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Les Républicains, Parti socialiste, Front national... C'est la fin des partis tels que vous les connaissez

DÉCRYPTAGE - L'élection d'Emmanuel Macron aura eu le même effet sur les partis dits "traditionnels" : ils entament une nouvelle phase de transformations et de changements. Pourquoi et comment ?

Marine Le Pen, François Baroin et Benoît Hamon
Marine Le Pen, François Baroin et Benoît Hamon
Crédit : AFP
Marie-Pierre Haddad

"Secousses telluriques", "nouvelle génération politique", "renouvellement"... L'élection présidentielle  2017 aura rebattu les cartes du jeu politique français. Selon Alain Duhamel, "tous les candidats ont été sanctionnés par les électeurs. Emmanuel Macron remporte une grande victoire et se retrouve avec une France qui a beaucoup de problèmes. Il veut renouveler la vie politique en rassemblant au-delà des clivages classiques. C'est nouveau, sympathique et aléatoire". 

"L’effacement de Nicolas Sarkozy puis l’échec de François Fillon l’ont poussé aux avant-postes sur une ligne qui n’est peut-être pas intimement la sienne. À entendre François Baroin dire qu’'il y a toujours un bloc de la droite et du centre et un bloc de la gauche, alors que le Parti socialiste, tout comme Les Républicains, a été éliminé dès le premier tour, on se demandait s’il ne s’était pas trompé d’époque", explique Philippe Ridet dans un édito du Mondequi se demande si Emmanuel Macron n'a pas réussi à ringarder la jeunesse politique. À quelques semaines des législatives, le paysage politique subit un vértiable lifting.

Adieu le Parti socialiste...

Après la défaite cuisante du candidat du Parti socialiste à l'élection présidentielle avec 6,8% des voix, le parti de gauche semble être laissé à l'abandon. Les ténors du Parti socialiste ont fait le même constat. À l'antenne de RTL, Manuel Valls a déclaré que "ce Parti socialiste est mort. Il est derrière nous, pas son histoire et ses valeurs, mais il doit se dépasser". Stéphane Le Foll, fidèle hollandais, estimait également dans Le Parisien que "c'est la fin du Parti socialiste tel qu'il a vécu jusqu'ici. Il va falloir se réinventer. il faudra y réfléchir après les élections législatives. Dans le moment présent, il faut rester rassemblés et responsables. Sinon, on risque l'éclatement général". 

"Ce parti aurait dû se situer durant cette campagne dans une forme de synthèse entre Benoît Hamon et Emmanuel Macron. Il va falloir regarder les choses avec beaucoup de lucidité et de responsabilité". Le premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis, indique sur RFI qu'après le 18 juin, c'est-à-dire après les élections législatives, le PS "fera le bilan de tout ça mais il est clair qu'il faudra une reconstruction voire une refondation du Parti socialiste. Le parti d'Épinay est mort et bien mort".

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... Bonjour au mouvement "transpartisan" et "Dès demain"

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La fin du Parti socialiste étant actée, que va-t-il se passer ? Le candidat qui a remporté la primaire de la gauche, Benoît Hamon, semble avoir déjà tourné la page. Pour lui, la reconquête du terrain politique doit passer par la nouveauté. Sur France Inter, il annonce que "le 1er juillet", il lancera "un mouvement, large, qui s'adressera aux hommes et aux femmes de gauche, citoyens, pour être en situation de penser les suites que nous pouvons donner à ce travail que nous avons commencé lors de la campagne présidentielle, un travail sur ces idées nouvelles". L'ancien ministre de l'Éducation a décrit les contours de son mouvement. Il sera "transpartisan" et se "nourrira du travail des intellectuels, de cette innovation citoyenne et démocratique que nous avons mise en oeuvre lors de la campagne présidentielle. Aujourd'hui, on peut appartenir au Parti communiste, aux écologistes, se reconnaître dans différentes candidatures et avoir envie de travailler ensemble". 

Comment se positionnera-t-il par rapport à Emmanuel Macron ? "Je suis dans l'opposition et je serai dans l'opposition à Emmanuel Macron, ce qui ne veut pas dire qu'on ne travaille pas intelligemment. Je me situe sereinement, tranquillement dans l'opposition" mais "ce n'est pas une opposition frontale (...) Ce qui m'intéresse, c'est comment la gauche va renaître de cet échec".

Benoît Hamon n'est pas le seul à avoir eu cette idée. Dans un cheminement parallèle, Anne Hidalgo, Martine Aubry, Christiane Taubira, ainsi que des intellectuels et artistes, ont lancé "Dès demain". Il s'agit d'un "mouvement d'innovation" ouvert à "tous les humanistes qui croient encore en l'action". Dans une tribune publiée dans Le Monde, quelques 160 signataires appellent leurs concitoyens à un "sursaut", en annonçant le lancement de ce "grand mouvement d'innovation pour une démocratie européenne, écologique et sociale, intitulé 'Dès demain'". Sur RTL, la maire de Paris a expliqué que ce mouvement "n'avait pas vocation à jouer dans les recompositions du Parti socialiste ou des autres formations. Il y a aujourd'hui un besoin, exprimé depuis longtemps (...), de créer une plateforme, un réseau, un mouvement qui permette de reprendre toutes les initiatives, les solutions qui sont aujourd'hui trouvées en France dans tous les domaines". 

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Les Républicains en pleine "profonde réflexion"

Les Républicains aussi sont en pleine introspection. Invité du RTLsocialstudio, Luc Chatel estimait que cette situation était "normale" étant donné "les secousses telluriques, avec l'élection d'Emmanuel Macron (...) Les Républicains doivent "tirer toutes les conséquences de cet échec. Cette élection présidentielle nous était promise. On avait organisé une primaire dont on pensait que c'était la meilleure idée du siècle, on avait un projet dont on pensait que c'était le meilleur du siècle et nous ne sommes pas au deuxième tour. Il faut en tirer les conséquences sur l'organisation de notre famille politique, sur sa vocation. Cela nous appelle à une réflexion profonde qui doit se faire après le mois de juin".

Selon Éric Zemmour, "il y a un ménage à faire car depuis trente ans, il y a eu un basculement de la droite vers le centre-gauche". Le journaliste explique dans le RTLsocialstudio qu'Alain Juppé en est l'artisan principal. Ce serait donc lui le grand coupable, et non pas François Fillon. "Il a coupé la droite de l'électorat populaire", explique Éric Zemmour. Selon lui, Les Républicains sont confrontés à deux options : "Soit ils entrent dans la coalition avec Emmanuel Macron et ils deviennent un parti de centre-droit. Soit ils se scindent en deux et une partie des électeurs va avec Marine Le Pen". L'ancien sénateur Les Républicains, Jean-Baptiste Lemoyne, estime que le parti est "condamné à moyen terme". "Aujourd'hui, Les Républicains est devenu une famille politique réduite à peau de chagrin. Je crois qu'il y a cette opportunité de revivifier la vie démocratique française en rejoignant La République en Marche du président élu, Emmanuel Macron", a déclaré Jean-Baptiste Lemoyne sur LCP. "Il n'y a pas de cohabitation possible entre des lignes qui sont divergentes. Les Républicains, héritiers de l'UMP, est devenu quelque chose de très rabougri", a ajouté ce soutien d'Emmanuel Macron.

"Macron compatibles" et Républicains

Désormais, Les Républicains sont tiraillés entre la possibilité de s'inscrire dans une majorité présidentielle avec La République En Marche et celle d'incarner une opposition forte. Le premier à avoir pris parti est Bruno Le Maire. En coulisses, les tractations sont nombreuses entre l'entourage d'Emmanuel Macron et certains membres des Républicains. "Le nouveau président, désireux d'élargir sa base, souhaite adresser un signe à son électorat en intégrant au gouvernement des personnalités de droite, parmi lesquelles pourraient figurer le juppéiste Edouard Philippe et Bruno Le Maire", indique l'AFPFrançois Baroin, le chef de file des Républicains pour les élections législatives, a menacé d'expulsion ceux qui choisiraient La République En Marche. 

Selon le secrétaire général des Républicains Bernard Accoyer, aucun candidat des Républicains aux législatives de juin n'a répondu aux "appels du pied" de la République en marche d'Emmanuel Macron. "J'ai eu des remontées (mercredi) me disant 'j'ai été appelé pour me proposer de devenir candidat En Marche ! '", a déclaré Bernard Accoyer sur RFI, ajoutant "qu'hier encore", le président de la Commission d'investiture d'En Marche !, Jean-Paul Delevoye, "et son entourage appelaient des élus LR et UDI pour proposer des débauchages individuels". "Il n'y a pas de candidat aux législatives des Républicains qui ait cédé à ces appels du pied (...) Avec le recyclage de plus d'un tiers des députés socialistes, avec le personnel politique qui compose le MoDem, il restera des places pour les députés internet qui n'auront guère d'expérience. Avec cette majorité il faudra réformer le pays", a-t-il affirmé.

Une "transformation profonde" du Front national

Même reconstruction au Front national. Dans un discours au cours duquel elle a reconnu sa défaite, Marine Le Pen a indiqué que son parti allait se transformer. La candidate à l'élection présidentielle souhaite "proposer d'engager une transformation profonde" du Front National, "afin de constituer une nouvelle force politique que de nombreux Français appellent de leurs vœux". "Le Front National, qui s'est engagé dans une stratégie d'alliances, doit se renouveler profondément afin d'être à la hauteur (...) des attentes des Français", a-t-elle expliqué. "En dynamique, on s'attendait à gagner dans la première semaine de l'entre-deux-tours, ensuite on a acté que ce ne serait pas une victoire mais on espérait un score meilleur", résume Jean Messiha, coordinateur du projet, à l'AFP.

En privé, les cadres parlent de "déception", voire de "gâchis". La ligne "ni droite ni gauche" est remise en cause par certains, alors que l'électorat de droite traditionnelle s'est majoritairement reporté sur Emmanuel Macron (à 61%, selon l'Ifop). "Le côté trop clivant, lutte des classes, est stupide", juge un élu. Pour un élu du Sud-Ouest, il faut carrément mettre un coup de "balai" dans l'organigramme, y compris parmi les proches très discrets que sont Frédéric Chatillon et Axel Loustau, en procès pour le financement des campagnes 2012 et accusés de sympathies pro-nazies.

Dans le RTLsocialstudio, Éric Zemmour estime qu'à "chaque fois", les idées de la candidate FN "sont bien plus hautes qu'elle. Il y a un vrai problème Marine Le Pen aujourd'hui. Même si dans ses discours, elle tient compte davantage de l'identité et de l'immigration, de l'islam, qui sont les vrais sujets qui peuvent rassembler au-delà de son électorat, elle retombe dans sa stratégie inspirée de Florian Philippot, de gauche. Elle privilégie le social sur l'identitaire". Au sein du Front national, le sentiment est le même : Marine Le Pen "a démobilisé" jusqu'à des "fidèles (...) Je ne l'aurais pas conduit comme ça", a froidement estimé Bruno Gollnisch sur LCP. "Elle est grillée", lâche un élu. 

Philippot et Maréchal-Le Pen font douter le parti

Florian Philippot a annoncé qu'il quitterait le parti si la question de la sortie de l'euro était abandonnée. D'après lui, "un parti qui défend la nation", ne peut pas "renoncer à un débat qui est essentiel". Sur BFMTV, il déclare : "Je suis pas là pour garder un poste à tout prix et défendre l'inverse de mes convictions profondes (...) Je ne crois pas un seul instant qu'un parti qui défende la nation, la France (...) renonce à un débat qui est essentiel. Je raisonne en termes politiques : on ne peut pas décemment gérer un pays qui ne maîtrise ni ses lois, ni son budget, ni ses frontières, ni sa monnaie. Que la question soit posée, moi, ça me choque pas. Mais je pense qu'on y perdrait en crédibilité. Ceux qui pensent qu'on y gagnerait se trompent". 

Il ajoute : "En face, on serait très légitimes à nous dire : 'Mais alors, vous avez menti aux Français pendant 15 ans. Mais peut-être que vous vous trompez aussi sur les frontières et Schengen, puisque vous vous êtes trompés sur l'euro ?' Vous imaginez dans quel cercle on rentrerait ? Ne croyons pas que faire plaisir à nos adversaires, c'est nous renforcer". 

Autre événement qui pourrait accélérer une refonte du Front national : le retrait de la vie politique de Marion Maréchal-Le Pen. Dans une lettre parue dans Vaucluse Matin mercredi 10 mai, la benjamine de l'Assemblée nationale annonce qu'elle "sort quelques temps" du monde politique. Elle "aspire à travailler" dans "le monde de l'entreprise". "Si nous voulons rendre ses lettres de noblesse à la politique, il faut prouver aux Français qu'il existe aussi des élus libres et désintéressés, refusant de s'accrocher coûte que coûte à leur statut et à leurs indemnités", justifie-t-elle. 

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