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Des manifestants brandissent des drapeaux iraniens de l'époque Pahlavi lors d'une manifestation contre le gouvernement iranien sur la place Stephansplatz à Vienne, en Autriche, le 11 janvier 2026.
Crédit : Joe Klamar / AFP
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L'Iran a été mis hors ligne. Alors que le mouvement de contestation du régime prend de l'ampleur, le pays est coupé de toutes communications internet depuis 84 heures, selon l'ONG Netblocks, un organisme de surveillance de la cybersécurité. Cette coupure a été imposée le 8 janvier après des manifestations nocturnes, les plus importantes depuis le début de la nouvelle vague de contestation qui secoue le pays, le 28 décembre 2025, lancées à l'appel de Reza Pahlavi, fils exilé du dernier chah d’Iran, et des partis politiques kurdes.
Déclenché à Téhéran par des commerçants furieux contre la vie chère, ce mouvement de contestation aspire surtout à la chute du régime des mollahs, incarné par l'ayatollah Ali Khamenei. Selon les défenseurs des droits de l'homme, ce blocage d'internet vise à masquer l'étendue de la répression, alors qu'au moins 192 personnes sont mortes depuis le 28 décembre.
Ce n'est pas la première fois que le gouvernement iranien bloque l'accès à internet dans son pays pour museler la population. C'était déjà le cas 2019, puis en 2022, contre le mouvement "Femme, vie, liberté" lancé après la mort en septembre de la jeune Kurde Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs pour avoir prétendument enfreint le code vestimentaire imposé aux femmes.
Un black-out d'envergure qui est mis en œuvre de manière "centralisée par les autorités iraniennes", explique Alp Toker, directeur de Netblocks à RTL.fr. Selon lui, l'efficacité des restrictions par le régime des mollahs s'est "améliorée" depuis des années. "Le blackout de 2019 a pris à l'Iran plusieurs heures, voire des jours, pour être mis en place, alors que nous avons vu le 8 janvier passer rapidement d'une coupure des télécoms provinciales à une coupure nationale", note le représentant de l'ONG.
D'après Alp Toker, le blocage total des communications est possible notamment grâce à la centralisation des réseaux. "Avec le temps, presque tous les réseaux en sont venus à transiter par la passerelle nationale iranienne ou à se retrouver sous contrôle central. Par le passé, il existait des moyens de contournement par le tunneling, en utilisant les connexions du réseau filaire existant. Cependant, en 2026, ces failles ont pour la plupart été comblées", explique-t-il.
Selon Amir Rashidi, expert iranien des droits numériques, l'Iran travaille depuis des années à concevoir un service internet similaire à celui de la Chine, qui peut couper les utilisateurs nationaux du monde extérieur. "Dès le début de la coupure, 90% du trafic internet vers l’Iran s’est arrêté. Les appels internationaux vers le pays semblaient bloqués et les téléphones mobiles iraniens étaient hors service", dit-il dans les colonnes du quotidien britannique The Guardian.
"Il s'agit de la pire coupure d'Internet de l'histoire de l'Iran", confirme Ali Tehrani, directeur des opérations de Psiphon, un outil anti-censure open source largement utilisé en Iran, auprès du média Iran International.
Face à cette censure, certaines images arrivent dans les mains des journalistes, grâce à Elon Musk. En effet, Starlink, le réseau de communication par satellite développé par SpaceX, l'entreprise fondée par le milliardaire, fournit un accès Internet direct sur place, sans passer par le réseau iranien. Une partie de ces signaux est toutefois brouillée par des équipements militaires, et le niveau de service varie selon l'emplacement.
"Les terminaux Starlink restent efficaces, mais sont désormais brouillés en Iran, tout comme ils l'étaient par la Russie lorsque l'Ukraine les a déployés en première ligne", souligne Netblocks auprès de RTL.fr.
D'autres outils permettent de contourner le blocage, tels que le recours à un tunnel ou à VPN. "Mais ces méthodes peuvent être détectées. Les signaux satellites peuvent être triangulés", prévient Alp Toker. Et d'alerter : "Chaque mécanisme de communication comporte des risques. Pour les habitants des provinces, atteindre la frontière est peut-être l'option la plus sûre." Dans certains cas, des Iraniens ont réussi à diffuser l'information en se rendant aux frontières et en se connectant à des antennes-relais étrangères depuis les pays voisins.
Pour autant, dans ce black-out généralisé, le guide suprême de l'Iran Ali Khamenei continue de poster des messages sur X. "C'est ce qui rend cette panne d'électricité différente des précédents blocages d'Internet en Iran", souligne Doug Madory, expert en systèmes Internet auprès du Guardian. "Elle est plus vaste, mais semble également plus affinée, ce qui signifie potentiellement que Téhéran sera en mesure de le maintenir plus longtemps", explique le spécialiste.
Le gouvernement iranien pourrait avoir mis certains sites sur liste blanche, permettant ainsi à des responsables et institutions de continuer à accéder à Internet. "S'il veut diffuser sa propagande, il doit avoir accès à Telegram, à Twitter et à Instagram", affirme Amir Rashidi.
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