4 min de lecture Élysée

Coronavirus et confinement total : pourquoi Emmanuel Macron est contre

DÉCRYPTAGE - Pas question pour Emmanuel Macron de confiner totalement la France. Selon le président de la République, cela apporterait "plus de maux que de guérisons".

Emmanuel Macron, le 19 mars 2020
Emmanuel Macron, le 19 mars 2020 Crédit : Ludovic MARIN / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

La France est officiellement en état d'urgence sanitaire pour deux mois. Cette nouvelle fait s'éloigner un peu plus la perspective de sortir fin mars du confinement, imposé par la pandémie de coronavirus. Selon un dernier bilan, le Covid-19 a fait 860 morts en France depuis le début de l'épidémie, donc cinq médecins, et 2.082 patients étaient en réanimation.

Au sein de la classe politique, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen avait appelé jeudi à l'instauration d'un "couvre feu à partir de 20 heures" pour faire respecter le confinement. Le député LR des Alpes-maritimes Eric Ciotti a également demandé au gouvernement d'être "plus coercitif, sans exclure de passer au stade supérieur : un couvre feu".

Face à cette aggravation de la situation, Édouard Philippe a averti que "le temps du confinement peut durer encore quelques semaines". "Beaucoup de nos concitoyens aimeraient retrouver le temps d'avant, le temps normal, mais il n'est pas pour demain", a-t-il prévenu, en annonçant un durcissement des mesures de confinement. Sur près de 1,8 million de contrôles, les forces de l'ordre ont relevé plus de 90.000 infractions pour non-respect des restrictions depuis leur mise en place mardi 17 mars, selon Alain Thirion, directeur général de la sécurité civile et de la gestion des crises.

Plus de problèmes que de solutions ?

Emmanuel Macron a répété, devant les représentants des cultes, son opposition à un "confinement total" mais jugé nécessaire un contrôle plus strict des mesures actuelles, ont rapporté des participants à l'AFP, alors qu'un nouvel avis du Conseil scientifique est attendu ce mardi 24 mars. "Il n'y aura pas de confinement total, car il y aurait plus de maux que de guérisons, a insisté le président de la République, comme le rapporte Le Parisien et L'Express. Le confinement absolu n'est pas la panacée, car la société s'écroule et après, comment la reconstruit-on ? Il faut réduire les contacts, mais pas les liens sociaux".

À lire aussi
Un soldat français en Irak. moyen-orient
Irak : libération de trois otages français de SOS Chrétiens d'Orient

Le confinement total, comme mis en place en Chine est ainsi balayé par le président de la République. "On peut confiner une ville, des quartiers, mais un pays complet c’est compliqué, car il faut savoir définir ce que sont des activités non essentielles", a estimé Emmanuel Macron, rappelant que la France "n’est pas la Chine", comme le rapporte Le Monde et qu’il est nécessaire de préserver les libertés publiques. 

Pour un proche du chef de l'Etat, "un confinement total pourrait avoir des répercussions pires que la crise sanitaire, avec des problèmes d'approvisionnement dans les supermarchés, des émeutes etc. On ne peut pas nourrir 70 millions de Français en faisant des livraisons à domicile, sauf à mettre en place un rationnement !" Un conseiller ministériel renchérit, toujours dans Le Parisien : "Si l'on arrête les emballages plastiques ou les cartons, le secteur de l'alimentation ne peut plus tourner. Beaucoup de secteurs sont interdépendants !".

Selon l'Élysée, le Conseil scientifique, composé de 10 experts, doit rendre son avis ce mardi 24 mars, sur les conditions du confinement, dont le prolongement au-delà de la période initiale de 15 jours est jugé "probable" par plusieurs membres du gouvernement, afin d'enrayer l'épidémie de coronavirus. Le Conseil d'État a enjoint au gouvernement de revoir d'ici 48 heures certaines dérogations de déplacement "au caractère ambigu", notamment celles pour motifs de santé ou pour l'activité physique, refusant toutefois d'ordonner le "confinement total" réclamé en urgence par certains médecins.

Un confinement plus sévère demandé par la communauté médicale

De nombreuses voix dans le monde médical réclament déjà sa prolongation, comme l'Italie, désormais pays le plus touché au monde. En Chine, d'où est partie l'épidémie, le confinement de Wuhan, son épicentre, aura duré quelque 60 jours. 

Pas assez strict, le confinement ? Chez les médecins, des voix de plus en plus nombreuses se font entendre pour exiger une mise sous cloche "totale" de la population. "C'est un confinement total et absolu de l'ensemble de la population dont nous avons besoin, à l'instar des mesures déployées en Chine", a estimé dans un communiqué le principal syndicat des internes de médecine (Isni).

Je suis en contact avec le Président qui m'a posé de nombreuses questions sur la situation chinoise

Philippe Klein, médecin à Wuhan
Partager la citation

Au micro de RTL, Philippe Klein, médecin à Wuhan depuis six ans, a vécu les 60 jours de quarantaine en Chine. Il a indiqué avoir été contacté par Emmanuel Macron qui lui a posé "de nombreuses questions sur la situation chinoise". "Je pense qu'il y a une prise de conscience pour que les mesures qui ont fonctionné en Chine soient appliquées", ajoute le praticien. 

"Il faut clairement serrer la vis. C'est la seule solution pour enrayer cette épidémie et empêcher d'avoir un scénario à l'italienne", estime ainsi le président des médecins de France Jean-Paul Hamon, lui-même contaminé par le coronavirus. "La situation épidémique est telle que la seule solution viable doit passer par un confinement total", abonde le syndicat Jeunes Médecins.

La rédaction vous recommande
Lire la suite
Élysée Coronavirus Médecins
Restez informé
Commentaires

Afin d'assurer la sécurité et la qualité de ce site, nous vous demandons de vous identifier pour laisser vos commentaires. Cette inscription sera valable sur le site RTL.fr.

Connectez-vous Inscrivez-vous

500 caractères restants

fermer
Signaler un abus
Signaler le commentaire suivant comme abusif
500 caractères restants