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Le portrait de l'enseignant Dominique Bernard affiché sur le mur de la mairie d'Arras.
Crédit : FRANCOIS LO PRESTI / AFP
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La conversation, écoutée par les enquêteurs depuis la prison, date du 21 mai 2025. Iakub Mogouchkov, le père du terroriste de 22 ans, incite son fils à formuler des excuses, des regrets quant à son acte : "Ecoute, Mohammed, lui dit-il, faut pas tout mélanger. Y a pas de honte à dire à la mère ou à ses enfants que tu regrettes." Ce à quoi Mohammed Mogouchkov répond du tac au tac : "Je regrette que votre proche soit en enfer", ou encore : "J'aurais pas voulu être à sa place!"
Dans son interrogatoire le 12 janvier 2026, interrogatoire que RTL a pu consulter, en visioconférence depuis le centre pénitentiaire de Rennes-Vezin, Mohammed Mogouchkov s'explique, et réitère la teneur de ses propos : "Je déplore qu'il soit mort en état d'ingratitude suprême, et il sera vraisemblablement ressuscité dans l'état dans lequel il est mort, en tant que mécréant qui renie son créateur. Mais je n'ai pas à regretter l'action que j'ai faite, assume-t-il. Je n'aurais pas aimé voir mon père mourir en mécréant, donc je trouve ça malheureux pour sa famille."
Un autre échange téléphonique avec son père, datant lui de mai 2024, montre que Mohammed Mogouchkov est très sûr de lui. Son père tente de lui suggérer : "Tu dois dire que tu reconnais ton erreur, que t'as pris conscience d'avoir mal agi. [...] Parce que n'importe quel imbécile sait que ce n'est pas bon, que c'est contraire à l'islam ainsi qu'à nos us et coutumes." Et Iakub Mogouchkov de questionner son fils : "Aller buter un prof d'école ou son voisin parce qu'il est juif, d'où est-ce que t'as sorti ça?" Mohammed Mogouchkov ne se démonte pas, et dit ne faire aucune différence entre le fait d'agir seul ou de faire partie d'une armée : "Le Coran dit qu'on peut le faire tout seul autant qu'en groupe", assure-t-il au téléphone.
Les vingt-deux pages de l'interrogatoire sont à l'avenant. Le jeune homme de 22 ans se montre prolixe sur son acte et la préparation de ce dernier, et revendicatif.
Mohammed Mogouchkov n'a aucune difficulté à reconnaître, par exemple, que l'achat des deux couteaux, acquis selon les investigations les 2 et 12 octobre 2023, soit onze jours et la veille de l'attentat, dans la zone commerciale Auchan voisine pour moins de 20 euros chacun, était bien dans le but de commettre une action violente. "La vérité, l'intention, appuie-t-il, c'est une attaque djihadiste avec l'intention de la guerre et de la violence matérielle. [...] Plus le temps s'approche, plus la volonté s'affine et la date se définit."
Au sujet des couteaux, la complicité du petit frère de Mohammed Mogouchkov, mis en examen pour complicité d'assassinat, et de tentative d'assassinat, en relation avec une entreprise terroriste, et pour association de malfaiteurs terroriste, s'effrite. En effet le petit frère du terroriste, âgé aujourd'hui de 19 ans, avait lui acheté un couteau sur Amazon en septembre 2023, mais il est aujourd'hui prouvé que ce couteau n'a rien à voir avec l'acte.
Par ailleurs, Mohammed Mogouchkov ne cache pas s'être "inspiré", si l'on peut dire, de l'assassinat de Samuel Paty le 16 octobre 2020, jugé en appel en ce moment à Paris. L'exploitation du disque dur interne d'un ordinateur qui se trouvait au domicile familial permet aux enquêteurs de découvrir que le nom Anzorov, l'assassin du professeur d'histoire-géo, "a fait l'objet de plusieurs recherches". Ce qui provoque une question de la juge d'instruction : "Est-ce que vous diriez que vous vous êtes inspiré de l'assassinat de Samuel Paty?" Suscitant cette réponse : "Inspiré, on peut dire, mais dans l'inconscient ou le subconscient."
À une autre question lors du même interrogatoire, Mohammed Mogouchkov évoque de lui-même l'assassinat de Samuel Paty, en le justifiant par le fait qu'il s'agit d'une personne "ayant fait des actes de caricature". A travers Dominique Bernard qui selon les mots du terroriste n'a "pas commis de caricature", Mohammed Mogouchkov a voulu viser l'Etat français, détaille-t-il à la magistrate.
Au cours de sa garde à vue en janvier 2024, un proche de Mohammed Mogouchkov fait part aux enquêteurs de la "haine" de ce dernier "envers les professeurs et l'Education nationale en général", et ce dès "mai-juin 2023". "Nous étions deux cette fois-là, on marchait, on se promenait, on parlait à Arras. On parlait du port du voile dans les écoles [...] Il disait que les professeurs d'histoire mentaient beaucoup sur le passé, et ils parlaient du sujet qui arrangeait la République, [...] vu comment l'école est faite actuellement, elle enlève notre religiosité". Des propos que Mohammed Mogouchlov valide lors de son interrogatoire.
A l'issue de ce long interrogatoire, le conseil de Mohammed Mogouchkov n'a ni questions, ni observations.
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