Luc Bennahmias a, lui, rappelé qu'Emmanuel Macron n'était pas le seul candidat de gauche concurrent du PS et de ses alliés : "Il y a Jean-Luc Mélenchon aussi ! (...) Pour l'instant, on fait cette primaire et ensuite on verra pour les rapports de force (...) On joue collectif et eux sont individuels (...) S'ils veulent gagner, avec qui veulent-ils gagner ? Seuls ? Sûrement pas". Sans évoquer un désistement du candidat de la Belle alliance populaire, François de Rugy a appelé à "tout faire" pour empêcher un second tour "Le Pen-Fillon".

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