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Mort de Jacques Chirac : pourquoi l'ex-président a dissous l'Assemblée nationale en 1997

ÉCLAIRAGE - À l'époque chef de l'État, Jacques Chirac va prendre le pari fou de dissoudre l'Assemblée nationale à seulement un an des élections législatives. Retour sur cet épisode qui débouchera sur la cohabitation la plus longue de la Ve République.

Jacques Chirac et Lionel Jospin, le 5 janvier 2000 à l'Elysée
Jacques Chirac et Lionel Jospin, le 5 janvier 2000 à l'Elysée Crédit : GEORGES GOBET / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Jacques Chirac s'est éteint ce jeudi 26 septembre, à l'âge de 86 ans. L'ancien président de la République avait gouverné la France de 1995 à 2007. C’est au soir du 21 avril 1997 que Jacques Chirac va faire l’une des allocutions télévisées les plus marquantes de sa carrière politique. 

"Après consultation du Premier ministre, du président du Sénat et du président de l'Assemblée nationale, j'ai décidé de dissoudre l'Assemblée nationale", déclare-t-il. Le président de l’époque justifie son choix en expliquant avoir "acquis la conviction qu'il faut redonner la parole à notre peuple afin qu'il se prononce clairement sur l'ampleur et sur le rythme des changements à conduire pendant les cinq prochaines années. Pour aborder cette nouvelle étape, nous avons besoin d'une majorité ressourcée et disposant du temps nécessaire à l'action".

Cet épisode, jugé comme une erreur stratégique par les commentateurs politiques, entraînera une cohabitation. Le chef de l’État doit choisir le socialiste Lionel Jospin comme premier ministre. Pourquoi Jacques Chirac a-t-il décidé de dissoudre l’Assemblée nationale ? Pour comprendre cette décision, il faut remonter au précédent scrutin, qui a lieu en 1993. La gauche essuie une lourde défaite. La droite est donc majoritaire à l’Assemblée nationale mais voit peu à peu sa cote de popularité baisser auprès des Français. C’est alors qu’émerge l’idée de dissoudre l’Assemblée nationale, même si elle surprend l’opinion publique. Et pour cause, un an plus tard, en 1998, les élections législatives doivent avoir lieu.

Un choix qui n'emballe pas Jacques Chirac

Selon l’historien Jean-Jacques Becker cité par l’INA, "le décalage entre le discrédit dans lequel l'exécutif était tombé et l'impossibilité pour l'opinion de trouver un porte-parole dans la représentation parlementaire (...) avait été probablement aussi une des causes profondes de la crise de 1995. La rue seule permettait de se faire entendre". Pourquoi ne pas attendre les élections législatives de 1998 ? Dans un entretien à l’INA, Patrick Jarreau, rédacteur en chef du Monde, explique que "l'année 1997 ressemblait à un chemin descendant en pente douce vers la défaite aux élections de 1998".
 
Mais cette décision ne semble pas si évidente à prendre pour Jacques Chirac. Le 17 avril 1997, une réunion a lieu entre le président de la République, Dominique de Villepin, secrétaire général de l’Élysée, Jean-Pierre Denis, secrétaire général adjoint, Maurice Ulrich, le vieux sage, Christine Albanel, l'une de ses plus anciennes collaboratrices, le conseiller en communication Jacques Pilhan et Claude Chirac, comme le rapporte L’Express

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L'enjeu est de taille pour le Président qui doit justifier son choix, alors que le 14 juillet 1996, il déclarait que "la dissolution n'a jamais été faite pour la convenance du président de la République". C'est pourquoi Jacques Chirac souhaite se donner le temps de la réflexion. Mais cette réunion a surtout pour objectif d’évaluer les chances de victoire de la droite en cas de dissolution de l’Assemblée nationale. La situation est tendue, il est décrit "tel un félin pris au piège", il "tourne en rond, se lève, s'assied, pose des questions".

Une tactique électorale pour faire face aux failles politiques

Même si le chef de l’État n’a pas encore communiqué sur sa décision, "Dominique de Villepin, Alain Juppé et Jean-Louis Debré ont invité plusieurs députés à déjeuner et ont testé leurs réactions. Philippe Douste-Blazy, réputé pour son habileté à prendre le vent, s'est précipitamment rallié à la thèse de la dissolution", explique l’hebdomadaire. Les partisans de la dissolution, comme le ministre de la Justice Jacques Toubon, avancent que la droite n’a pas eu "d'état de grâce à cause des municipales, dont le résultat a été médiocre, surtout à Paris. À cause aussi des déficits, qui nous ont obligés à prendre des mesures d'urgence... Des élections anticipées peuvent nous donner une vigueur nouvelle". 

La situation va s’accélérer avec la publication du Budget : "Mauvaises rentrées de TVA, accumulation de dépenses fâcheuses (…), concentration de fins de plans d'épargne-logement, importants départs à la retraite dans la fonction publique, déficit de la Sécurité sociale", indique L’Express. Au lendemain de l’annonce de Jacques Chirac à la télévision, les avis sont mitigés. "Dans Le Monde, même la fille du Président, Claude Chirac, s'interroge : 'Reste à savoir pourquoi les Français vont voter le 25 mai'. Le directeur du Monde Jean-Marie Colombani, dénonce le "bon plaisir" du Président et souligne que c'est "la première fois qu'un chef de l'État use de cette prérogative, sans motif autre que son intérêt du moment". 
 
Les élections législatives ont donc lieu le 25 mai et le 1er juin 1997, et consacrent la gauche. Lionel Jospin sera à la tête d’un gouvernement dit de "Gauche plurielle", composé de socialistes, communistes, radicaux de gauche et d’écologistes. La gauche obtient 38,05% des voix au second tour, contre 22,81% pour l’Union pour la France, selon les chiffres publiés sur le site de l'Assemblée nationale. Ces résultats marqueront la troisième cohabitation, qui débute donc deux ans après la prise de fonction de Jacques Chirac et durera cinq années, jusqu'à la fin de son mandat. Un record.

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