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Emmanuel Macron face à la solitude du pouvoir

DÉCRYPTAGE - Le président de la République a replongé dans une énième crise avec le départ de Gérard Collomb du gouvernement. "Ce n'est pas le président qui s’isole, c’est le pouvoir qui isole", constatait le ministre démissionnaire.

Emmanuel Macron, le 28 septembre 2018
Emmanuel Macron, le 28 septembre 2018
Crédit : Thomas SAMSON / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad

Une phrase lourde de sens. À l'époque encore ministre de l'Intérieur mais déjà en route vers la sortie, Gérard Collomb avait confié en petit comité : "Nous ne sommes pas nombreux à pouvoir encore parler à Emmanuel Macron". Selon des propos rapportés par La Dépêche du Midi, il ajoutait que "ceux qui parlent franchement à Macron sont ceux qui étaient là dès le début : Ferrand, Castaner, Griveaux et moi...". 

Le bras droit du chef de l'État avait d'ailleurs précisé : "Il va finir par ne plus me supporter. Mais si tout le monde se prosterne devant lui, il finira par s'isoler, car par nature l'Élysée isole". Des propos prophétiques sur sa relation avec Emmanuel Macron

Désormais, le chef de l'État est face à un choix stratégique : remplacer poste pour poste ? Remanier plus largement ? Qui mettre à la tête du ministère de l'Intérieur ? Selon nos informations, l'option numéro 2, à savoir un remaniement d'envergure, serait privilégiée. 

Macron, victime de la "malédiction des dieux" ?

Emmanuel Macron serait-il victime de la solitude du pouvoir ? C'est en tout cas ce que semble bien croire Gérard Collomb. Sur LCI, le candidat pour les élections municipales à Lyon en 2020, déclarait que "ce n'est pas le président qui s’isole, c’est le pouvoir qui isole (...) J'essayais de faire remonter les choses du terrain". 

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Le départ de Gérard Collomb est le résultat de "ses relations avec Emmanuel Macron qui sont beaucoup plus tendues et beaucoup moins agréables qu'elles ne l'ont été dans le passé", explique Alain Duhamel

Le ministre démissionnaire mettait déjà en garde sur BFMTV, le président de la République serait victime de "l'hubris", cette "malédiction des dieux. Quand, à un moment donné, vous devenez trop sûr de vous, vous pensez que vous aller tout emporter (...) Il y a une phrase qui dit que les dieux aveuglent ceux qu'ils veulent perdre, donc, il ne faut pas que nous soyons dans la cécité". 

Trop seul et trop exposé ?

Jean-Pierre Raffarin y voit, lui, l'illustration d'un problème de "gouvernance". La solution ? "Organiser la majorité pour protéger le président". Selon l'ancien Premier ministre, Emmanuel Macron est "très seul" et "trop exposé". "L'architecture de sa majorité est fragile, le centre droit, qui le soutient en partie, est désorganisé, son noyau dur, En marche, est toujours en phase d'adolescence et la social-démocratie, le centre gauche, s'évapore".

Concrètement, la macronie n'imprime pas. Cette critique faisait déjà son apparition, seulement six mois après l'arrivée au pouvoir d'Emmanuel Macron. "Les ministres ne font pas assez de terrain, il faut aller voir les gens pour expliquer ce qu'on fait pour eux", martelait Matignon, dans un article du Monde

Ce constat touchait aussi le groupe parlementaire de La République En Marche : "Il y a urgence à retrouver une incarnation au parti. Cela manque, il faut relayer la parole du président", prévenait la députée REM Aurore Bergé. Même constant chez Arnaud Leroy : "On a besoin de quelqu’un de capé, d’un émetteur, d’un chef de meute".

Loin des préoccupations des Français ?

Emmanuel Macron est-il donc atteint de cécité ? Lors de sa visite au Mondial de l'Auto, le chef de l'État a tenu à rassurer. "Il y a un cap, des institutions, un gouvernement au travail, au service du pays et du peuple français. C'est ce qui compte. Le reste ce sont des péripéties". Ces derniers mots s'apparentent à une tentative de minimiser le départ du numéro 2 du gouvernement. 

L'opposition, lui reproche en tout cas, de ne pas être en prise réel avec les Français. Au plus fort de l'affaire Benalla, le président parlait de "tempête dans un verre d'eau"Défié par Gérard Collomb, il nie toute crise politique : "Rien de ce qui se passe depuis 48 heures ne s'apparente à une crise politique. L'État fonctionne (...) le gouvernement est parfaitement à sa tâche". 

Emmanuel Macron donne donc l'impression d'être isolé au sommet du pouvoir. Conséquence principale : l'impression d'être loin des préoccupations des Français. La séquence avec le jeune chômeur horticulteur est venu enfoncer le clou. Ce jeudi 4 octobre, en visite à Colombey-les-Deux-Églises, le président s'est adressé à des retraités"On ne se rend pas compte de la chance immense qu'on a. On vit de plus en plus vieux dans notre pays, et en bonne santé (...) Les retraites de paysans n'ont pas diminué, elles ont toujours été faibles", leur a-t-il dit. Le "parler vrai" si spécifique à Emmanuel Macron lui pose désormais problème et risque de l'isoler davantage.

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