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"Il peut appeler ça le Fonds Lang pour l'art" : ces mails de Jeffrey Epstein à Caroline et Jack Lang qui interrogent le PNF

Une société offshore créée en 2016 avec Jeffrey Epstein place aujourd’hui Jack Lang et sa fille Caroline dans le viseur du Parquet national financier. Celui-ci a ouvert une enquête préliminaire pour blanchiment de fraude fiscale aggravée en s'appuyant notamment sur des mails envoyés par le milliardaire révélés par le ministre américain de la Justice.

Jack Lang et Jeffrey Epstein.

Crédit : AFP

"Il peut appeler ça le Fonds Lang pour les arts" : ces mails de Jeffrey Epstein à Jack et Caroline Lang qui interrogent les enquêteurs

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Thomas Prouteau - édité par Yasmine Boutaba

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Pressé de démissionner de la présidence de l'Institut du monde arabe (IMA) à Paris, convoqué le 8 février par le gouvernement français, l'ancien ministre Jack Lang est visé avec sa fille Caroline par une enquête du Parquet national financier (PNF), pour ses liens supposés avec le financier américain et criminel sexuel Jeffrey Epstein.
L’information judiciaire se concentre sur une structure offshore créée en 2016 dans le paradis fiscal des îles Vierges, Prytanee LCC. Cette société, fondée par le millionnaire pédocriminel américain et Caroline Lang, fille de l'ancien ministre de la Culture, à parts égales, avait pour raison sociale affichée le soutien aux artistes, à travers l’achat et la revente d’œuvres d’art. La fille de Jack Lang apportait sa connaissance du marché de l'art et le milliardaire les fonds nécessaires. Une activité présentée comme culturelle, mais qui soulève aujourd’hui de nombreuses interrogations financières.

Autour de cette société, les publications du ministère de la Justice américain révèlent de multiples échanges de mails, ainsi que des dîners et réunions organisés à Paris, New York et Marrakech. Problème : sa participation dans Prytanee LCC n'a jamais été déclarée au fisc français, de l’aveu même de Caroline Lang, qui assure toutefois n’avoir perçu aucun fonds de cette société, y compris après le suicide de Jeffrey Epstein en prison en août 2019. Caroline Lang apparaît également sur le dernier testament du pédocriminel, rédigé le 8 août 2018 deux jours avant sa mort, à hauteur de 5 millions de dollars d'après le document consulté par RTL parmi les millions de fichiers mis en ligne, ce que la sexagénaire affirme avoir appris il y a quelques jours.

"S'il préfère que mon nom n'apparaisse pas, c'est ok pour moi également. Il peut appeler ça le Fonds Lang pour les arts."

Jeffrey Epstein dans un mail adressé à Caroline et Jack Lang, le 5 janvier 2016

Le Parquet national financier va désormais se pencher en priorité sur les flux financiers en provenance et à destination de l'entrprise fondée dans les îles Vierges, au cœur de l’enquête ouverte pour "blanchiment de fraude fiscale aggravée". Dans un mail daté du 5 janvier 2016 et consulté par RTL, ce samedi 7 février, sur le site de la justice américaine, Jeffrey Epstein écrit, au sujet de ce projet de fonds de soutien aux artistes, à Jack et Caroline Lang : "Je mets 20 millions de dollars, Jack achète les œuvres, je n'apparais pas, on divise les profits à 50-50 et sa part lui revient ou aux membres de sa famille qu'il désigne(...) Il peut appeler ça le Fonds Lang pour l'art [Lang Art fund en anglais]. Il peut même être salarié s'il préfère". 

Un mail envoyé par Jeffrey Epstein à Jack et Caroline Lang, le 5 janvier 2016

Crédit : United States Department of Justice

L'éventuelle réponse n'est pas dans les archives Epstein mises en ligne, c'est finalement Caroline Lang qui deviendra l'associée du milliardaire quelques semaines plus tard au sein de Prytanee LCC. Mais cela s'ajoute aux interrogations de la justice française sur la rôle réel de Jack Lang dans la structure.

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D'autres mails publiés par la justice américaine, et révélés par Médiapart jeudi 5 et vendredi 6 février, semblent démontrer la participation active de Jack Lang au projet:  "Jack est désormais totalement impliqué et nous met en contact avec des marchands d'art africains et moyen-orientaux", peut-on lire dans un courriel de 2018 écrit par le "manager" de la société offshore Prytanee, Etienne B., un financier français proche de Jack Lang et mécène de l'Institut du monde arabe. Dans le même mail, le manager s'inquiète de la prise en charge des factures de voiture avec chauffeur de Jack Lang à Paris , ce qui interroge également sur les largesses dont bénéficient alors l'ancien ministre de la culture socialiste. 

"Jack Lang n'a jamais été impliqué dans cette société", selon son avocat

Interrogé par RTL ce samedi 7 février, Maître Laurent Merlet, avocat de Jack Lang, affirme qu'il "n'y a aucune implication de M. Lang". "Jack Lang a pu donner son avis sur des œuvres d'art, c'est tout, poursuit-il. Il n'a jamais été impliqué dans cette société et surtout, ni directement ni indirectement, il n'a perçu de bénéfices de cette entreprise. Qu'on procède à des réquisitions judiciaires, qu'on prenne ses relevés de compte et on verra qu'il n'y a jamais eu de non-déclaration de revenus provenant de cette entité. Jamais".

À écouter

Maître Merlet : "Jack Lang n'a jamais été impliqué dans cette société" avec Jeffrey Epstein

00:00:36

Le nom de Jack Lang est apparu à près d’une centaine de reprises dans les millions de documents publiés le 30 janvier dernier par la Maison-Blanche dans le cadre de l’affaire Jeffrey Epstein, ce milliardaire américain arrêté en juillet 2019 pour crimes sexuels sur mineurs et retrouvé pendu dans sa cellule un mois plus tard. À ce stade, Jack Lang n’est accusé de rien dans ce dossier, ses liens relèvent officiellement de relations d’amitié.

Suite aux révélations, Jack Lang avait pris la parole au micro de RTL le mercredi 4 février, invoquant sa naïveté et niant toute implication répréhensible. "Je dois être naïf (…) je suis blanc comme neige", avait-il déclaré, affirmant ne rien avoir su des agissements criminels de Jeffrey Epstein. "Je ne demande pas le casier judiciaire quand je rencontre une personne", avait-il justifié.

Dans ce contexte judiciaire et médiatique, l’avenir de Jack Lang à la tête de l’Institut du monde arabe est désormais incertain. Convoqué ce dimanche 6 février au ministère des Affaires étrangères, son ministère de tutelle, il pourrait être poussé vers la démission, alors que l’enquête du Parquet national financier ne fait que commencer.

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