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ÉDITO - Guerre en Ukraine : "La mondialisation est en train de voler en éclats", affirme Lenglet

Pour François Lenglet, "la guerre en Ukraine, c’est la chute du Mur en inversé, c’est le rétablissement du rideau de fer".

Un tank russe près de Marioupol en Ukraine
Un tank russe près de Marioupol en Ukraine
Crédit : HANDOUT / RUSSIAN DEFENCE MINISTRY / AFP
La souveraineté revient au détriment de la mondialisation
00:03:46
La souveraineté revient au détriment de la mondialisation
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François Lenglet - édité par Lison Bourgeois

Alors que Joe Biden déclare un embargo sur le pétrole russe, il est tant de se replacer dans un classique. C’est un opuscule qui s’appelle "les conséquences économiques de la paix", écrit en 1930 par le grand économiste britannique Keynes. Keynes raconte la vie d’un Anglais en 1913, juste avant la Première Guerre mondiale. Je vous le lis : "un habitant de Londres pouvait, en dégustant son thé du matin, commander, par téléphone, les produits variés de toute la terre, en telle quantité qui lui convenait, et s’attendre à les voir déposés devant sa porte. 

"Il pouvait, au même instant et par les mêmes moyens, risquer son bien dans les ressources naturelles et les nouvelles entreprises de n’importe quelle partie du monde. Il pouvait, sur-le-champ, s’il le voulait, s’assurer des moyens confortables et bon marché d’aller dans un pays ou une région quelconque. Il se serait considéré comme grandement offensé et aurait été fort surpris du moindre obstacle. Mais, par-dessus tout, il estimait cet état de choses comme normal, fixe et permanent".

1913, c’était bien sûr quelques mois avant le déclenchement de la grande guerre, qui allait détruire profondément et durablement ces libertés de voyager, d’investir et d’échanger. Qui allait faire voler en éclats la mondialisation. Et bien nous sommes sans doute aujourd’hui dans le même aveuglement que le londonien décrit par Keynes.

La guerre mondiale est-elle à nos portes ?

Franchement, personne n’en sait rien. Mais la mondialisation est en train de voler en éclats. Prenons simplement deux nouvelles d’hier. Joe Biden, le président américain, décrète l’embargo sur le pétrole russe, créant une forte pression sur l’Europe pour qu’elle fasse de même. Ces flux vitaux d’énergie en provenance de l’Oural et de la Sibérie, que nous considérions comme permanents, sont à la veille d’être coupés. 

Hier, encore, la tonne de nickel a atteint 100.000 dollars, cinq fois plus qu’il y a un an, à cause de la crainte de voir les approvisionnements interrompus par la guerre en Ukraine. Le pétrole, le gaz, les matières premières, produits naguère banals, redeviennent stratégiques, leur rareté nouvelle pointe notre dépendance, en Europe. Il y a peu, c’étaient les composants électroniques qui nous manquaient. 

Il y a deux ans, au commencement de l’épidémie, les masques et les produits pharmaceutiques. Demain, ce sera l’électricité, le titane, le lithium. De toutes parts, nos approvisionnements sont menacés, notre souveraineté est entamée.

A-t-on été naïfs en laissant produire ces composants essentiels à l’étranger ?

Disons que la naïveté n’était pas un problème dans un monde sans conflit majeur et policé par l’hyperpuissance américaine. En gros depuis la chute du Mur. Car la mondialisation fonctionnait à plein régime, et permettait de voir livrés sur notre palier tout ce que nous souhaitions. 

C’est fini. La guerre en Ukraine, c’est la chute du Mur en inversé, c’est le rétablissement du rideau de fer. Le même phénomène se produit entre la Chine et l’Amérique, qui sont en train de se désincarcérer. Entre la Turquie et l’Europe. C’est le retour des empires.

Ça veut dire des blocs régionaux, en lieu et place de la mondialisation ?

Probablement. Et l’épidémie et la guerre rompent les chaînes d’approvisionnement intercontinentales, qui vont se reconstituer sur des bases régionales. Car la sécurité va avec la proximité. C’est la revanche de la géographie sur l’économie. 

Tous les pays européens travaillent aujourd’hui d’arrache-pied à reconstituer leur indépendance énergétique. Bruxelles a mobilisé des milliards pour produire des vaccins et des semi-conducteurs. La souveraineté économique, c’est la question des prochaines années, qui va surplomber toutes les autres.

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