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Ils justifiaient leur absence par un congé menstruel : une cinquantaine d'étudiants d'école d'ingénieur sanctionnés à l'université de Limoges

Pensé pour soulager les étudiantes souffrant de règles douloureuses, le congé menstruel expérimental mis en place à l’université de Limoges a été détourné par une cinquantaine d’étudiants de sexe masculin. Face à une centaine de jours d’absences injustifiées en trois mois, l’établissement a dû recadrer fermement.

Des étudiants à la faculté de Montpellier

Crédit : SYLVAIN THOMAS / AFP

Yasmine Boutaba & AFP

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Depuis octobre 2025, l’université de Limoges teste un congé menstruel permettant jusqu’à dix jours d’absence par an sans certificat médical, destiné aux personnes souffrant de règles douloureuses. Pour éviter toute stigmatisation, notamment envers les personnes en transition de genre, le dispositif avait été rendu accessible à l’ensemble des étudiants. "Tout était basé sur la confiance et la responsabilisation", a expliqué Raphaël Jamier, vice-président étudiant de l’université.

Mais au fil des semaines, les enseignants de l’Ensil-Ensci, école d’ingénieurs où la présence en cours est strictement encadrée, ont constaté de nombreuses absences lors de travaux dirigés et pratiques obligatoires. 

Selon une source interne, une cinquantaine de jeunes hommes ont profité du congé menstruel sur les trois premiers mois du dispositif, cumulant près d’une centaine de jours d’absence. "Ils ont identifié une faille dans un système très borné", a reconnu cette même source.

Une utilisation jugée "irrespectueuse" envers les personnes concernées

Cette situation a suscité l’indignation de plusieurs enseignants, qui dénoncent une utilisation "irrespectueuse" d’un dispositif pensé pour répondre à une réalité médicale. "Il y avait cette volonté de prendre en compte des situations parfois compliquées pour certaines jeunes femmes", a confié une enseignante. Pour beaucoup, ces abus fragilisent un dispositif encore expérimental.

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Face aux dérives constatées, un courrier a été adressé le 19 décembre à l’ensemble des étudiants. Il a rappelé que le congé menstruel était "destiné aux personnes menstruées" et que "toute utilisation frauduleuse" pourrait entraîner des sanctions pédagogiques. "Il s’agit bien d’un congé menstruel et non mensuel" a précisé le texte, soulignant que "toute personne ne pouvant biologiquement souffrir d’un syndrome menstruel ne peut en bénéficier".

Un dispositif encore fragile en France

Pour ne pas pénaliser les étudiantes souffrant de règles douloureuses, de plus en plus d’universités françaises proposent un congé menstruel, avec des modalités variables. L’adoption d’un congé menstruel à l’échelle nationale en Espagne, en février 2023, a encouragé plusieurs collectivités françaises à franchir le pas. Mais en l’absence de cadre légal, certaines décisions ont été contestées devant la justice administrative, soulevant des doutes sur la pérennité du dispositif.

Selon une étude de l’Inserm publiée en octobre 2023, 90% des 21 287 femmes âgées de 18 à 49 ans interrogées déclarent ressentir des douleurs pendant leurs règles. Parmi elles, 40% évoquent des douleurs menstruelles modérées à sévères, rappelant l’enjeu de santé publique que représente ce type de mesure.

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