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Darmanin qualifie le cannabis de "drogue dure" : qu'est-ce que cela signifie ?

ÉCLAIRAGE - Le ministre de l'Intérieur a assuré que "le cannabis est devenu une drogue dure". Mais cette notion n'a pas de valeur scientifique.

Un plan de cannabis (illustration)
Un plan de cannabis (illustration) Crédit : Don MacKinnon / AFP
Coline Daclin Journaliste

"Le cannabis est devenu une drogue dure", a déclaré le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin dans le Journal du Dimanche du 25 avril. Dans cette interview, le ministre développe la stratégie du gouvernement sur le sujet et pointe du doigt le niveau de THC qui "a augmenté de manière considérable et crée une dépendance très forte". 

Alors que de nombreuses voix se font entendre pour légaliser le cannabis, le qualificatif de "drogue dure" interpelle. Le ministre cherche à travers cette interview à marquer son opposition forte à la mesure, et n'hésite pas à parler de "laxisme" au sujet de ceux qui la prônent. 

Pour Danièle Jourdain-Menninger, présidente de la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca) de 2012 à 2017, parler de "drogues dures", en opposition aux "drogues douces" n'est néanmoins pas adapté. "C'est une définition qui est devenue totalement obsolète", explique-t-elle à RTL.fr. "Cette notion appartient à l'imaginaire collectif et relève plutôt des préjugés sur les drogues", précise la sociologue de l'Inserm Marie Jauffret-Roustide.

Un produit potentiellement plus dangereux

En effet, les "drogues dures" correspondent à des produits considérés comme particulièrement dangereux en raison de leur propension à déclencher une addiction rapidement. Or, depuis le rapport Roques de 1999, intitulé "La dangerosité des drogues" et qui intègre notamment l'alcool et le tabac parmi "les substances à risque d’abus", cette notion a été remise en question. 

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"Ce qu'a montré Bernard Roques en 1999 en classant les drogues à partir certain nombre de critères, c'est que des produits licites comme le tabac et l'alcool pouvaient entraîner des états de dépendance et des dommages plus importants que les drogues telles que le cannabis, que Mr Darmanin qualifie de drogues 'dures'", développe Marie Jauffret-Roustide, qui étudie les politiques autour des drogues.

Il est vrai que les taux de THC, une substance à l'origine notamment de l'effet euphorisant du cannabis, ont augmenté ces dernières années. "Ils ont plus que doublé ou triplé en moyenne", indique à RTL.fr Stéphanie Caillé-Garnier, neurobiologiste et comportementaliste spécialisée dans l'addiction aux drogues. En théorie, cela pourrait donc en faire un produit plus dangereux. "Plus la teneur en THC est élevée, plus il y a de risques de comportements addictifs et des effets psychotropes", poursuit Stéphanie Caillé-Garnier. Il faut néanmoins attendre de nouvelles études pour confirmer un effet sur le nombre de personnes addictes, précise-t-elle. 

Une question de conduites addictives

Mais les spécialistes de l'addiction ne raisonnent pas en terme de produits : ils prennent plutôt en compte les conduites addictives. "Les études mettent en évidence qu'on peut avoir un usage 'dur' de drogues qui peuvent être considérées comme 'douces' comme l'alcool, par certains groupes sociaux, mais un usage régulé de drogues considérées comme 'dures', simplement parce qu’elles sont illicites", explique la sociologue Marie Jauffret-Roustide.

"Pour la neurobiologie, les psychiatres et les spécialistes de l'addiction en général, il n'y a pas de 'drogues dures' juste des 'drogue d'abus'", complète la neurobiologiste Stéphanie Caillé-Garnier.

Même si le terme est incorrect, Gérald Darmanin fait appel en parlant de "drogue dure" à un imaginaire autour des drogues qui inquiète forcément. "Ce discours permet de marquer les esprits et de conforter sa position politique contre la légalisation du cannabis. C'est un moyen de mettre fin au débat et de dire que la voix de la répression est la seule légitime", analyse Marie Jauffret-Roustide. Tout en insistant sur la dangerosité d'une consommation importante de cannabis, Danièle Jourdain-Menninger conclut à son tour : "Ce n'est pas une approche scientifique, mais une approche idéologique et politique".

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