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Syrie : que peut-on espérer du sommet avec Macron, Merkel, Erdogan et Poutine ?

DÉCRYPTAGE - Samedi 27 octobre s'ouvre un sommet international en présence de Macron, Merkel, Poutine et Erdogan. L'ordre du jour est la Syrie, et notamment, le sort de la province d'Idleb.

Le sommet en Syrie se déroule le 27 octobre 2018 à Istanbul
Le sommet en Syrie se déroule le 27 octobre 2018 à Istanbul Crédit : Montage RTL
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Cécile De Sèze
Journaliste RTL

Sept ans après la première révolte pacifique populaire qui s'est transformée en répression sanguinaire par le régime sur la population, la guerre en Syrie va-t-elle enfin prendre fin ? Samedi 27 octobre, quatre chefs d'État se réunissent à Istanbul pour discuter du sort des Syriens et notamment de la province d'Idleb, dernier bastion rebelle. 

Emmanuel Macron, Angela Merkel, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan discuteront aussi du processus politique censé aboutir à un règlement au conflit.


Pour le moment, à Idleb, le massacre attendu a été évité grâce à la volonté des Turcs de ne surtout pas aggraver la situation à sa frontière, de peur de devoir accueillir 3 millions de réfugiés supplémentaires. Ankara a donc réussi à éviter le bain de sang annoncé par le régime et ses alliés russes et iraniens. 

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Le processus politique toujours impossible

Que peut-on espérer de ce sommet ? Pour les experts, pas grand chose. Pierre Puchot, co-auteur d'Une Histoire du jihad en France et journaliste spécialiste du Moyen-Orient, explique à RTL.fr que "le lancement effectif d'un processus politique inclusif", comme le souhaite l'Élysée, est compliqué, si ce n'est impossible. 

"L'objectif de Bachar al-Assad est d'être maintenu au pouvoir" et "le fait même d'un processus politique inclusif est contraire aux objectifs de Bachar al-Assad et sa famille". De même, de l'autre côté, la condition de la rébellion a toujours été d'accepter les discussions, à la seule condition : le départ du président-dictateur syrien. Les auteurs de Dans la tête de Bachar al-Assad (Actes Sud) vont encore plus loin et décrivent une volonté du chef d'État de diriger une société homogène, en éliminant toute dissonance à la voix principale du régime, qu'elle soit politique ou confessionnelle.

Pierre Puchot prévoit - même s'il insiste sur le fait qu'il est toujours très compliqué de prédire ce qu'il peut se passer dans ce genre de rendez-vous - "un sommet a minima, sauf pression énormes des Turcs, Russes et Iraniens sur le régime syrien". C'est en effet eux qui ont les clefs en main en Syrie, les deux derniers car ils l'ont sauvé en apportant une aide militaire et paramilitaire à l'armée syrienne, le premier car il s'est installé sur toute une région du nord-est du pays. Le régime dépend d'eux, il est "obligé de tenir compte des Russes et des Turcs". 

"Peut-être qu'ils peuvent espérer l'arrêt du processus de reconquête du pays" engagé par Bachar al-Assad - désormais "omnipotent sur le territoire syrien -, défend le journaliste spécialisé. Mais "la situation est limpide : le régime est en position de force depuis des années".

Au mieux, la prolongation de la trêve à Idleb

Alors au mieux, ce sommet permettra d'obtenir la prolongation de la trêve à Idleb, avance Pierre Puchot. D'ailleurs, Emmanuel Macron a établi comme condition pour sa venue au sommet que la région ne soit pas le théâtre d'une offensive du régime. 

Cet accord conclu entre Ankara et Moscou sur la création d'une zone tampon dans la province d'Idleb a été décidé à Sotchi le 17 septembre. Il a pour objectif d'éviter une offensive de l'armée syrienne. En contre partie, les jihadistes de HTS (Hayat Tahir al Sham), présents dans la province, devaient déposer leurs armes lourdes.

Une trêve à laquelle tient beaucoup Ankara qui est devenu central dans le conflit. "La Turquie a une position plus forte qu'avant, Erdogan a su se placer au centre du jeu diplomatique", analyse Pierre Puchot. Un poids renforcé avec le poids qu'a pris la parole du président turc depuis l'affaire Khashoggi avec l'Arabie saoudite. En devenant centrale, la Turquie est un "partenaire possible pour l'Occident et joue cette carte de l'équidistance". "Ce n'est pas pour rien que le sommet se déroule à Istanbul".

"Si le sommet a lieu, c'est que l'ensemble des partis peuvent en tirer quelque chose", ajoute-t-il en précisant que "le conflit syrien est souvent le cadre de négociations pour parler d'autre chose, comme les relations États-Unis/Iran ou Russie/États-Unis". "Le conflit est pris en otage par d'autres considérations".

Quels rôles peuvent jouer Macron et Merkel ?

Présents autour de la table des discussions, Angela Merkel et Emmanuel Macron représenteront l'Occident, et plus particulièrement l'Europe. Ils comblent ainsi le fauteuil laissé vacant par les États-Unis, explique encore Pierre Puchot. "En essayant de participer, elle donne l'image que l'Europe tente d'aboutir à un processus politique", poursuit-il. 

Déjà en avril dernier, quand la France a décidé de frapper la Syrie en conséquence à l'utilisation des armes chimiques, Ariane Bonzon, spécialiste de la Turquie, expliquait à RTL.fr qu'Emmanuel Macron cherchait à rallier les Turcs du côté occidental de la table. Pourtant, à cette époque, Wassim Nasr, journaliste à France 24, nous affirmait déjà que la Turquie était "main dans la main" avec les Iraniens et les Russes depuis mi-2016". 

Alors même si "l'Europe reste l'Europe, avec une voix à l'ONU et au conseil de sécurité de l'ONU, elle n'a pas le poids des États-Unis, lance à son tour Pierre Puchot. Le vrai poids est à Téhéran, Moscou et Ankara".

Emmanuel Macron et Angela Merkel ne pourront pas imposer un processus politique. D'autant que, comme le disait encore Wassim Nasr en avril, "détrôner Bachar al-Assad a été abandonné par tout le monde" car "plus aucune faction rebelle est en capacité de faire changer le régime".

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2018-10-26 16:55:00
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