7 min de lecture Présidentielle 2017

Présidentielle : pourquoi le 23 avril 2017 n'est pas un nouveau 21 avril 2002

DÉCRYPTAGE - La qualification de Marine Le Pen pour le second tour de l'élection présidentielle rappelle celle de son père quinze ans plus tôt. Le contexte électoral est toutefois bien différent.

Marine Le Pen, le 23 avril 2017
Marine Le Pen, le 23 avril 2017 Crédit : ALAIN JOCARD / AFP
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

La France-a-t-elle vécu un nouveau 21 avril 2002 ? C'est en tout cas ce qu'a ressenti Jean-François Copé le soir du premier tour de l'élection présidentielle. Sur France 2, l'ancien candidat à la primaire de la droite a commenté l'élimination de François Fillon. "C'était un combat réputé imperdable pour la droite et qui se termine en fiasco lamentable. La droite a été balayée, comme le Parti socialiste, et il va falloir en tirer toutes les leçons", a expliqué le député-maire Les Républicains de Meaux.

Le 21 avril 2002, Jean-Marie Le Pen, à l'époque candidat du Front national, accédait pour la première fois au second tour de l'élection présidentielle, face à Jacques Chirac. Les sondages et les médias n'avaient pas envisagé cette hypothèse, véritable claque pour le Parti socialiste. En effet, Lionel Jospin, candidat de la majorité, n'a pas franchi le premier tour. 

Le Front national au second tour

Marine Le Pen fait face à Emmanuel Macron pour le second tour de cette élection présidentielle. Sur France 2, elle explique : "Je n'ai aucune déception. Nous pouvons gagner, nous allons gagner". Quinze ans après son père, la candidate du Front national se qualifie avec 21,30%. Même si elle a accédé au second tour, la situation semble bien différente. "Le 21 avril 2002 n’est plus orphelin : il y aura désormais le 23 avril 2017. Mais les similitudes entre les deux scrutins s’arrêtent là. Contrairement au choc du 21 avril et à la qualification inattendue de Jean-Marie Le Pen aux dépens de Lionel Jospin, la présence de Marine Le Pen parmi les deux candidats en tête du premier tour n’a été une surprise ni pour les électeurs ni pour les observateurs de la vie politique", explique le maître de conférence en sciences politique Florent Gougou dans Le Monde

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Le 21 avril 2002, le choc est retentissant. "Aucun institut n’avait enregistré durant la campagne un croisement des courbes de Jean-Marie Le Pen et Lionel Jospin, bien que certains experts des sondages des partis aient affirmé avoir averti l’ancien premier ministre du danger qu’il courait à être éliminé de la compétition", raconte La Croix. Le journaliste Jean Daniel analysait à l'époque dans L'Obs que "trompée par les sondages, la majorité de l'électorat français a cru qu'il n'y aurait en place au second tour que Chirac et Jospin. Devant cette sorte de verdict fatal, cette majorité s'est permis soit de ne pas voter (l'absentéisme a été considérable, américain, c'est-à-dire incivique), soit de s'exprimer dans des votes dits 'contestataires'. À gauche, puisqu'on était assuré de pouvoir voter pour Jospin au second tour, on pouvait se permettre d'aller en week-end ou de voter pour un candidat dont on savait qu'il ne serait pas élu".

En 2017, la qualification de Marine Le Pen marque un record historique pour le Front national. Sur une totalisation nationale partielle du ministère de l'Intérieur portant sur plus de trois quarts des inscrits, la candidate a obtenu plus de 6,9 millions de voix. Au second tour des régionales 2015, les listes Front national avaient obtenu 6,8 millions de voix. C'était jusque-là le record de voix frontistes lors d'un scrutin. Au premier tour de la présidentielle 2012, Marine Le Pen avait obtenu 6,4 millions de voix. Selon la candidate, "les choses ont beaucoup changé parce que le mouvement que je dirige a été en tête dans toutes les dernières élections. Cette arrivée au second tour était annoncée. Elle est heureuse car elle va permettre aux Français d'avoir un vrai choix". 

Le Parti socialiste éliminé dès le premier tour

Le 21 avril 2002 ne marque pas seulement l'arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour de l'élection présidentielle. Il marque aussi l’absence du Parti socialiste. Lionel Jospin arrive en troisième position avec 16,18% des voix. "Si, comme on peut le penser, les estimations sont exactes, le résultat du premier tour de l'élection présidentielle est comme un coup de tonnerre. Voir l'extrême droite représenter 20% des voix dans notre pays et son principal candidat affronter celui de la droite au second tour est un signe inquiétant pour la France et la démocratie. Ce résultat est profondément décevant pour moi et ceux qui m'ont accompagné dans cette action. Je reste fier du travail accompli. Au-delà de la démagogie de la droite et la dispersion de la gauche qui ont rendu possible cette élection, j'assume pleinement la responsabilité de cet échec et j'en tire les conclusions en me retirant de la vie politique, après la fin de l'élection présidentielle", a déclaré le premier ministre de l'époque. Dans la salle, les réactions sont très vives : les partisans de la gauche hurlent de désespoir (voir vidéo à partir de 2'47)

Quinze ans plus tard, Benoît Hamon, le candidat élu lors de la primaire de la gauche ne franchit pas le premier tour de l'élection présidentielle. L'ancien ministre de l'Éducation récolte 6,36% des voix. Lors de sa prise de parole après que les premières estimations aient été données, son discours ressemble à celui de Lionel Jospin. "J'ai échoué à déjouer le désastre qui s'annonçait depuis plusieurs mois et depuis plusieurs années. J'en assume la responsabilité, sans me défausser sur les circonstances du quinquennat et les trahisons. C'est la seule attitude que me dicte mon éthique politique. Cet échec est une profonde meurtrissure. Je mesure la sanction historique et légitime que vous avez exprimé envers le Parti socialiste. L'élimination de la gauche par l'extrême droite pour la seconde fois en quinze ans n'est pas seulement une lourde défaite électorale, elle signe pour notre pays une défaite morale et en particulier pour la gauche", explique-t-il. Cette fois-ci aussi, les cris s'élèvent dans la foule.

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Élection présidentielle 2017 : Benoît Hamon appelle à voter pour Emmanuel Macron Crédit Image : Joël SAGET / AFP | Crédit Média : RTLNET | Date :

Un duel en 2002 contre un débat de l'entre-deux-tours en 2017

Après les résultats du premier tour de l'élection présidentielle de 2002, Jacques Chirac avait annoncé qu'il ne débattrait pas à l'entre-deux-tours avec Jean-Marie Le Pen. "Pas plus que je n'ai accepté dans le passé d'alliance avec le Front national, et ceci quel qu'en soit le prix politique, pas plus que je ne l'ai accepté dans le passé, je n'accepterai demain de débat avec son représentant. Je ne peux pas accepter la banalisation de l'intolérance et de la haine", déclarait alors le président sortant. De son côté, Jean-Marie Le Pen jugeait qu'il s'agissait d'une "pitoyable dégonflade. Je lui offrais un duel. Quand un adversaire d'un duel est considéré comme s'étant retiré, il est déshonoré. Ce sont les règles de l'honneur, une matière que connaît mal Jacques Chirac". 

Pour cette élection, l'entourage d'Emmanuel Macron a annoncé le 24 avril qu'il acceptait de participer au débat télévisé de l'entre-deux-tours de l'élection présidentielle face à Marine Le Pen, programmé le mercredi 3 mai. "On sera front à front avec l'adversaire qu'on a désigné tout au long dans cette campagne", a ajouté un proche d'"En Marche !", affirmant avoir "demandé un débat avec Marine Le Pen en février, qu'elle avait refusé". "Donc maintenant, on va l'avoir". Au Front national, le directeur de campagne de Marine Le Pen, David Rachline, avait indiqué que ce débat "devrait avoir lieu", y voyant l'occasion de "voir de manière extrêmement claire les deux choix de société qui sont proposés par l'une et par l'autre"

Le "ni-ni" transformé en "tout sauf Le Pen" ?

Tout comme en 2002, le résultat de cette élection présidentielle fait surgir le "front républicain". Benoît Hamon et François Fillon ont annoncé leur intention de voter en faveur d'Emmanuel Macron afin de faire barrage à Marine Le Pen. Moins de 24 heures après le premier tour, François Hollande s'est exprimé en annonçant officiellement qu'il votera pour son ancien ministre le 7 mai prochain. Seul Jean-Luc Mélenchon est resté silencieux à propos de ses intentions pour le second tour, laissant le soin à ses Insoumis de voter. 

Ce retour du "tout sauf Le Pen" ne semble pas perturber la principale visée. La candidate Front national a critiqué "le vieux front républicain tout pourri, dont plus personne ne veut, que les Français ont dégagé avec une violence rare". Il "essaie de se coaliser autour d'Emmanuel Macron. J'ai presque envie de dire tant mieux !", a-t-elle expliqué lors d'un déplacement à Rouvroy, dans le Pas-de-Calais. "Le système cherche à faire de nous une caricature en permanence. Nous sommes ceux qui défendons le plus et le mieux la démocratie", a-t-elle ajouté quelques heures plus tard sur France 2.

L'élimination de François Fillon et l'arrivée de Marine Le Pen au second tour refont émerger chez Les Républicains le débat sur le "ni-ni". Cette stratégie a longtemps divisé le parti car elle n'amenait pas à trancher et à appeler franchement au vote pour un candidat. À l'antenne de RTLGérard Larcher, le président du Sénat et proche de François Fillon, confie que "les lendemains de défaites historiques sont douloureux. Nous avons évité l'implosion de notre mouvement par un esprit de responsabilité. Nous sommes sur un sujet tout à fait fondamental. Nous avons appelé à voter contre Marine Le Pen et ne pas nous abstenir". Selon plusieurs sources concordantes citées par l'AFP, Nicolas Sarkozy va annoncer qu'il votera en faveur d'Emmanuel Macron "d'ici quelques jours". Toutefois, aucune des sources n'a été en mesure de préciser si l'ex-chef de l'État votera pour le candidat d'"En Marche !" "à titre personnel" ou s'il appellera son camp à voter en sa faveur. Comme l'explique Florent Gougou, dans sa tribune au Monde : "Aucun autre parti ne suscite un tel rejet. Le 23 avril n’est pas un autre 21 avril. Il nous reste désormais deux semaines avant de savoir si le 7 mai 2017 ressemblera ou non au 5 mai 2002".

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2017-04-25 18:53:00
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