5 min de lecture Présidentielle 2022

Baroin, Bertrand, Retailleau... La droite sur le chemin de la division pour 2022 ?

DÉCRYPTAGE - Multiplication des candidatures potentielles, débat sur l'organisation d'une primaire... L'université de rentrée des Républicains à La Baule a été révélatrice des divisions qui menacent le parti.

François Baroin, président de l'Association des maires de France.
François Baroin, président de l'Association des maires de France. Crédit : Thomas SAMSON / AFP
Marie-Pierre Haddad
Journaliste RTL

Dans le même parti, mais pas forcément dans le même camp. C'est la ligne de crête sur laquelle doivent marcher les candidats qui visent l'Élysée. À deux ans de l'élection présidentielle, Les Républicains se préparent et doivent faire face à cette problématique. Traumatisé en 2017 avec François Fillon qui n'est jamais parvenu à rassembler sa famille politique, le parti souhaite repartir sur de bonnes bases. Mais il reste hanté par ses querelles. 

L'université de rentrée des Républicains à La Baule laissait déjà entrevoir le casse-tête qui s'annonce à droite. Xavier Bertrand et Valérie Pécresse, deux électrons libres aux ambitions présidentielles, ont quitté le parti mais planent sur la rentrée des Républicains. 

Trois ans ans après l'élection d'Emmanuel Macron, Les Républicains voient arriver le sujet qui pourrait fracturer le parti avec le débat sur l'utilité ou non d'organiser une primaire. Question cachée : y-aura-t-il un candidat naturel ?

L’énigme François Baroin

Au cœur de la crise liée au coronavirus et après les élections municipales, Les Républicains ont commencé à se mettre en ordre de bataille, direction 2022. Très rapidement, la question de l'incarnation s'est posée dans les rangs de la droite, afin de faire barrage à Emmanuel Macron. Mais avant de se lancer officiellement dans la course présidentielle, le parti est suspendu à la décision de François Baroin. 

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Le maire de Troyes a indiqué qu'il ferait connaître sa décision à l'automne. Ira ? Ira pas ? Le doute persiste en ce mois de rentrée. Mais pour un cadre de la droite, l'ancien ministre a tranché par la négative. "Depuis juillet, se développe l'idée que Baroin n'ira pas", explique-t-il dans Le Journal du dimanche. Même le parrain Nicolas Sarkozy s'interroge. "J’aime beaucoup François Baroin, il a un vrai talent, il a beaucoup d’atouts. Je crois à son émergence ; je ne crois pas à sa volonté. J’ai du mal à me convaincre que s’il n’a pas envie en juillet il aura envie en septembre", confiait-il à ses visiteurs comme le rapporte Le Figaro.

"On s’est dit que s’il ne parle pas là alors qu’il a un boulevard, c’est qu’il n’ira pas à la présidentielle et que le garçon n’a pas très envie", souffle-t-on dans Le FigaroCultivant la discrétion, François Baroin n'a pas donné d'indice sur son choix pour 2022. Christian a aussi jeté le trouble sur Les Républicains, en proposant de passer un accord avec Emmanuel Macron en 2022, ne voyant pas de candidat naturel se distinguer pour porter la droite à l'Élysée. 

Valérie Pécresse et Xavier Bertrand en embuscade

Alors que ce silence se fait pesant pour certains, pour d'autres il s'avère être libérateur. C'est notamment le cas de Valérie Pécresse. La présidente de la région Île-de-France déclarait à l'antenne de RTL : "À ce stade, je n'exclus rien, je n'écarte rien" pour 2022. Lors de la rentrée de son mouvement Libres ! à Mennecy dans l'Essonne, l'ancienne ministre du Budget sous Nicolas Sarkozy veut "relever la République" et "relever la France". "Le temps est peut-être venu de faire entendre la voix d'une femme libre", a-t-elle ajouté. Tout cela en se gardant encore de dire si elle serait candidate à l'Élysée

Parole libre aussi chez Xavier Bertrand. Depuis la campagne des municipales, le président de la région Hauts-de-France a entamé un rapprochement avec son ancienne famille politique. Là encore, les déclarations laissent peu de doutes sur les intentions présidentielles de l'ancien ministre. "Je m'y prépare", a-t-il ainsi déclaré à Corse-Matin en rappelant que sa "maison" politique est "à droite". 

Bruno Retailleau qui est à la tête du micro-parti de François Fillon, Force républicaine assure : "Aujourd'hui personne n'écrase le match, on n'a pas de candidat naturel". Comme Xavier Bertrand, Bruno Retailleau se "prépare" pour 2022. "Je veux faire valoir mes convictions et ce qui me semble bon pour mon pays", déclarait-il dans un entretien aux Dernières Nouvelles d'Alsace

Une primaire ? Si oui, ouverte ?

Cette multiplication de potentielles candidatures pose de façon inéluctable la question d'une primaire. Il y a ceux qui sont contre, comme le président des Républicains Christian Jacob. Il ne faut pas "griller les étapes" avec une éventuelle primaire, a-t-il mis en garde dans Le Figaro. "S'il suffisait de désigner un candidat deux ans à l'avance pour gagner une présidentielle ça se saurait. Une élection présidentielle, ce n'est pas un casting. C'est d'abord le résultat d'une capacité à rassembler", a-t-il affirmé.

Il y a aussi ceux qui sont favorables à l'organisation d'une primaire. Une autre question en découle : doit-elle être ouverte à tous les sympathisants de droite ou uniquement aux adhérents Les Républicains ? Tout en avançant ses pions pour la présidentielle, Bruno Retailleau milite pour l'organisation d'une primaire ouverte. "Nous sommes au XXIe siècle. Quel signal donnerions nous si demain notre famille politique disait aux Français qui sont nos sympathisants, aux électeurs, aux militants : 'Passez, y a rien à voir, vous n'êtes pas assez compétents, assez cultivés politiquement pour faire le bon choix ?'", a-t-il indiqué.

 Philippe Juvin, le maire LR de la Garenne-Colombes et chef des urgences de l'hôpital Georges-Pompidou, juge "indispensable" d'avoir une primaire ouverte. "La question est de savoir si nous voulons nous suicider une deuxième fois" et "manifestement c'est bien parti si on part avec deux candidats", a-t-il expliqué sur LCI. "Je ne veux pas que cela soit un concours de personnes mais d’idées. J’en défendrai un certain nombre à cette occasion. Si personne ne les reprend, il faudra voir quelle attitude avoir", indiquait-il à L'Opinionn'excluant donc pas une candidature pour la présidentielle.

L'hypothèse Édouard Philippe

Voyant venir le spectre de la division, Damien Abad envisage d'"inventer un nouveau système" en vue de la présidentielle. "Il faut qu'on soit très clairs, la primaire telle qu'elle a existé, aujourd'hui elle est révolue", a-t-il déclaré sur Radio J. Pourquoi ? "Pour deux raisons, d'abord parce que les principaux protagonistes, en l'occurrence Xavier Bertrand et François Baroin n'en veulent pas (...) La deuxième chose négative avec la primaire, c'est que ça crée des couloirs de nage avec des tensions et des différenciations importantes, c'est difficile ensuite pour la droite de se rassembler". 

Avant même de se lancer dans une bataille contre Emmanuel Macron et sa majorité, Les Républicains devront se rassembler. Mais un élément perturbateur risquerait de leur compliquer la tâche : Édouard Philippe. Selon un sondage Ifop pour La Lettre de l'Expansion, l'ancien premier ministre est plébiscité pour incarner la droite en 2022 par les électeurs Les Républicains

26% d'entre eux envisagent le maire du Havre comme une alternative à Emmanuel Macron en 2022. Il devance François Baroin qui obtient 21%, Xavier Bertrand (18%) et Valérie Pécresse (15%). À deux ans de la présidentielle, les cartes sont encore loin d'être distribuées à droite.

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