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Donald Trump et Ali Khamenei
Crédit : AFP / Montage RTL.fr
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Donald Trump multiplie les menaces contre l'Iran depuis le début du mouvement de contestation le 28 décembre 2025. Ce mardi 13 janvier, le président américain a encore assuré que les États-Unis agiraient "de manière très forte" si les autorités iraniennes commençaient à exécuter des personnes arrêtées lors des manifestations qui secouent le pays. Téhéran accuse, de son côté, Washington de chercher un "prétexte" en vue d'une intervention militaire.
"L'Iran et les États-Unis ont une histoire commune de rivalité extrêmement forte et ancienne", rappelle Bernard Hourcade, chercheur au CNRS et spécialiste de l'Iran, interrogé par RTL.fr. Depuis la Révolution islamique et la crise des otages de 1979, où des diplomates et civils américains ont été retenus à l'ambassade de Téhéran par des étudiants, les relations sont hostiles entre la République islamique et les États-Unis, considérés par Téhéran comme le "Grand Satan".
Le conflit a été ravivé par le programme nucléaire iranien dans les années 2000. Les sanctions américaines et européennes plongent alors l'Iran dans une profonde crise économique. En 2015, un accord est toutefois signé sous l'administration Obama, qui permet d'alléger progressivement les sanctions internationales et met le conflit sur pause. Un consensus qui a été rompu par Donald Trump dès son premier mandat, en 2018. L'ONU a également rétabli, fin septembre 2025, des mesures punitives internationales liées au programme nucléaire iranien.
Face à la répression actuelle, le président américain se présente en sauveur des Iraniens, qui espèrent la chute du régime des Mollah, avec des intérêts stratégiques et économiques majeurs en toile de fond. Selon Cyrille Bret, géopoliticien et expert à l'institut Montaigne, interrogé par RTL.fr, il s'agit notamment de la "lutte contre la prolifération nucléaire, le soutien à l’allié saoudien et la maîtrise des flux pétroliers".
L'Iran possède la troisième plus grande réserve mondiale de pétrole, derrière l'Arabie Saoudite (267 milliards) et le Venezuela qui dispose des plus grandes réserves prouvées de brut du monde avec plus de 300 milliards de barils. Après la capture du président vénézuélien par les États-Unis, Donald Trump dispose désormais d’une marge de manœuvre accrue sur le contrôle de l'or noir du pays.
"Si les États-Unis contrôlent ensuite le pétrole iranien, ils contrôlent la majorité des réserves de pétrole mondiales", estime Bernard Hourcade, chercheur au CNRS. Outre le pétrole, l’Iran représente un enjeu stratégique majeur pour sa capacité nucléaire, avec des quantités d'uranium enrichi très élevées et d’un parc de centrifugeuses qui lui permet de se rapprocher rapidement techniquement de l'arme nucléaire.
L'intérêt de Donald Trump pour ce mouvement de contestation du régime s'explique aussi par l'ombre de son grand rival dans la région, la Chine. Pékin est en effet le premier importateur mondial de pétrole et le principal partenaire commercial de Téhéran. Donald Trump a annoncé lundi que tout pays commerçant avec l'Iran serait frappé de droits de douane de 25% par les États-Unis. La Chine, particulièrement touchée, défendra "résolument" ses intérêts, a répondu Pékin.
En 2024, plus d’un quart du commerce de l’Iran s’est fait avec la Chine, selon l’Organisation mondiale du commerce, pour environ 18 milliards de dollars d’importations et 14,5 milliards de dollars d’exportations. "D'un point de vue économique, l'Iran est en train de passer sous l'influence chinoise et peut devenir un hub important au Moyen-Orient vers l'Europe", explique Bernard Hourcade.
Influencer le commerce iranien est donc devenu un enjeu stratégique pour Washington, ce qui pourrait peser sur l’approvisionnement pétrolier chinois. "Pour contrer la Chine, c'est essentiel pour les États-Unis de contrôler l'Iran car cela permettrait de contrôler l'approvisionnement du pétrole iranien à Pékin, comme ils viennent de le faire au Venezuela", pointe le chercheur. Principale cliente du pétrole vénézuélien sous l'ère Nicolas Maduro, la Chine a importé environ 400.000 barils par jour de pétrole vénézuélien l'an dernier, d'après des données de la plateforme d'informations commerciales Kpler. C'est plus de la moitié des exportations de brut du Venezuela, selon les estimations.
Ainsi, pour Donald Trump, l’Iran pourrait devenir, avec ses richesses en hydrocarbures et ses 90 millions d’habitants dont le niveau d’instruction est élevé, un terrain économique favorable et un moyen de contrer les ambitions chinoises. Israël, lui, multiplie les appels aux États-Unis pour qu’ils interviennent militairement. "À mon sens, Donald Trump ne veut pas tuer l'Iran. Il veut garder des relations apaisées et montrer que l'Amérique est forte, se plaçant comme un faiseur de paix", analyse Bernard Hourcade.
D'après le chercheur, les États-Unis étaient sur le point de signer un accord avec l'Iran, en juin 2025, avant les frappes israéliennes sur des installations nucléaires et militaires en Iran. "Israël est un allié bien encombrant", note-t-il, mais un allié majeur des États-Unis, qui les ont suivi dans les bombardements en 2025. Une démonstration de force menée par le président américain "pour arrêter la guerre", selon ses termes.
"Lutter contre le régime iranien et militer pour son renversement, c’est aussi soutenir Israël et c’est 'finir le travail' des bombardements contre les installations nucléaires iraniennes", souligne Cyrille Bret. D'après l'expert, l'engagement public du président des États-Unis contre la répression iranienne répond également à des "intérêts politiques MAGA (Make America Great Again) plus conjoncturels".
"Pour l’administration Trump, le dossier iranien est un test politique", affirme-t-il auprès de RTL.fr. Donald Trump "se présente en faucon" concernant l'Iran, en vue des midterms, les élections de mi-mandat organisées aux États-Unis en novembre. Électoralement, il espère ainsi gagner une "unité du camp républicain dans la lutte contre le régime iranien". Politiquement, il vise "un soutien de l'électorat juif américain". Enfin, stratégiquement, il recherche une "recomposition du Moyen-Orient à son profit en cas d’affaiblissement voire de disparition du régime iranien".
Quelles que soient les ambitions américaines, pour Bernard Hourcade, c'est aussi dans cette relation indirecte entre les États-Unis et l'Iran que se trouve la "clé durable" pour mettre fin à la répression, au grand dam d'Israël.
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