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Déconfinement : les sous-entendus d'Édouard Philippe à Emmanuel Macron

ÉDITO - Dans son discours, mardi 28 avril, le Premier ministre a adressé quelques messages au Président. Édouard Philippe n'a pas contredit frontalement Emmanuel Macron, mais il a douché en partie l'espoir qu'il avait créé.

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Plan de déconfinement : les sous-entendus d'Edouard Philippe à Emmanuel Macron Crédit Image : Ludovic Marin / AFP | Crédit Média : RTL | Date :
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L'Edito Politique - Olivier Bost
Olivier Bost
édité par Maxime Magnier

Sans prétendre sonder l'inconscient, nous avons bien écouté ce qu'a dit le Premier ministre, Édouard Philippe, à l’Assemblée nationale, mardi 28 avril, à propos du plan de déconfinement. Et dans ses paroles, il y a avait aussi des messages politiques pas franchement subliminaux.

D'abord, dans son discours, le Premier ministre a quand même largement modéré l'espoir du 11 mai. Emmanuel Macron promettait le retour "des jours heureux", Édouard Philippe se contente d’espérer "des jours meilleurs", avec son style : concret, sérieux, austère. 

Le Premier ministre a surtout beaucoup insisté sur un confinement moins strictprogressivement, étape par étape ; et son possible report si les chiffres de contagions sont mauvais. Et mine de rien, il a aussi largement repoussé le calendrier de réouverture des écoles. Avec son pragmatisme, Édouard Philippe n'a pas contredit frontalement Emmanuel Macron, mais il a douché en partie l'espoir qu'avait créé le Président.

Emmanuel Macron veut tordre le cou aux rumeurs

Si on regarde ces trois dernières années, à chaque crise, il y a eu des désaccords entre Édouard Philippe et Emmanuel Macron, et c'est normal. Au moment des "gilets jaunes", le Premier ministre ne voulait pas lâcher sur la taxe carbone. Au moment des retraites, il tenait à l'âge pivot. Sur le déconfinement, ils ne sont clairement pas sur le même rythme non plus.

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Jusque-là, les deux têtes de l’exécutif ont réussi cette performance, cet exploit, de toujours cacher publiquement ces décalages. Mais dans les faits, à chaque fois, cela nuit quand même à leur action. Cette dissonance est devenue tellement audible, ces derniers jours, qu'hier, en Conseil des ministres, Emmanuel Macron a retrouvé son ton de chef de guerre : "Je n'aurai aucune complaisance à l'égard de ceux qui, par des bruits et des rumeurs, tentent de diviser le gouvernement, et, singulièrement, le Premier ministre et le Président de la République..." 

Et vous connaissez le principe, quand on dément une rumeur, on lui donne de la consistance.

Emmanuel Macron a lui-même alimenté les rumeurs

Par définition, les jours d’Édouard Philippe à Matignon sont comptés, dès le premier jour. Sauf que là, le spectre du Premier ministre fusible, sacrifié sur l'autel de la crise dans un avenir proche, a été alimenté par Emmanuel Macron lui-même. Quand le chef de l’État a parlé, il y a deux semaines, "de se réinventer et de bâtir un autre projet dans la concorde", c’est lui qui a donné le signal de changements à venir, et qui a ajouté ces tensions au sein de l'exécutif.

Par ces confidences, il a aussi alimenté les rumeurs de très forte divergence avec son Premier ministre. Ces tensions sont, bien sûr, inutiles pour les Français, et incompréhensibles dans un moment extrêmement délicat. Une crise politique au sommet de l’État est inenvisageable dans cette période, et minerait encore une confiance déjà très basse. D'autant que pour les proches d'Édouard Philippe, "ce n'est de toute façon pas encore l'heure de l'après, et personne ne sait quand ça sera". "La grande force d'Édouard Philippe", décrit l'un de ses amis, "c'est d'avoir intériorisé la précarité de sa fonction." Comme ça, il est dans le quotidien, au jour le jour. 

Édouard Philippe l'a résumé à sa façon, mardi, face à l’Assemblée nationale, en rappelant ce qu'il avait dit lors de sa toute première allocution, après sa prise de fonction, en 2017. Il avait loué la vertu, qui mêle la rectitude, l’honnêteté et le courage. Rectitude, honnêteté, courage… Trois traits de caractère qu’il s’attribue et que, trois ans plus tard, il rappelle à Emmanuel Macron.

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