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Chine : 5 questions sur les persécutions des Ouïghours

La situation des Ouïghours en Chine revient sur le devant de la scène en raison des prises de position de certains gouvernements, dont la France.

Un "centre" suspecté de détenir des Ouïghours, près de Hotan, dans le Xinjiang, ici en mai 2019
Un "centre" suspecté de détenir des Ouïghours, près de Hotan, dans le Xinjiang, ici en mai 2019 Crédit : GREG BAKER / AFP
Coline Daclin et AFP

"Déportation", "massacre", "internement", "trafic d'organes" ou encore "génocide". Les mots pour parler des persécutions des Ouïghours en Chine sont forts. Sur les réseaux sociaux, de nombreuses images parfois choquantes circulent sur le sort de cette minorité chinoise. Pour autant, peu d'actions sont prises par les gouvernements et la communauté internationale pour sanctionner le gouvernement chinois. Dans son dossier du 20 juillet consacré à la question ouïghoure, Libération parle même d'un "silence assourdissant".

D'autant plus que la Chine nie en bloc les accusations dont elle fait l'objet. Ce mercredi, le gouvernement chinois a parlé de "mensonges" au sujet des critiques de la France sur la situation des Ouïghours

Devant l'Assemblée nationale, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, avait jugé mardi "inacceptable" l'internement de membres de la minorité ouïghoure et avait évoqué "des détentions massives, des disparitions, du travail forcé, des stérilisations forcées, la destruction du patrimoine culturel ouïghour et en particulier des lieux de culte, la surveillance de la population et plus globalement tout le système répressif mis en place dans cette région". Le ministre avait également réclamé "l'accès d'observateurs indépendants internationaux au Xinjiang", la région du nord-ouest du pays où la situation des Ouïghours est préoccupante. 

Pour mieux comprendre ce qu'il se passe, on revient en 5 questions sur la situation dans cette région de la Chine.

1. Qui sont les Ouïghours ?

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Les Ouïghours sont un peuple turcophone, à majorité des musulmans sunnites, qui vivent principalement dans la région du Xinjiang, en Chine. Ils ont leur propre langue et constituent le principal groupe ethnique de la région. Mais depuis les années 1950 environ, le gouvernement chinois a incité une autre ethnie chinoise, les Hans, à s'installer dans la région. En 70 ans, la population de Hans dans le Xinjiang a tellement augmenté qu'elle est aujourd'hui presque égale au nombre de Ouïghours. 

2. Pourquoi sont-ils persécutés en Chine ?

Le Xinjiang fait l'objet de volontés indépendantistes depuis de nombreuses années, ce que le gouvernement chinois n'accepte pas. Des tensions se sont développées entre les Ouïghours et les Hans au fil des années, menant des extrémistes religieux à rejoindre le Parti islamique du Turkestan, affilié à Al-Qaïda. Plusieurs attentats islamistes ont ainsi eu lieu dans les années 2010. Depuis, quand des attentats frappent la région, Pékin les attribue à des séparatistes ou des islamistes ouïghours

En 2016, la situation s'aggrave, avec la nomination de Chen Quanguo à la tête de la région du Xinjiang. Cet ancien militaire, qui avait déjà œuvré au Tibet, développe des camps dits de "rééducation" pour les Ouïghours, qui sont en fait des camps d'internement.

3. De quel type de répression parle-t-on ?

D'abord, il y a la répression de la police. Au nom de la lutte contre le terrorisme, de nombreux Ouïghours sont tués par des opérations des forces de l'ordre

Puis il y a les camps d'internement. Selon des experts et organisations des droits de l'homme, au moins un million de Ouïghours et d'autres minorités essentiellement musulmanes sont ou ont été internés dans des camps. Dans une interview accordée à l'AFP, la journaliste et anthropologue Sylvie Lasserre, auteure de Voyage au pays des Ouïghours (Hesse, 2020) raconte qu'il y a dans certains "du travail forcé" et d'autres, "plus horribles où ils sont entassés, sans place pour seulement dormir, sans eau pour se laver, avec de la torture". Une fois libérés, les Ouïghours n'ont par ailleurs pas le droit de quitter le pays et de témoigner. 

Quelques témoignages arrivent tout de même jusqu'à chez nous. Mardi, Libération a ainsi publié celui de Qelbinur Sidik Beg, une femme ouïghoure exilée en Europe. Elle raconte la torture, les viols, les cellules surchargées dans lesquelles les conditions de vie sont inhumaines, ainsi que les campagnes de stérilisation forcées opérées dans ces camps. Un témoignage qui amène le quotidien à parler de "génocide". En effet, le fait de prendre des mesures pour "entraver les naissances" au sein d'un groupe fait partie des critères retenus par l'ONU pour qualifier un génocide. 

4. Y a-t-il vraiment des trafics d'organes ?

C'est en tous cas ce que montre une enquête de Vice. Selon le média en ligne, les Ouïghours serviraient de "banque à organes". Leurs organes, dits "halal", seraient prélevés de force et revendus dans les pays du Golfe. L'enquête repose sur des témoignages de Ouïghours recueillis par des journalistes et par le China Tribunal, une association non-gouvernementale qui enquête sur le trafic d'organes en Chine, ainsi que sur ceux des journalistes eux-mêmes et d'un ancien médecin ouïghour. Un appel téléphonique de l'ancien ministre de la Santé chinois est aussi évoqué : dans cet appel, le ministre parle du trafic d'organes des Falun Gong, un mouvement spirituel qui fait aussi l'objet de répression en Chine. Enfin, la journaliste de Vice a travaillé à partir d'éléments de l'enquête du député européen Raphaël Glucksmann sur le sujet.

L'article de Vice est toutefois contesté par certains journalistes, comme le correspondant du Monde à Shanghai, Simon Leplâtre. Dans un contexte politique aussi fermé que la Chine, il est en difficile de savoir ce qu'il en est vraiment. 

En attendant, les sénateurs belges ont demandé le 12 juin dernier l'ouverture d'une enquête de la part des Nations Unies sur le sujet. Raphaël Glucksmann demande aussi la mise en place d'une une commission d'enquête internationale.

5. Quelle réaction de la part des États ?

En France, en plus de la récente prise de parole de Jean-Yves Le Drian, le ministre de l'économie Bruno Le Maire avait parlé mardi sur franceinfo d'une pratique "révoltante et inacceptable, et [que] nous condamnons fermement". Cette question "doit évidemment faire partie de la discussion que nous avons avec nos partenaires chinois", a ajouté le ministre. Mais il ne s'est pas prononcé sur l'existence d'éventuelles importations de France de masques qui seraient fabriqués dans des centres d'internement forcé en Chine. 

Outre-Atlantique, les États-Unis ont annoncé lundi qu'ils plaçaient onze entreprises chinoises sur une liste noire. Quant au Royaume-Uni, son chef de la diplomatie, Dominic Raab, a accusé dimanche la Chine de commettre des "atteintes graves, choquantes aux droits de l'Homme" à l'encontre de cette minorité musulmane turcophone. 

Au début du mois de juillet, 22 pays parmi lesquels la France, l'Australie, le Royaume-Uni, la Suisse, le Danemark, la Nouvelle-Zélande, le Japon, la Norvège et les Pays-Bas, ont adressé une lettre à l'ONU pour dénoncer la situation dans le Xinjiang. De l'autre côté, 46 pays, dont la Biélorussie, l'Egypte, les Philippines, la Russie, l'Arabie saoudite et l'Iran ont soutenu la Chine devant l'ONU. "Nous apprécions l'ouverture de la Chine et sa transparence [...] Nous demandons instamment de s'abstenir de faire des allégations non fondées contre la Chine sur la base de la désinformation", écrivent les signataires.

Pour sa part, la Chine reste sur la même ligne de communication : elle se défend toujours de viser un "groupe ethnique spécifique" ou une religion. Ce mercredi, le porte-parole de Pékin a assuré qu'il était uniquement question de lutte contre "le terrorisme et le séparatisme".

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