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Éthiopie : Abiy Ahmed, de Prix Nobel de la paix à chef de guerre

Le Prix Nobel de la paix 2019 mène aujourd'hui une offensive dans son pays contre le Front de libération du Peuple du Tigré.

Abiy Ahmed le 28 mars 2018
Abiy Ahmed le 28 mars 2018 Crédit : SAMUEL GEBRU / AFP
Coline Daclin et AFP

En octobre 2019, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed se voyait décerner le prix Nobel de la paix. Le célèbre comité avait choisi de récompenser son accord de paix avec l'Erythrée voisine et ses réformes démocratiques. Un peu plus d'un an plus tard, Abiy Ahmed lance une campagne militaire au sein même de l'Éthiopie, contre la région dissidente du Tigré, au nord du pays.

La première offensive a eu lieu le 4 novembre dernier. Le bilan des combats depuis est encore inconnu, mais il y aurait au moins des centaines de morts, et 40.000 habitants du Tigré se seraient réfugiés au Soudan voisin. Ce jeudi 26 novembre, le Premier ministre éthiopien lance une nouvelle offensive, "la dernière phase" de son opération militaire selon lui. Une opération qu'il a toujours qualifiée jusqu'à maintenant d'"opération de maintien de l'ordre". 

Des tensions qui durent depuis plusieurs mois

En 2018, l'élection d'Amiy Ahmed avait soufflé un vent de nouveauté sur l'Éthiopie. En plus de son action auprès de l'Érythrée, il nomme un gouvernement paritaire, lance des réformes de libéralisation de l'économie... Il est aussi le premier chef du gouvernement à être issu de l'ethnie oromo, la plus importante du pays. Avant lui, le Front de libération du Peuple du Tigré (TPLF), qui représente la minorité tigréenne, avait dirigé le pays pendant près de 30 ans.

Mais rapidement après son élection, les violences ethniques reprennent, rapporte le Nouvel Obs. Entre le gouvernement fédéral et la région du Tigré, les tensions durent ainsi depuis plusieurs mois. Elles ont culminé le 9 septembre lorsque les autorités du Tigré, menées par le TPLF, ont organisé une élection législative, alors que celle-ci a été reportée au niveau national à cause de l'épidémie de Covid-19. Une manière pour la région d'affirmer son indépendance. Mais pour le gouvernement, le TPLF a violé la Constitution. 

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Pour justifier sa première offensive, le gouvernement éthiopien a assuré répondre aux attaques de deux bases militaires de la région par les forces du TPLF. Le problème, c'est que les affirmations de chaque camp sont invérifiables car le Tigré étant quasiment coupé du monde depuis le début du conflit. 

Le comité Nobel "profondément préoccupé"

La communauté internationale a bien tenté d'apaiser la situation. Le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres, les États-Unis et l'Union européenne (UE) ont appelé à la fin des combats. L'ONU s'est inquiétée de possibles "crimes de guerre" et l'Union africaine a proposé une médiation. Sans succès. Amiy Ahmed a proposé un ultimatum de 72 heures aux autorités du Tigré, et a demandé à la communauté internationale de se garder de toute "interférence dans les affaires internes" de son pays. 

Pour Eloi Ficquet, maître de conférences à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales (EHESS), "le Comité Nobel norvégien a fait preuve de myopie" en nommant Abiy Ahmed Prix Nobel de la Paix. "Il s’est laissé séduire par une communication huilée et une image de bon élève de la classe sur la scène internationale", a assuré le chercheur dans le Nouvel Obs début novembre.

De son côté, le comité Nobel s'est dit lundi 23 novembre "profondément préoccupé" par la situation en Éthiopie et a appelé les deux parties à la désescalade. Pour autant, il ne revient pas sur sa décision. "Le comité estimait en 2019 et estime toujours qu'Abiy Ahmed était, parmi les plus de 300 candidats proposés [pour le prix, NDLR] celui qui remplissait le mieux" les critères de la récompense, a déclaré le comité dans un communiqué. 

Actuellement, si certains lauréats du prix Nobel ont ensuite été contestés, comme la femme d'État birmane Aung San Suu Kyi, les statuts Nobel ne permettent pas de retirer la récompense. 

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