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Coronavirus : 4 questions sur le déconfinement évoqué par Édouard Philippe

ÉCLAIRAGE - Édouard Philippe a jugé "probable", devant la mission d'information de l'Assemblée sur la crise sanitaire, que le déconfinement en France ne se fasse pas "en une fois, partout et pour tout le monde".

Edouard Philippe à l'Assemblée, le 31 mars 2020.
Edouard Philippe à l'Assemblée, le 31 mars 2020. Crédit : Yoan VALAT / POOL / AFP
Marie-Pierre Haddad
Marie-Pierre Haddad
et AFP

Le gouvernement et la classe politique envisagent l'après crise du coronavirus, à commencer par la sortie du pays du confinement. Faisant face à la mission d'information de l'Assemblée, qui s'est tenue via visioconférence, Édouard Philippe a jugé "probable" que le déconfinement en France ne se fasse pas "en une fois, partout et pour tout le monde", en espérant pouvoir présenter une ébauche de stratégie "dans les jours, la semaine qui viennent".

"Nous avons demandé à plusieurs équipes de travailler sur cette question en étudiant l'opportunité, la faisabilité d'un déconfinement qui serait régionalisé, qui serait sujet à une politique de tests, en fonction, qui sait, de classes d'âge", a poursuivi le Premier ministre. Pour l'heure, le confinement général en France est ordonné jusqu'au 15 avril. Mais les autorités ont d'ores et déjà prévenu que cette période pourrait être une nouvelle fois prolongée.

Une stratégie qui va donc fortement dépendre de la disponibilité de tests, alors que le gouvernement est déjà critiqué sur sa gestion, notamment des masques. Le chef du gouvernement a en tout cas voulu voir "des signes d'espoir : si l'on regarde le nombre d'admissions en réanimation sur la totalité du territoire national, ce chiffre se stabilise".

1. Faut-il prolonger le confinement ?

Plusieurs scénarios sont à l'étude. La porte-parole du gouvernement Sibeth Ndiaye a ainsi évoqué différents critères en jeu, qu'il s'agisse des tests de dépistage ou encore du nombre d'entrées en réanimation. "Nous le voyons dans les pays où l'épidémie a démarré plus tôt que dans le nôtre, beaucoup de questions se posent (...) sur la manière dont on doit organiser non seulement le déconfinement (...) mais aussi l'après", a-t-elle observé à l'issue du Conseil des ministres.

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"Ce qui est certain, c'est que nous avons encore des données scientifiques à engranger (...), qui doivent nous éclairer", a-t-elle ajouté, estimant qu'il était "un peu tôt pour organiser une sortie de crise" et que le gouvernement n'était "pas capable aujourd'hui de dire à quel moment cette crise se terminera". Arnaud Fontanet, épidémiologiste à l'Institut Pasteur et membre de ce Conseil, a estimé sur Europe 1 qu'à "fin avril, on aura d'une part les services de réanimation qui commenceront à désaturer et une circulation du virus qui aura diminué, on va se retrouver dans la situation de préconfinement".

"Ensuite, les stratégies de déconfinement s'appuient sur différentes touches de piano", a encore métaphorisé Sibeth Ndiaye, en évoquant "le degré d'immunité dans la population générale", qui sera mesuré notamment par les tests sérologiques, disponibles selon le ministre de la Santé Olivier Véran "dans les jours ou les semaines qui viennent".

2. Un dépistage massif de la population ?

Emmanuel Macron devait de son côté s'entretenir avec les membres du Conseil scientifique sur le Covid-19, qui ont déjà estimé que le confinement pourrait durer jusqu'à six semaines au moins pour être efficace. Le chef de file des députés Les Républicains Damien Abad s'est dit favorable à un déconfinement "progressif" comme envisagé par le gouvernement mais préférerait pour ce faire un dépistage massif de la population plutôt qu'un déconfinement "par régions ou par classes d'âge".

"J'ai quelques doutes, quelques réserves sur le déconfinement par régions ou par classes d'âge", a précisé le député, parce que "ça posera beaucoup d'interrogations pour toutes celles et tous ceux qui sont partis dans d'autres régions de France en résidence secondaire". "La clé de la sortie du confinement ce sera la capacité à dépister massivement la population", a-t-il insisté en citant l'Allemagne, qui pratique davantage de tests qu'en France.

Selon Eric Caumes, chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital parisien de la Salpêtrière, il faudra tester et "casser les chaînes de contamination", sous peine de voir l'épidémie repartir, a-t-il toutefois prévenu sur BFMTV.

Une autre inconnue plane encore : la saisonnalité du virus, qui semble bien résister à la chaleur comme l'indique son implantation en Afrique. Selon l'épidémiologiste à Harvard Marc Lipsitch, "même si l'on peut s'attendre à une régression modeste", "il n'est pas raisonnable d'en attendre une nette chute" avec les chaleurs d'été.

3. Vers un débat au Parlement ?

Un déconfinement par région ? par âge ? en fonction des dépistages ? "Cette décision-là sera fondamentale", a affirmé Bruno Retailleau à l'AFP, à l'issue d'une réunion par visio-conférence avec le Premier ministre et les chefs de partis et de groupes parlementaires. "C'est parce qu'elle engagera la nation tout entière que j'ai proposé au Premier ministre que, sur la base de scenarii travaillés par le gouvernement, il y ait un débat au Parlement. Pour que cette décision soit discutée, débattue et partagée", a-t-il ajouté.

"Ça sera une décision extraordinairement délicate et extrêmement périlleuse, parce que une mauvaise sortie de confinement, ça voudrait dire un risque de rebond épidémique et des dégâts économiques que je n'ose même pas imaginer", a-t-il souligné. "La décision sera tellement importante dans ses conséquences qu'elle doit être nécessairement partagée, elle ne peut pas être la décision d'un seul homme", a affirmé Bruno Retailleau.

Pour le sénateur de la Vendée, "pour ne pas parler tous les jours du déconfinement avec le concours Lépine des propositions, il vaut mieux organiser un débat le moment venu". Le chef de file des sénateurs LR a par ailleurs demandé que "dès cette semaine, le gouvernement  prenne la décision d'un dépistage massif des personnels des Ehpad".

4. Quels scénarios envisagés en Italie ?

L'Italie a annoncé, le 30 mars dernier, une prolongation au moins jusqu'à Pâques du confinement en place depuis trois semaines mais les autorités réfléchissent à la stratégie pour faire repartir le pays après la tragédie du Covid-19. Le bon moment pour un redémarrage de l'activité pourrait correspondre à celui où le nombre de nouvelles infections sera nul ou proche de zéro sur l'ensemble du territoire. Soit, selon les experts, entre le 5 et le 16 mai, avec des différences entre les régions.

La question des tests est aussi un élément fondamental du débat en Italie. Pour Franco Locatelli, président du Conseil supérieur de la Santé, pour relancer le pays il faut passer par des tests sérologiques afin de connaître "la propagation du coronavirus et avoir des informations pertinentes sur l'immunité de groupe", qui assurerait une protection suffisante à l'ensemble de la population.

La proposition du président de la région Vénétie, Luca Zaia, est étudiée avec intérêt. L'élu préconise de fournir aux travailleurs, une "licence" qui certifierait qu'ils ne sont pas contagieux via un test sérologique rapide permettant de savoir si une personne a été en contact avec le virus.

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