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Présidentielle 2022 : les plateformes d'idées sont-elles le nouveau grigri des politiques ?

DÉCRYPTAGE - À quinze mois de l'élection présidentielle, les plateformes d'idées où les Français peuvent y noter leurs contributions se multiplient, tous partis confondus.

Marine Le Pen, Anne Hidalgo et Yannick Jadot
Marine Le Pen, Anne Hidalgo et Yannick Jadot
Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste

"M l'avenir", "Idées en commun", "2022, l'écologie"... A chaque candidat à l'élection présidentielle, ou aspirant à le devenir, sa plateforme. Les plateformes d'idées se multiplient afin de recueillir les idées et les commentaires des militants ou des sympathisants d'un mouvement. 

Marine Le Pen a lancé sa propre plateforme, "M l'avenir". "Nous avons la responsabilité d’être au rendez-vous de la réflexion collective, avec des idées nouvelles, des solutions innovantes, des développements attrayants et des objectifs fédérateurs", expliquait la candidate à la présidentielle. A gauche aussi, les plateformes d'idées pullulent. Avec "idées en commun", Anne Hidalgo veut "contribuer à un projet de gauche sociale et écologiste pour 2022", comme l'indiquait Emmanuel Gregoire, son premier adjoint, qui pilote cette plateforme. 

Quant à EELV, Yannick Jadot qui avance lentement mais sûrement ses pions pour la présidentielle, a aussi son propre site de contributions. Avec un nom évocateur - "2022 l'écologie" - le député européen souhaite "mettre en débat des réponses d'urgence et structurelles" aux crises sanitaire, économique et sociale, comme il l'a indiqué sur TF1. Le maire EELV de Grenoble, Eric Piolle à qui l'on prête aussi des envies présidentielles, a lui aussi lancé sa plateforme, baptisée "Une certaine idée de demain"

Mais à quoi servent ces plateformes ? Sont-elles des puits à idées pour élaborer un programme de campagne présidentielle ou de simples outils de communication ? 

Ségolène Royale, pionnière en France

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Les plateformes d'idées sont liées à une candidate à l'élection présidentielle en 2007 : Ségolène Royal. "Elle a été la première en France à utiliser ce système en lançant 'Désir d'avenir'", explique Pierre-Emmanuel Guigo, maître de conférence en histoire à l'université Paris-Est Créteil et auteur de Com et politique : les liaisons dangereuses. Joint par RTL.fr, il explique que la candidate socialiste a été puiser son inspiration sur le modèle américain, et en particulier chez Howard Dean, candidat à la primaire démocrate en 2004. "Il s'agissait d'un illustre inconnu qui avait fini par devenir le favori chez les démocrates, grâce à sa stratégie participative sur les réseaux sociaux", ajoute-t-il. 

Avec "Désir d'avenir", Ségolène Royal déclarait à l'époque avoir "acquis la conviction que les citoyens, lorsqu'un problème est vécu ou lorsqu'un progrès est espéré, sont des 'experts' légitimes". Et celle qui est à l'époque députée des Deux-Sèvres n'hésite pas à mettre des moyens. 

"En deux mois, on a dû doubler l'équipe des modérateurs. Ils sont aujourd'hui plus d'une douzaine", expliquait dans les colonnes du Monde le responsable du site, Christophe Chantepy. En un mois et demi, 6 000 contributions ont été recueillies sur le site. "C'était une première en France et ça a déclenché un nouvel engouement", reconnait Pierre-Emmanuel Guigo.

Une communication partisane

Mais depuis "le soufflet est retombé, juge-t-il. Tous les candidats ont désormais leurs plateformes d'idées. C'est un passage obligé lorsque l'on se présente à une élection". Mais selon le maître de conférence en histoire à l'université Paris-Est Créteil, cet outil de communication reste "décoratif". "Concrètement, ça ne change pas un programme pour une campagne présidentielle. Cela résulte plus de l'affichage".

Qui est visé par cette démarche ? "La base militante est le cœur de cible de ce type d'initiatives. Mettre en ligne une plateforme d'idées, c'est faire de la communication partisane. Cela s'inscrit dans la même stratégie qu'un lancement de site de campagne sur internet ou sur les réseaux sociaux", explique Pierre-Emmanuel Guigo.  

Une apparence de démocratie avec des conséquences politiques assez faibles

Pierre-Emmanuel Guigo, maître de conférence en histoire à l'université Paris-Est Créteil

Les partis politiques ne sont pas les seuls à recourir aux plateformes d'idées. Le gouvernement d'Emmanuel Macron et d'Édouard Philippe avait aussi eu recours à cette méthode lors de la crise des "gilets jaunes", avec le Grand Débat national. "Cela avait donné une apparence de démocratie, avec des conséquences politiques assez faibles. Quand vous lancez une plateforme, il y a un énorme travail d'analyses des contributions à faire dans la foulée. Et c'est justement ce qui a posé problème lors du Grand Débat", estime Pierre-Emmanuel Guigo.

En avril 2019, le site Les Jours révélait que la moitié des contributions du Grand Débat n'avait pas pu être traitée à temps pour établir la synthèse du projet. Quant aux cahiers citoyens remplis par les participants et rendant compte des discussions entre les élus et les Français, là encore seulement une partie aurait été traitée. Certains n'ont même pas pu être numérisés par la Bibliothèque nationale de France. D'après Les Jours, "seules 5.058 contributions sur les 16.874 qui ont été numérisées par la BNF ont été examinées". Les plateformes d'idées sont donc "une marotte politique", résume Pierre-Emmanuel Guigo.

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