6 min de lecture Présidentielle 2017

Benoît Hamon, entre humour, modestie et fines stratégies politiciennes

PORTRAITS (5/11) - Le candidat à l'élection présidentielle, animé par la politique depuis ses années lycée, s'est installé en tissant des liens très solides avec le Mouvement des jeunes socialistes.

Benoît Hamon, le 7 avril 2017
Benoît Hamon, le 7 avril 2017
MariePierreHaddad75
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

"Le disciple devenu frondeur". C'est ainsi que Libération titrait en juillet 2016 son portrait de Benoît Hamon. Depuis, le frondeur est devenu candidat de la gauche à l'élection présidentielle. Il a connu les sondages prometteurs, les unes traduisant une dynamique et les trahisons au sein de son propre camp. Invité à l'antenne de RTL, le député des Yvelines admet que "ce n'est pas une campagne facile". 

Les mots à l'attention de ceux qui ont fait le choix d'Emmanuel Macron sont durs : "déception", "poison permanent"... Et d'après lui, le responsable de l'enlisement de sa campagne n'est autre que le bilan de François Hollande. À la question "cela vous plombe en tant que candidat socialiste ?", l'ancien ministre répond : "Incontestablement, ça pèse". À moins de deux semaines du premier tour de l'élection présidentielle, l'équipe du candidat souhaite "muscler" sa campagne. Comment ? En organisant plus de 50 meetings d'ici au premier tour. L'objectif est de "convaincre les Français et de leur donner envie d'y croire".

Un bûcheur

"Papa, ratatouille-les tous !". Ce mot de sa fille qui est devenu un porte-bonheur est "plié dans la poche intérieur de sa veste", comme le raconte Les Inrocks. Cette anecdote date du premier passage du candidat dans L'Émission Politique en décembre 2016. À ce moment, l'enjeu est de taille pour celui qui se présente à la primaire de la gauche. Il a été prévenu à la dernière minute, 72 heures avant, après les annulations successives de François Hollande et Manuel Valls. Son porte-parole, Régis Juanico, raconte au magazine que "durant 72 heures, il s'est enfermé pour bûcher et c'est vrai qu'il est ressorti du ring un peu K.O". 

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Cette façon de travailler est une habitude chez le candidat à l'élection présidentielle. Le député rocardien Pierre Brana, qui a embauché Benoît Hamon en tant qu'assistant parlementaire, confie : "Ce n’est pas un homme de surface. Quand il rentre dans un sujet, il le fait à fond, il ne s’arrête pas à la quatrième de couverture quand il lit un livre”. Le chef de file des socialistes à l'Assemblée nationale, Olivier Faure, se souvient de la passion qui anime Benoît Hamon. "Tous les jours, on faisait de grandes bouffes ensemble où l’on balayait l’actualité politique du moment. C’était l’occasion de grandes engueulades. C’était notre ciment, notre point commun”, expliquait-il aux Inrocks.

Devenu depuis le candidat de la gauche pour l'élection présidentielle, Benoît Hamon est caractérisé par son discours "en toute modestie", comme l'analyse Le Parisien. Selon la professeure de littérature Cécile Alduy, l'ancien ministre a "une élocution hésitante et naturelle : il n’a pas encore les tics rhétoriques des politiciens, tels que des phrases construites sur de belles symétries, des antithèses marquées, des formules chocs".

Une "capacité à faire rire"

Benoît Hamon a trois frères et sœurs. Son frère Sébastien, âgé de 35 ans, raconte dans France Bleu, que "dans les repas de famille avec les oncles, les tantes, les cousins, Benoît adorait convaincre. Et il ne faisait aucun doute qu'il y arrivait. Quand j'avais 16 ans, il en avait 19. Et il adorait les débats animés". Quand il pense à son frère, il pense à son "humour". "Il a une capacité à faire rire dans toutes les situations. C'est un homme vraiment drôle". Ce trait de caractère est aussi souligné par son autre frère, Xavier : "C'est vrai, il aimait imiter les accents et il le faisait très bien. Il nous a beaucoup fait rire quand nous étions jeunes. Les gens parlent souvent de lui comme d'un homme sévère. Ce n'est pas du tout comme cela que je le vois". 

Pour comprendre l'engagement et la passion qui animent Benoît Hamon, il faut remonter à sa jeunesse. "Ce fils d’ouvrier brestois a grandi loin de Paris, de son temps pluvieux et du Front national. À Dakar, il fait ses classes (du CE2 à la cinquième) chez les frères maristes 'avec des élèves noirs, arabes ou libanais'. De cette éducation catho rigoureuse, il retient les 'souvenirs extraordinaires d’un environnement multiculturel'”, peut-on lire dans le magazine.

Une jeunesse entre engagement et action

L'école sera le lieu de ses premiers engagements. En janvier dernier, Augustin Hoarau, un ancien camarade d’école, rapporte à Slate une anecdote révélatrice de l'époque où ils vivaient à Dakar, au Sénégal : "Nous avons été plusieurs années ensemble à l'école, mais j'étais plus âgé que lui. Je devais avoir 15-16 ans et lui 9-10 ans. Mais on se côtoyait tous les jours car nos pères étaient tous les deux ingénieurs sur le port de Dakar pour la marine nationale. L'armée transportait ensemble les enfants de militaires à l'école. On prenait donc le même bus, le 'bus bleu'. Comme ça se fait partout, 'les grands' avaient l'habitude de se réserver les places sur la banquette du fond et de chasser les petits qui s'y installaient". I

Un jour, il a même organisé un vote dans le bus pour savoir si les places du fond devaient être réservées aux plus grands

Augustin Hoarau, un ancien camarade d’école
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Il poursuit : "Mais on avait toujours Hamon qui s'opposait à nous. Il trouvait ça injuste que les grands gardent ces places. Il était tout le temps à vouloir comprendre pourquoi les plus jeunes devaient se sacrifier face aux plus âgés. Cela ne m'a pas étonné de le retrouver en politique plus tard. Un jour, il a même organisé un vote dans le bus pour savoir si les places du fond devaient être réservées aux plus grands". Le candidat à l'élection présidentielle revient sur l'épisode des badges "Touche pas à mon peuple", distribués par le Front national, dans son lycée. "Une légion de skins avait passé à tabac deux Pakistanais, le Front national de la jeunesse avait un pied dans mon lycée. C’était inconcevable pour moi de rester là, les bras croisés, à ne rien faire". Benoît Hamon va alors militer pour vendre dans son lycée des badges "Touche pas à mon pote".

"Petit Ben" et son réseau

En 1993, Benoît Hamon entre au Parti socialiste et s'inscrit dans le courant impulsé par Michel Rocard. Cette année sera importante pour le futur candidat car Michel Rocard devient premier secrétaire du Parti socialiste et Benoît Hamon est nommé président du Mouvement des jeunes socialistes (MJS). L'élément clé qui scellera la carrière politique du député sera l'autonomie accordée au mouvement vis-à-vis du Parti socialiste. Olivier Faure confie alors qu'"il y avait peut-être chez nous la conscience d’appartenir à une génération et d’avoir non pas une mission historique mais une responsabilité dans la longue chaîne de ceux qui font avancer la société française".

Celui que l'on surnomme "petit Ben" ou "petit Benoît" va alors se retrouver au centre des tractations politiques. "Cette image sectaire, d'homme d'appareil me colle aux fesses. C'est vrai que jusqu'en 2012 je n'ai fait que ça", expliquait-il à Marianne. Benoît Hamon va désormais tisser un réseau. Il réussira à relancer à la hausse le nombre d'adhésions et va mettre en place une "manifestation en pyjama, de nuit, devant l’hôtel de Matignon occupé par Edouard Balladur", souligne Les Inrocks

Il contrôle les cartes, les adhésions

Un député
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Franceinfo ajoute que "certains cadres du PS voient d’un mauvais œil l’emprise grandissante de Benoît Hamon sur le mouvement de jeunesse, et vont jusqu’à évoquer une 'secte'. Encore aujourd'hui, 'le MJS est totalement caporalisé : ce n’est plus un mouvement d’éducation populaire, c’est le courant de Benoît Hamon avec un vrai culte de la personnalité', indique un vieux routier de l'appareil socialiste, qui soutenait Manuel Valls pendant la primaire".

Un député socialiste confie que "sur toutes les élections, le MJS est dans la salle pour faire la claque, quel que soit le candidat et, en contrepartie, Benoît Hamon demande un quota de postes dans les cabinets un peu partout". "C’est toujours lui qui le dirige à l’heure actuelle, il ne l’a jamais lâché. Il contrôle les cartes, les adhésions et il a placé tous ses proches à la direction. Les élections au MJS sont toujours de grands moments de plaisanterie, où les seules secousses surviennent quand des sous-courants hamonistes se tirent la bourre", confie un député.

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2017-04-11 07:00:00
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