1. Accueil
  2. Actu
  3. Politique
  4. Législatives 2022 : 5 questions pour comprendre les enjeux au lendemain du scrutin
5 min de lecture

Législatives 2022 : 5 questions pour comprendre les enjeux au lendemain du scrutin

DÉCRYPTAGE - Les conséquences directes des élections législatives commencent déjà à se faire sentir. Le score obtenu par la majorité présidentielle et la Nupes vient rebattre les jeux de pouvoir dans l'hémicycle et marque le début d'un renforcement des stratégies politiques.

Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Christian Jacob, Marine Le Pen
Jean-Luc Mélenchon, Emmanuel Macron, Christian Jacob, Marine Le Pen
Crédit : AFP/ Montage RTL.fr
Marie-Pierre Haddad

Le jour d'après. Au lendemain des élections législatives, les états-majors des partis analysent les résultats. Que faut-il conclure des scores obtenus ? Comment va se dérouler concrètement cette législature ? Ces élections législatives ne font pas que des heureux. Parmi les gagnants, le Rassemblement national réussit le tour de force de constituer un grouper avec 89 députés. Quant aux Républicains, ils se retrouvent avec un poids inespéré, après la débâcle présidentielle

Mais pour les perdants, la chute est plus vertigineuse. Emmanuel Macron perd la majorité absolue et ses fidèles lieutenants comme Richard Ferrand et Christophe Castaner. Du côté de Jean-Luc Mélenchon, la Nupes est face à son avenir qui se joue dans un futur proche. 

Pour saisir l'enjeu et les conséquences de ces élections législatives, il suffit d'observer les discours des représentants macronistes pour constater que les éléments de langage sont moins optimistes qu'à l'habitude. La porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire n'a pas pu se réjouir de sa réélection à la tête de la 12ème circonscription de Paris. "Ça va être compliqué, évidemment", a-t-elle concédé.

1. Quel calendrier ?

Tout va s'accélérer. Les chiffres officiels du ministère de l'Intérieur font état de 245 sièges pour la majorité présidentielle, dont 161 députés pour LaREM, 41 pour le MoDem, 29 d'Horizons. Le reste correspond pour une fine part aux autres partis engagés aux côtés d'Emmanuel Macron. La Nupes a obtenu 131 sièges, le RN 89 députés, LR et l’UDI, 64.

À écouter aussi

Les élections législatives tout juste passées, place à l'organisation du Palais Bourbon. Prochaine étape : l'élection du nouveau président de l'Assemblée nationale ainsi que celle des présidents de groupes. Cela doit avoir lieu le 28 juin prochain. Le lendemain, le 29 juin, le bureau de l'Assemblée nationale sera nommé et notamment les vice-présidents et les questeurs. Le 30 juin, ce sera au tour des présidents de commissions d'être élus. 

Selon plusieurs cadres de la macronie, la députée LaREM réélue dans la 10ème circonscription des Yvelines Aurore Bergé sera candidate. D'autres noms reviennent aussi : le ministre en charge des Relations avec le Parlement Olivier Véran, la ministre des Outre-mer Yaël Braun-Pivet, le ministre de l'Agriculture Marc Fesneau ou encore les députés LaREM Romain Lescure et Barbara PompiliUn cadre de la majorité estime que le prochain politique installé au Perchoir devra être "un homme ou une femme de consensus, d'expérience et qui aime négocier".

Reste aussi à régler l'épineuse question de la très convoitée présidence de la commission des finances. Selon Martial You chef du service économie de RTL, "cette commission provoque des maux de tête à la macronie (jusqu'à l'Élysée) depuis quelques jours. Elle est même un contre-pouvoir". "La commission des Finances supervise les comptes de l'État, a accès à des informations confidentielles puisqu'elle peut lever le secret fiscal d'une entreprise ou d'un citoyen, détaille-t-il. Elle est informée en amont des choix du gouvernement lorsqu'il met sur pied son budget annuel. Elle peut auditionner le ministre de l'Économie et contester la sincérité des comptes".

2. Vote de confiance et motion de censure ?

Pas question de laisser un instant de répit à la majorité présidentielle. La première ministre Elisabeth Borne devrait obtenir la confiance de l'hémicycle ou du moins d'une majorité des députés. Le député La France insoumise Éric Coquerel a déjà annoncé qu'il déposera une motion de censure contre le gouvernement le 5 juillet prochain. Il s'agit de la date à laquelle la cheffe du gouvernement tiendra son discours de politique générale. 

D'après l'élu LFI, elle ne peut pas "continuer à être Première ministre", faute de "majorité". Cette motion de censure peut-elle être soutenue par les députés RN ? La porte-parole du parti et élue dans le Var, Laure Lavalette a laissé planer le doute : "Nous allons avoir une réunion. Je n'en sais rien". 

3. Un groupe Nupes ?

Les acteurs de l'alliance à gauche savaient que la question de l'avenir de la Nupes finirait par se poser. Mais peut-être pas aussi rapidement. La France insoumise et le Rassemblement national bataillent pour incarner "la" première force d'opposition. En nombre de députés, le RN arrive devant LFI. Mais si l'on comptabilise toute la Nupes, c'est l'union de la gauche qui l'emporte. 

Artisan du rassemblement à gauche, Jean-Luc Mélenchon a mis les pieds dans le plat. "La Nouvelle union populaire écologique et sociale devrait se constituer comme un seul groupe" à l'Assemblée nationale, a "proposé" ce lundi 20 juin l'ex-député des Bouches-du-Rhône.

Fausse bonne idée pour le Parti socialiste, EELV et le PCF. En évoquant un groupe commun, Jean-Luc Mélenchon remet en cause l'accord de coalition signé début mai qui prévoyait justement des groupes distincts. "Il n'a jamais été question d'un groupe unique. Il y aura un groupe socialiste à l'Assemblée nationale", a déclaré Pierre Jouvet, porte-parole du PS. "Pas question de se fondre dans un groupe unique", a pour sa part réagi le porte-parole d'EELV Alain Coulombel. "Nous sommes favorables à un intergroupe mais pas un groupe commun", a souligné un proche du chef communiste Fabien Roussel. 

4. Quelle opposition pour LR ?

Allié de la majorité ou dans l'opposition ? Les Républicains cherchent le bon équilibre à adopter. Le président du parti, Christian Jacob, a tranché : "Nous sommes dans l'opposition, nous resterons dans l'opposition". Mais cela n'a rien d'évident. Jean-François Copé pousse pour une coalition avec La République En Marche. 

Sur RTL avant le second tour des élections législatives, l'ancien patron de l'UMP avait réitéré son appel à mettre en place un "accord de gouvernement". "Le sujet pour la droite de gouvernement" n'est pas "de se compromettre avec un Emmanuel Macron dont on a largement combattu l'absence de réformes" pendant le quinquennat écoulé, mais "s'il n'a pas la majorité absolue" se posera la question d'un "accord de gouvernement pour exiger que nous puissions mettre en œuvre des réformes qu'il ne veut pas faire", expliquait le maire de Meaux. 

Le numéro 3 du parti, Aurélien Pradié, a indiqué que LR aura "une position libre et indépendante". "Nous regarderons les sujets au cas par cas, quand ça va dans l'intérêt du pays il n'y a aucune raison que nous n'avancions pas dans le bons sens", et sinon "on ne le votera pas", a-t-il ajouté.

5. Vers une dissolution de l'Assemblée ?

Cela pourrait être l'arme dégainée par Emmanuel Macron. Dangereuse sur le plan politique, une dissolution de l'Assemblée peut néanmoins être envisagée. Interrogé par l'AFP, Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l'université Panthéon-Sorbonne, explique que "c'est un pouvoir discrétionnaire : mais une fois qu'il dissout, il ne peut pas dissoudre une nouvelle fois pendant un an". "Constitutionnellement, il pourrait donc dissoudre dans les jours qui viennent, mais politiquement, ce serait très dangereux", prévient-il. 

"Ce serait même un suicide politique compte tenu de l'antimacronisme qu'il y a dans le pays", renchérit le politologue Pascal Perrineau auprès de l'AFP. Il prédit ainsi un effet contreproductif. En 1997 quand Jacques Chirac avait dissout l'Assemblée et s'était retrouvé en cohabitation avec la gauche. "Politiquement, Emmanuel Macron a tout intérêt à attendre afin d'avoir une justification objective de la dissolution" comme un blocage à l'Assemblée, a, de son côté, précisé Dominique Rousseau.