6 min de lecture Enquête

Affaire Daval : les 7 moments marquants de l’enquête

ÉCLAIRAGE - Pour l'heure, l'instruction est close et un procès est attendu en 2020. L'affaire du meurtre d'Alexia Daval restera un dossier hors-norme marqué par d'innombrables rebondissements.

Jonathann Daval avec la famille de son épouse Alexia, le 5 novembre 2017.
Jonathann Daval avec la famille de son épouse Alexia, le 5 novembre 2017. Crédit : SEBASTIEN BOZON / AFP
Noémie Grinberg Journaliste

Alexia Daval a disparu samedi 28 octobre 2017, dans la matinée. C'est son mari, Jonathann, qui avait donné l'alerte, ne la voyant pas rentrer de son jogging. Deux jours plus tard, le corps de cette conseillère bancaire de 29 ans avait été retrouvé en partie calciné dans le bois d'Esmoulins (Haute-Saône). L’autopsie avait démontré que la jeune femme avait été frappée et asphyxiée.

Un meurtre qui avait bouleversé la commune de Gray et bien au-delà. Plus de 8.000 personnes s’étaient réunies pour une marche silencieuse à la mémoire d'Alexia. Sa famille avait pris la tête du cortège. Beaucoup se souviennent de cette image du mari, du père, de la mère et la sœur de la jeune femme qui avançaient, accablés par la tristesse, en se tenant par la main. 

Dans le même temps, une enquête était ouverte pour retrouver l’auteur du meurtre. Une enquête qui va s’avérer longue, laborieuse, et rencontré de très nombreux rebondissements.  

1. Jonathann Daval, de mari éploré à principal suspect

Le premier rebondissement dans cette affaire, désormais appelée "affaire Daval", c’est sans aucun doute l’arrestation du mari de la victime.  

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Trois mois après la marche silencieuse à l’issue de laquelle il avait déclaré "La force de notre couple nous faisait nous dépasser, dans nos sorties et dans notre vie commune. Cette plénitude me manquera terriblement", Jonathann Daval a été placé en garde à vue. Il a été interpellé par les gendarmes à son domicile de Gray, le 29 janvier. 

Les enquêteurs s'interrogent alors sur l'emploi du temps de Jonathann et sur le déroulement des faits tels qu'il l'a décrit au départ, des incohérences ayant été relevées.

Et à la surprise générale, en garde à vue, l’informaticien de 34 ans est passé aux aveux. Il a reconnu avoir tué sa femme "par accident". Mis en examen pour meurtre sur conjoint, il a été placé en détention provisoire.

2. La "folie médiatique"

"Derrière cette histoire qu'on déroule de manière indécente il y a un homme qui doit bénéficier de la présomption d'innocence". Ce sont les mots de la procureure de Besançon, Edwige Roux-Morizot pour protester contre la "folie médiatique" autour de cette affaire, et rappeler l’un des principes fondamentaux du droit pénal. 

Quelques jours plus tôt, Marlène Schiappa s’était en effet exprimée sur le dossier pour dénoncer la ligne de défense de Jonathann Daval. "Ça n'est pas passionnel, ce n'est pas une dispute, ce n'est pas un drame passionnel, c'est un assassinat (...) il faut arrêter de minimiser les violences conjugales, arrêter de trouver des excuses".

Christophe Castaner avait alors aussitôt réagi, estimant qu’"Un ministre n'a pas à commenter une affaire judiciaire". 

Fait encore plus rare : la défense de Jonathann Daval a également suscité la colère des magistrats. Les déclarations successives de Me Randall Schwerdorffer et Me Ornella Spatafora à la presse, alors que leur client était encore en garde à vue, n’ont pas plu. Le bâtonnier lui-même était intervenu

"J'ai convoqué mes confrères pour, dans un premier temps, leur rappeler les dispositions du code de procédure pénale et les règles déontologiques. Un avocat ne peut pas décider de s’exprimer tous azimuts dans la presse sur un dossier en cours d’instruction", avait indiqué Me Christophe Carré.

3. L’état de santé de Jonathann fait patiner l'enquête

Fin avril 2018, l’état de santé du suspect est préoccupant. Selon son avocat, il va de mal en pis depuis ses aveux. Il a d'abord été mis à l'isolement dans la prison, puis il a été admis fin mars dans l'unité carcérale d'hospitalisation psychiatrique de la maison d'arrêt de Dijon, où il y est particulièrement observé et surveillé par le personnel soignant et carcéral. 

Jonathann Daval est extrêmement amaigri et profondément éprouvé moralement selon son entourage judiciaire. Un tel état qu'il empêche toute poursuite de l'enquête. Il n'a alors été entendu qu'une seule fois par le juge, le 9 mars dernier. 

4. La version du "pacte secret"

Le 27 juin 2018, revirement de situation : Jonathann Daval revient sur ses aveux, nie avoir tué sa femme, et livre au juge une nouvelle version. Selon lui, l'ensemble de sa famille a passé un "pacte secret" pour dissimuler la mort d’Alexia. 

Il explique que le soir du drame, alors que le couple dînait chez les parents d'Alexia avec sa sœur Stéphanie, et son mari Grégory, la jeune femme a fait une crise d'hystérie. En tentant de la maîtriser, son beau-frère, Grégory Gay, l'aurait étranglée - accidentellement, donc. C’est là, que l'ensemble de la famille aurait fait "un pacte secret" pour dissimuler la vérité, a assuré Jonathann au magistrat. 

À la demande de Grégory Gay, des confrontations sont organisées le 7 décembre 2018 dans le bureau du juge d'instruction à Besançon. Pour la première fois, Jonathann Daval a successivement été confronté à Grégory Gay, Stéphanie Gay puis aux parents d'Alexia, l'un après l'autre. C'est lors de son face à face avec sa belle-mère qu'il a fini par avouer, de nouveau, avoir tué son épouse seul

5. Un mystérieux cambriolage au domicile du couple

L'ancienne maison du couple Daval en Haute-Saône a été cambriolée, en mars 2019. C'est une voisine qui a donné l'alerte après avoir constaté que les scellés, posés sur la maison dans le cadre de l'enquête, étaient à terre. 

Un cambriolage au cours duquel des objets surprenants ont été dérobés. Parmi ceux-ci, deux sextoys appartenant à Alexia Daval, révèle Le Journal du Dimanche. Jonathann Daval décrit lui-même, l'un d'eux comme étant "rose classique" et l'autre étant "des boules de geisha argentées". Les cambrioleurs, qui n’ont toujours pas été retrouvés, ont également volé l'alliance de la victime, l'album de photos du mariage du couple, ainsi qu'un caméscope sur lequel étaient enregistrées des vidéos. 

Fait étrange quand on sait que l’enquête a révélé que la vie sexuelle du couple était au cœur de leurs problèmes et suscitaient de nombreuses disputes, et qu'aucun autre objet n'a été dérobé. 

6. Un document retrouvé dans l'ordinateur de Jonathann

Avant que Jonathann Daval ne revienne sur ses déclarations pour avouer le meurtre de sa femme, les enquêteurs ont fait une étrange découverte dans son ordinateur, a révélé l'émission Sept à Huit. Il s’agit d’un document étrange de deux pages, au format word, qui détaille la matinée du samedi 28 octobre 2017

"Lever tous les deux 7 heures et déjeuner ensemble devant série "Grinder". Elle [Alexia, ndlr] a déjeuné un peu de salade de fruits", peut-on lire sur le document. "Avant 9 heures, salle de bains. Elle s'habille en vêtements de sport : débardeur rose, tee-shirt gris, lunette rouge, short noir, chaussettes blanches, baskets roses et gilet de sport coton rose. J'ai vidé le lave-vaisselle, étendu le linge. J'ai pris une douche. 9 heures 15, bisou, câlin. Je suis allé chez mes parents vider le seau à compost, j'ai bu un café avec ma maman. Monsieur Dumont m'a vu sur le rond-point. Je suis allé au bar, boire un café, voir Jean-Pierre. Je suis retourné à la maison, elle n'était toujours pas rentrée. On est allé à la maison, aux urgences, et à la gendarmerie vers 11 heures 45". 

C'est ainsi que Jonathann Daval raconte sa journée du 28 octobre, avec sa femme. Or, l'enquête a établi qu'à cette date, Alexia était déjà décédée.

7. L'hypothèse d’un empoisonnement

C’est le dernier rebondissement en date. La juge d'instruction a clos l'information judiciaire concernant le meurtre d'Alexia Daval en novembre dernier, mais pourrait accepter d'approfondir une hypothèse émise par la famille selon laquelle la victime a été empoisonnée à petit feu.

L’entourage d’Alexia s’interroge sur les traces de médicaments retrouvées dans le corps de la jeune femme. Des analyses ont en effet révélé la présence de trois molécules ingérées régulièrement pendant près d’un an avant sa mort, avec une nette augmentation sur les derniers mois, a révélé Le Parisien

Trois médicaments contre-indiqués en cas de grossesse. Or la famille d’Alexia est formelle : elle était engagée dans un parcours de procréation médicalement assistée (PMA) et désirait tant un enfant, qu’il est inenvisageable qu’elle ait volontairement absorbé ces molécules. 
Il reviendra au magistrat instructeur de donner suite, ou non, à cette hypothèse d’un empoisonnement volontaire de la victime par son mari. Pour l’heure, le procès est prévu courant 2020 devant la cour d'assises de Haute-Saône. 

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