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Coronavirus, vaccin, politique... 4 questions sur la chloroquine

ÉCLAIRAGE - La chloroquine, l'un de ces traitements testés contre le coronavirus qui fait polémique, pourra être administrée aux malades souffrant de "formes graves" de la maladie.

Une plaquette de Novaquine, un médicament contenant de la chloroquine
Une plaquette de Novaquine, un médicament contenant de la chloroquine Crédit : GERARD JULIEN / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Traitement miracle contre le coronavirus, dangereuse précipitation pour d'autres. L'antipaludique chloroquine est au cœur du débat politique depuis plusieurs jours. En France, plusieurs élus font monter la pression pour généraliser rapidement l'utilisation de la chloroquine. Quant à Donald Trump, il en a vanté les mérites à plusieurs reprises. Un "don du ciel", selon le président américain.

Mais des voix appellent à la prudence, insistant sur la nécessité d’attendre de vastes essais cliniques menés selon la stricte orthodoxie scientifique pour valider ou non le traitement. Dans son avis, le Haut Conseil de santé publique "incite les médecins à inclure le plus possible de malades dans les différents essais thérapeutiques en cours dans notre pays car c'est le moyen le plus sûr de déterminer rapidement si un traitement est efficace ou pas", a souligné Olivier Véran.

La chloroquine est un antipaludique bon marché et utilisé depuis plusieurs décennies contre le paludisme. Il existe un dérivé, l'hydroxychloroquine, mieux toléré, connu en France sous le nom de Plaquénil, pour les maladies articulaires d'origine inflammatoire, telles que la polyarthrite rhumatoïde. Les effets secondaires sont nombreux : nausées, vomissements, éruptions cutanées mais aussi atteintes ophtalmologiques, troubles cardiaques, neurologiques... 

1. Qu'en dit-on au sein de la classe politique ?

A droite, les partisans de la chloroquine sont nombreux et ils demandent la généralisation rapide de son utilisation pour traiter le coronavirus. "La chloroquine, pourquoi ne l'utilise-t-on pas ?", s'est ainsi interrogé le patron des sénateurs Les Républicains Bruno Retailleau. "Elle a un avantage, elle n'est pas chère. Est-ce que c'est parce que les grands labos aimeraient se faire de l'argent sur le dos de nos concitoyens ?", a-t-il poursuivi.

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Christian Estrosi, lui-même contaminé par le coronavirus, a également dit qu'il a "envie qu'on fasse confiance" à Didier Raoult. "L'hôpital de Nice aujourd'hui a été approvisionné avec Sanofi (en chloroquine, ndlr), comme d'autres établissements hospitaliers de notre pays", a souligné le maire LR de Nice. La députée LR Valérie Boyer a elle aussi défendu le traitement à la chloroquine, vantant les mérites du scientifique. 

A gauche de l'échiquier politique, Ségolène Royal demande sur Twitter : "Pourquoi encore toutes ces hésitations bureaucratiques incompréhensibles ?". Même discours chez le socialiste Julien Dray : "Le monde entier parle et met en pratique les travaux du professeur Raoult mais en France on le met sous haute surveillance. C’est quoi le loup la-dedans ?", écrit-il.

Le président du Conseil exécutif de Corse Gilles Simeoni a pour sa part annoncé avoir demandé au gouvernement "de consulter les praticiens et autorités sanitaires de l’île pour que la Corse puisse intégrer immédiatement le programme visant à confirmer l’efficacité du traitement".

2. Quelle est la position du gouvernement ?

La chloroquine pourra être administrée aux malades souffrant de "formes graves" du coronavirus, mais ne doit pas être utilisée pour des formes "moins sévères", a statué le 23 mars le Haut conseil de santé publique, selon le ministre de la Santé. Le comité scientifique "exclut toute prescription" pour "des formes non sévères" de la maladie, en l'absence de toute donnée probante.

Un arrêté encadrant le recours à ce traitement, miracle pour certains tandis que d'autres appellent à la prudence, sera pris "dans les prochaines heures", a-t-il précisé. Une décision saluée par Marine Le Pen. "La généralisation des essais cliniques pour le traitement à base de chloroquine et d’azithromycine du professeur Didier Raoult, annoncée par 
Olivier Véran est une bonne nouvelle", explique-t-elle sur Twitter.

Deux jours avant, le ministre de la Santé Olivier Véran avait indiqué avoir demandé à ce que l'étude du professeur Raoult "puisse être reproduite à plus large échelle dans d'autres centres hospitaliers, par d'autres équipes indépendants". Lors du Grand Jury, Olivier Véran avait annoncé que des premiers résultats pourraient être disponibles "d'ici 15 jours". "L'histoire de maladies virales est peuplée de fausses bonnes nouvelles, peuplée de déceptions, de prises de risques inconsidérées aussi", a averti le ministre.

3. Et l'avis du personnel hospitalier ?

De son côté, l'AP-HP, qui réunit les 39 hôpitaux de la région parisienne, a mis en garde à son tour contre "une utilisation désordonnée de multiples molécules sans contrôle et surtout sans possibilité de tirer des conclusions valides". L'AP-HP, écrit-elle dans un communiqué signé notamment de son directeur général, "s’est déjà engagée dans plusieurs études, certaines utilisant l’hydroxy-chloroquine et la comparant à d’autres traitements".

Et de poursuivre : "Pour être utiles, ces études doivent avoir des critères d’inclusion précis, correspondant aux différentes situations cliniques qui peuvent ou doivent être étudiées s’agissant de patients hospitalisés, de patients suivis en ambulatoires, de populations spécifiques".

Par conséquent, "elle met solennellement en garde contre des utilisations non contrôlées de médicaments qui conduiraient non seulement à retarder le moment où il sera possible de trancher sur leur efficacité thérapeutique ou non (...) mais qui pourraient également compromettre toutes les autres études conduites ou à lancer".

4. Des essais ont-il été lancés ?

De très nombreuses personnes se sont pressées à Marseille, pour se faire tester par les équipes du professeur Didier Raoult qui préconisent ce traitement testé jusqu'ici sur un nombre très limité de patients, à savoir 24 personnes. 

Un essai clinique européen a été lancé, le 22 mars dernier, dans au moins sept pays européens pour tester quatre traitements expérimentaux contre le coronavirus, qui va inclure en tout 3.200 patients. Les quatre traitements testés à grande échelle seront les molécules suivantes : le remdesivir, le lopinavir en combinaison avec le ritonavir, ce dernier traitement étant associé ou non à l’interféron bêta, et l’hyroxychloroquine, selon un communiqué de l'Inserm, l'organisme qui chapeaute la recherche médicale en France. 

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