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Chine-États-Unis : les 9 lignes de front de la nouvelle "guerre froide"

ÉCLAIRAGE - Mercredi 22 juillet, Washington a ordonné à Pékin de fermer son consulat à Houston, accusé d'être un "épicentre" de l'espionnage de la Chine aux États-Unis. Un nouveau pallier a été franchi dans le refroidissement des relations entre les deux superpuissances. Retour sur les différents fronts de cette nouvelle "guerre froide".

Le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping lors du sommet du G20 à Osaka le 29 juin 2019.
Le président américain Donald Trump et le président chinois Xi Jinping lors du sommet du G20 à Osaka le 29 juin 2019. Crédit : Brendan Smialowski / AFP
Thomas Pierre
Thomas Pierre et AFP

Un vent glacé souffle depuis un certain temps sur les relations sino-américaines. Les tensions entre Pékin et Washington se sont encore dégradées mercredi 22 juillet avec la demande américaine de fermeture du consulat chinois de Houstonaccusé d'être le "cœur" d'un "réseau d'espions". Un nouvel incident qui constitue une marche supplémentaire dans l'escalade de ce conflit larvé entre les deux superpuissances. 

Ces dernières semaines, un engrenage de sanctions, représailles et contre-représailles a alimenté l'actualité à un rythme soutenu. Nul doute que la Chine devrait occuper une bonne place dans la campagne présidentielle entre Donald Trump, qui présente son adversaire démocrate Joe Biden comme faible face à Pékin. 

Mais la confrontation entre Chinois et Américains couve depuis un certain temps déjà et est encore appelée à durer, bien au-delà du scrutin du 3 novembre. Hong Kong, origine du nouveau coronavirus, piratage de vaccins, répression des Ouïghours, Huawei... Les pommes de discorde se multiplient entre les États-Unis et la Chine, déjà engagés depuis 2018 dans une guerre commerciale. 

Retour sur les 9 différents fronts de cette nouvelle "guerre froide". 

1 - Coronavirus

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En mars, Donald Trump suscite l'ire de la Chine en employant la formule "virus chinois" pour nommer le nouveau coronavirus. Côté chinois, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères se fait l'écho d'une théorie selon laquelle l'armée américaine aurait importé le virus en Chine.

Cette guerre des mots conduit à l'expulsion de journalistes américains en Chine et à la réduction du nombre de Chinois autorisés à travailler pour des médias de Pékin aux États-Unis. En mai, Pékin pointe "des erreurs et des lacunes" dans la gestion américaine de l'épidémie. 

Donald Trump réplique que "c'est 'l'incompétence de la Chine' qui a provoqué cette tuerie de masse mondiale". Il accuse les autorités chinoises d'avoir dissimulé l'ampleur de l'épidémie, apparue fin 2019 dans la ville de Wuhan (centre de la Chine), facilitant ainsi sa propagation. 

2 - Piratage de vaccins

La police fédérale américaine (FBI) accuse en mai des pirates informatiques, des chercheurs et des étudiants proches de la Chine de voler des informations d'instituts universitaires et de laboratoires publics au profit de Pékin. 

La Chine crie à la "diffamation". Deux Chinois sont inculpés le 21 juillet aux Etats-Unis, accusés d'avoir mené des attaques informatiques notamment contre des entreprises engagées dans la recherche d'un vaccin.

3 - Hong Kong

En représailles à une loi sur la sécurité nationale imposée par Pékin à Hong Kong, Washington révoque le statut commercial préférentiel accordé à l'ex-colonie britannique, restreint les visas pour les responsables chinois accusés de "remettre en cause" l'autonomie du territoire et arrête la vente d'équipements de défense sensibles à Hong Kong. La Chine a promulgué la loi fin juin, arrêtant des manifestants dès le lendemain.

4 - Persécution des Ouïghours

Les États-Unis infligent début juillet des sanctions à plusieurs dirigeants de la région du Xinjiang (nord-ouest), accusés de "graves atteintes" aux droits humains, puis placent onze entreprises chinoises, soupçonnées de participer à la persécution de la minorité ouïghoure, sur une liste noire limitant leur accès à des technologies et produits américains.

Washington accuse la Chine d'avoir interné dans le Xinjiang au moins un million de musulmans. La Chine dément et parle de centres de formation professionnelle, destinés à aider la population à trouver un emploi pour l'éloigner de la tentation de l'extrémisme islamiste.

5 - Guerre commerciale

Les États-Unis, qui jugent déséquilibrée leur balance commerciale avec la Chine, lui déclarent la guerre commerciale en mars 2018. C'est rapidement l'escalade, à coups de taxes douanières punitives sur des centaines de milliards de dollars d'échanges bilatéraux.

De trêves en reprises des hostilités, les deux superpuissances finissent par signer en janvier 2020 un accord préliminaire, où Pékin s'engage à accroître de 200 milliards de dollars sur deux ans ses achats de produits américains. En juillet, Donald Trump dit ne pas envisager "pour le moment" de deuxième phase à l'accord, les relations étant "gravement endommagées".

6 - Huawei

Les accusations américaines contre le géant chinois des télécoms Huawei sont nombreuses : espionnage potentiel au profit de Pékin, atteintes aux droits humains en permettant au régime chinois de surveiller des dissidents et de mettre en place des technologies de surveillance à grande échelle dans le Xinjiang, non-respect de l'embargo envers l'Iran...

Washington multiplie les sanctions contre l'entreprise et fait pression sur ses alliés pour qu'ils rejettent Huawei, leader mondial de la 5G. La Chine dénonce "des coups bas".

7 - Tensions en Mer de Chine

Début juillet, le Pentagone se dit "préoccupé" par des exercices militaires chinois autour de l'archipel des Paracels, contrôlé par Pékin en mer de Chine méridionale mais également revendiqué par le Vietnam et Taïwan.

Les jours suivants, deux porte-avions américains mènent des exercices dans la même zone, pour défendre le principe d'une zone indo-pacifique "libre et ouverte". Afin de tenir tête à Pékin, Washington y conduit régulièrement des opérations baptisées "liberté de navigation".

8 - Armes nucléaires

Début juillet, Pékin refuse de rejoindre les discussions américano-russes sur la réduction de leurs arsenaux nucléaires. Les États-Unis veulent inclure la Chine dans les négociations, estimant que sa capacité nucléaire est en rapide expansion, mais Pékin rétorque avoir un arsenal sans commune mesure avec les deux ex-rivaux de la Guerre froide.

9 - Course vers Mars

Le géant asiatique a lancé jeudi 16 juillet avec succès une sonde qui va parcourir un long voyage jusqu'à la planète rouge. Ambitieuse, la Chine espère faire lors de cette première tentative indépendante presque tout ce que les États-Unis ont réalisé en plusieurs missions martiennes depuis les années 1960 : placer une sonde en orbite, poser un atterrisseur sur Mars, puis en faire sortir un petit robot téléguidé pour y mener des analyses. 

Cette mission offre aussi un regain de prestige à Pékin face à Washington, et constitue le dernier avatar en date de l'intense rivalité entre les deux géants du Pacifique. Une concurrence sino-américaine qui évoque ici-aussi la course à l'espace entre l'URSS et les États-Unis à l'époque de la Guerre froide.

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